29 décembre 2020

Au nom de la mère

 Je vous salue Myriam

Quatrième de couverture

«La grâce, c'est la force surhumaine d'affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. C'est un talent de prophète. C'est un don et toi tu l'as reçu. Tu es pleine de grâce.»

Erri De Luca s'empare de l'histoire la plus connue de l'humanité, et l'articule autour de la figure de Marie. Ou plutôt de Miriàm, une simple jeune femme juive, fiancée à Iosef quand elle tombe enceinte, et qui sait ce que cette grossesse avant le mariage signifie aux yeux de la Loi. Sous la plume du romancier italien, l'histoire de la Nativité trouve un ancrage nouveau dans le contexte hébraïque, et se fait éloge d'un corps et d'une âme, ceux d'une mère... 

Critiques

Sans voix


26 décembre 2020

Histoires de la nuit


La lenteur du roman -- sa longueur (640 pages) -- donne le temps de faire connaissance ces personnages, de les jauger, de les juger puis de réviser le jugement parfois plusieurs fois. Le lenteur n'a pas partout la même allure, elle s'accélère en miroir de l'accélération du pouls et de l'anxiété du lecteur sans changer de vitesse, l'action plus dense mais le temps ne change pas. Au début Patrice, Marion et Ida, et Christine, puis  Christophe, Bègue et Denis. Tout se met en place par étapes imprévisibles exactement comme la réalité qui n'est jamais ce qu'on imaginait qu'elle serait. J'ai lu régulièrement, comme d'habitude, puis une centaine de pages avant la fin je n'ai plus voulu interrompre la lecture. Je n'ai plus sauté un mot. Je n'ai pas voulu aller plus vite pour savoir, comme on retient son souffle ou détourne le regard sachant qu'il faudra bien... retenu jusqu'à la dernière ligne qui ne laisse aucune chance sans pour autant ne rien dire. La fin reste ouverte, elle est tragique. J'ai de la peine pour Ida, pas des larmes mais pourquoi pas... il faut un temps pour revenir dans le réel de la vie, la notre. Et si c'était vrai ?

Quatrième de couverture

Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux, dont celui qu’occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida, ainsi qu’une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années.
On s’active, on se prépare pour l’anniversaire de Marion, dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se profile, des inconnus rôdent autour du hameau.

Critiques

 Le Monde (un roman magistral, et exactement ce que j'en dirais) ; France Inter (tous n'ont pas aimé) ; France Culture (l'interview)

12 novembre 2020

Impossible

Un livre rapide que j'aborde en pensant à un autre, à La parole contraire, mais il ne s'agit pas de cela. Ce livre est tout autre, il faut du temps pour le comprendre, c'est-à-dire se détacher de l'idée d'une autobiographie. Alors on touche peut-être à l'essentiel : l'intelligence, celle du juge et celle de l'accusé. Une joute, la question de la vérité est seconde lorsque chacun se prend au duel. Si on sait que le juge avance masqué, il nous le dit, on ne saura jamais ce qu'il en est de l'accusé. Il y a un plan de symétrie, mais de multiples singularité qui forge le portrait de l'accusé. Un portrait paradoxalement aristocratique, celui d'Erri de Luca finalement. Portrait en contre-plongé ou en trompe l’œil, mais on ne peut s'y tromper. C'est lui, c'est tout lui;

Quatrième de couverture

On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l’immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d’une rencontre avec un cerf au franchissement d’une forêt déracinée par le vent.
Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l’alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l’affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.
Dans un roman d’une grande tension, Erri De Luca reconstitue l’échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme «de la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire d’Italie». Mais l’interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l’engagement, la justice, l’amitié et la trahison. 

Critiques 

Le Monde (exactement) ; Les échos (portrait, le livre importe peu)

3 novembre 2020

Le palais des orties

Une lecture à laquelle je me suis attaché sans y prendre garde. L'histoire avance sans intensité mais avec sensibilité, le souffle -- l'écriture -- est retenu et tenu à niveau constant pendant toute la traversée, même celle des turbulences du désir. Ostinato du désir. Fred est belle  et douce comme un fantasme. Un livre serein sur une passion dévastatrice. Sans intensité, mais pas sans force. La force tranquille d'une auteure qui fait son travail avec détermination, comme Fred. Une écriture efficace qui a un effet analgésique sur le lecteur que je suis. 

« - Mais Noé, on n'écrit pas avec des choses à raconter…
- Avec quoi alors ?
Anaïs marque une pause.
Avec la langue, répond-elle enfin. »
(p. 157)

Quatrième de couverture

 Quelque part en France, une campagne modeste, un peu défigurée. Au fond d’une vallée, à quelques kilomètres d’un village, des hangars recouverts de tôles mangées par la rouille, une ferme où tout serait à reconstruire. Autour, des champs d’orties.
Nora et Simon vivent là avec leurs deux enfants. Ce n’est au départ ni un choix ni un rêve. Ils gagnent leur vie avec une plante que tout le monde arrache. L’ambiance est gaie, plutôt. On se serre les coudes. On est loin du bon vieux temps, loin des exploitations à grande échelle, loin de l’agriculture bio et raisonnée. C’est la débrouille.
Et puis, un jour, arrive une jeune fille avec son sac à dos. Frederica. Fred fait du woofing. Contre le gîte et le couvert, elle offre ses bras.
Le Palais des Orties est un roman d’amour et de métamorphoses, le récit d’une passion brûlante.

Critiques 

Peu de critiques de la Presse en libre accès, Bibliobs (service minimum)

22 octobre 2020

Soif


Trop proche des Monty Phyton quoi qu'avec quelques coups d’œil sur l'abîme de la pensée, le christ aperçu en surplomb depuis le zinc du bistrot. Amélie écrit comme elle parle et cède trop souvent à la facilité ("potacheries", écrit un critique -- d'accord). Je ne peux cependant m’empêcher de retenir quelques bonnes formules, preuves d'un esprit sain ? Ce texte est bourré de contrepieds, elle écrit comme elle parle et elle parle vite. Ce n'est pas un bon livre, mais il va me coller au cerveau. C'est peut-être le génie de Nothomb.

« Cette crucifixion est une bévue. Le projet de mon père consistait à montrer jusqu’où on pouvait aller par amour. (…) Pourquoi fais-tu cela ? Je te critique. Ai-je dit que je ne t’aimais pas ? Je t’en veux, je suis fâché contre toi. L’amour autorise de tels sentiments. Que sais-tu de l’amour ? C’est bien là le problème. Tu ne connais pas l’amour. L’amour est une histoire, il faut un corps pour la raconter. »

Quatrième de couverture

 « Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

Critiques

La Croix (c'est la moindre des choses, et ils ont apprécié) ; France Inter (C'est un livre écrit sur courant alternatif : tantôt c'est fort, tantôt c'est faible, tantôt c'est très fort, tantôt c'est très faible  -- oui, oui)

11 octobre 2020

L'homme aux trois lettres

Notés au passage : 16, 53-54, 69, 109, 114, 124, 137, 154, 169, 171

Quatrième de couverture

 « Le tome VIII, Vie secrète, se consacrait à la question  "Qu'est-ce que l'amour ?" Le tome IX, Mourir de penser, était consacré à la question "Qu'est-ce que penser ?" Le tome X, L'Enfant d'Ingolstadt, posait la question "Qu'est-ce que la peinture ?"
Le tome XI de Dernier royaume, L'homme aux trois lettres, c'est mon "Qu'est-ce que la littérature ?"
 
C’est ainsi que Pascal Quignard présente ce nouveau tome de Dernier Royaume. Il se pose la question de l’art auquel il a consacré toute sa vie.
Dans la forme « océanique » qui caractérise ces volumes, il explique le bonheur qu’il a retiré de cette passion qui ne s’est jamais démentie.
«  Jaime les livres. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire. J’éprouve de l’excitation à en retrouver le poids léger et le volume à l’intérieur de la paume. J’aime vieillir dans le silence, dans la longue phrase qui passe sous les yeux ».
Cette déclaration ouvre le nouveau merveilleux opus de Pascal Quignard, sans doute le plus autobiographique.

Critiques 

Le Monde (pour le comprendre)


Sur l'écriture


Lecture fascinante, là, dans un recoin de la pièce, le regard glissé par dessus son épaule. Une œuvre classique, Chopin je crois, se fait une raison du crépitement du clavier scandé par les retours charriots. La bouteille n'est pas loin, la pénombre gagne, une femme. Une bouteille et une femme, une cigarette aussi dont la fumée nous cache au regard de Buk. On l'entend penser et lancer ses mots au plus près de ce qu'il en dit. Un métier, parce que l'art est un métier, fait une énergie rageuse, celle de Jésus bousculant les pharisiens et les marchands du temple. Ces lettres déshabillent l'écriture pour livrer la substance d'une vie -- c'est-à-dire d'une âme. Peut être est-ce là l'obscénité de ces lettres, cette transparence comme on dit aujourd'hui, et non leur vulgarité fulgurante et indifférente. Indifférente à ce que nous en pensons. Au fil des lettres on souhaiterait se nourrir de l'énergie de cette sincérité. Ce n'est plus une volonté d'être, Buk est.

Bribes :

« Indéniablement le charme qu’il y a à mourir repose sur le fait que rien n’est perdu. » (p. 70)

« Je ne suis pas un vrai révolutionnaire. Je ne fais que coucher des mots sur le papier. Mais à mes yeux l’idée de remplacer un gouvernement par un autre ne changera pas grand-chose. Il faut d’abord s’attaquer à l’individu. Il faut remplacer l’individu qui prédomine actuellement par un autre genre, ou sinon le rafistoler un peu, dans tous les cas. Et pour ça, je ne sais pas ce qu’il faut. Plus de mots, probablement. Des mots, des mots, des mots, des mots. L’élaboration d’un courant. » (p. 213)
 
« Oui, les compositeurs classiques. J’écris toujours avec la musique allumée et une bonne bouteille de rouge. En fumant des beedies Mangalore Ganesh. Les volutes de fumée, le martèlement de la machine et la musique. Quelle meilleure façon de cracher au visage de la mort et de la féliciter en même temps. Oui. » (p. 295)

« Et “jouer aux dés avec Dieu” sera la dernière chose à faire quand l’air sera zébré d’éclairs violets et que les montagnes ouvriront leurs bouches pour rugir tandis que les fusées atterriront en enfer. » (p. 41)

Quatrième de couverture

Une anthologie de textes inédits sur l’écriture, le quotidien d’une véritable légende américaine, icône de la contre-culture. Ces lettres aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains pour la première fois publiées, dessinent un portrait intime du grand poète tour à tour poignant, glacial, iconoclaste et souvent hilarant. On y découvre le rapport inquiet au travail, l’érudition littéraire, mais aussi le mordant, l’intransigeance de celui qui a donné voix aux opprimés et dépravés de la société, dans des phrases mémorables ponctuées de moments de grâce.

Critiques

Le Devoir (attention, mal traduit) ; Le Monde (au plus juste)

10 octobre 2020

Les émotions

Je ne sais que penser de ce livre. Il reprend quelque chose qui s'impose à la fin du précédent. Filiation non fortuite puisque ce sont les deux premiers volumes d'une tétralogie annoncée. Un livre ce sont des pages de phrases, les cohortes de mots qui décrivent ou explorent, ici les émotions. Ces leviers de compulsions. L'amour qui s'en va en s'attardant dans le souvenir de ce qu'il fut. Le deuil qui laboure le souvenir. Le désir qui explose toute raison. Dans des décors qui ne me sont pas étrangers mais pas familiers pour autant, dans cette ville dont je connais les matins fatigués et les fins de journées épuisées, j'ai été touché -- une émotion encore -- par ces témoignages de la force de l'émotion dont la sincérité emprunte à l'autobiographie ; quoique... la dernière aventure, le mot est juste, soit probablement un épisode de fiction. Peut-être fantasmé, cela le ramènerait à la source obligée de l'auteur. 

Quatrième de couverture

Lorsque Jean Detrez, qui travaille à la Commission européenne, a commencé à s’intéresser de manière professionnelle à l’avenir, il s’est rendu compte qu’il y avait une différence abyssale entre l’avenir public et l’avenir privé. La connaissance, ou l’exploration, de l’avenir public, relève de la prospective, qui constitue une discipline scientifique à part entière, alors que la volonté, ou le fantasme, de connaître son propre avenir relève du spiritisme ou de la voyance. Mais a–t-on toujours envie de savoir ce que nous réservent les prochains jours ou les prochaines semaines, a-t-on toujours envie de savoir ce que nous deviendrons dans un futur plus ou moins éloigné, quand on sait que ce qui peut nous arriver de plus stupéfiant, le matin, quand on se lève, c’est d’apprendre qu’on va mourir dans la journée ou qu’on va vivre une nouvelle aventure amoureuse ou sexuelle dans les heures qui viennent ? Le sexe et la mort, rien ne peut nous émouvoir davantage, quand il s’agit de nous-même.
Le moment est donc venu de dire un mot de la vie privée de Jean Detrez.

Critiques 

Rien trouvé sinon des débuts d'articles dont le suite est réservée aux abonnés. Le Monde n'en dit rien. Les blogs disent peu.

23 septembre 2020

Kibogo est monté au ciel

Les premières pages sont lourdes, je m'embourbe dans la langue dont je sais pourquoi elles choisie. Lecture laborieuse. Puis le ciel s'éclaircit, peut-être ai-je appris cette langue que je pensais connaitre. Alors pointe le sujet qui me met mal à l'aise, mais c'est autre chose. Le regard en surplomb des padri, la violence théologique,  l'éradication de la culture à grand coup de mépris. Désir de soumission, mais la culture courbe l'échine pour mieux survivre. Et puis, et puis... il reste les conteuses. Les dernières pages ont nourri ma révolte, comment a-t-on pu, et aujourd'hui encore.

Quatrième de couverture

De Kibogo, le fils du roi, ou du Yézu des missionnaires, lequel des deux est monté au ciel? Qui a fait revenir la pluie, sauvant ainsi son peuple de la sécheresse et de la famine? Est-ce Maria de la chapelle ou la prêtresse de Kibogo qui a dansé sur la crête de la montagne au-dessus du gouffre?
Au Rwanda, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population. Souvent, ces baptêmes à la chaîne, pour beaucoup opportunistes, aboutirent à un syncrétisme qui constituait une forme de résistance.
Est-ce qu’il fallait croire aux contes que prêchent les pères blancs à longue barbe ou à ceux que raconte votre mère, chaque soir, à la veillée, jusqu’à ce que le foyer ne soit plus que braises rougeoyantes?
Dans ces histoires miraculeuses, la satire se mêle d’humour et de merveilleux : un immense plaisir de lecture.

Critiques 

La Croix (aperçu sur le seuil)

D'un cheval l'autre

Il écrit comme il monte, il raconte comme il met en spectacle, ce livre est un délice de lecture, le chemin est pavé de textes courts, denses, nerveux, élégants. Énergie maitrisée, partagée avec le spectateur qui franchit les lignes pour être au plus près de l'émotion équine, équestre.

205-206 sur le Caravage.

"Nous voici maintenant, d’un même élan tonitruant, déboulant place de l’horloge. Éclairs sur le pavé. Debout sur son galop, crête au vent et lèvres noirs, j’éructe en "skovatch", un poulet égorgé en étendard. Le maître des chevaux, le maître des rats et leurs complices s’inventent un dialecte et assènent leur provocation amoureuse à un public médusé." (p.19)

Le skovatch, la langue des voyageurs, de ces circassiens des temps non encore advenus et pourtant chargés du poids du passé. [lire]

"Plus bas, près d’un étang, le gravelot est le râle d'eau rivalise de vocalises et de trilles. Un petit duc bat la mesure de son cri strident est grave, et le coucou de jouer le contre-point. Tout là-haut, la buse féroce et le busar des roseaux basculent en volutes sous le regard du milan noir qui trace d’interminables circonvolutions en silence. Je les reçois plus que je ne les entends, je suis en eux partout à la fois, singulière sensation de plénitude diaphane." (p.93)

"Y a-t-il une porte pour retrouver le chemin qui mène à l’animal, pour revenir d’où l’on vient et comprendre sans le secours des mots ?" (p.120)

"Peut-être avais-tu trouvé la paix dans cette soumission à l'attache. L’acceptation de la contrainte peut procurer un sentiment de liberté, enlève-la et la peur t’envahit." (p.120)

"Péremptoire, ils occultent le sentiment profond. Un discours aussi fin soit-il, n’aura jamais la délicatesse d’une caresse, ni la profondeur d’un regard." (p.126)  
"N’est-ce pas la sincérité de l’intention qui fait la grâce d’un corps en mouvement ?" (p.295)

Quatrième de couverture

« C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m’évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir, comme sorti d’un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. »  

Critiques

Le Monde (oui, enfin... je n'aurais pas parlé d'animaux) ; 


2 septembre 2020

Monotobio

C'est une réussite, un livre qui dit tout et ne raconte rien, je l'ai lu jusqu'au bout et au dernier mot je reviens sur le premier. Fugue. L'écriture est poétique, c'est à dire formelle et libre, tenue par une logique que sur laquelle veille les mots, c'est-à-dire les événements que la mémoire détache puis articule avec la liberté du rêve. Ainsi, comme les nuages, la pensée prend forme puis se dissout, s'approfondit puis s'étale. Curieusement, je pourrais prendre des notes, comme cette réflexion page 155 que je pourrais soumettre à Alain Quercia ou tourner cent fois dans ma tête comme un noyau d'olive : nos contemporains sont rares, nous vivons à contretemps. Aller... je relirai à un autre moment que celui de l'endormissement, et je prendrai des notes pour ne pas oublier au risque de recopier le livre.

Quatrième de couverture

Monotobio plutôt que Mon autobio, avec quatre O comme quatre roues bien rondes, car il s’agit de ne pas traîner. Nul temps mort dans nos vies, le train des conséquences ne ralentit jamais, tout s’enchaîne selon la logique impérieuse du destin. Nous rencontrons ici un écrivain éperdu, aux prises avec son autobiographie. Peut-il se permettre de passer sous silence les plus menus incidents de son existence ? Chaque instant compte. La seconde où il a marché sur sa balle de ping-pong, celle où il a caressé un zèbre … S’il tait ces épisodes, la trame de son récit ne risque-t-elle pas de se défaire ? Et si tout était écrit avant d’être vécu, que lui reste-t-il maintenant à inventer ?

Critiques

Libération (la corde sensible) ; Zone critique (autopsie) ;

30 juillet 2020

Nu avec Picasso

Mal écrit, mal foutu, prétentieux. Je préfère Bilal quand il dessine (ou peint). Quoique... Bug n'est pas terrible non plus... j'aimais bien Christin-et-Bilal.

Quatrième de couverture
Quelle est cette main inconnue et surpuissante qui attrape Enki Bilal au beau milieu de la nuit et le projette sur un lit de camp ?
Quel est ce lieu mystérieux et hanté dans lequel il a atterri ?
Qui sont ces créatures, minotaure, cheval ou humains déformés, que l’artiste rencontre en essayant de trouver son chemin dans ce labyrinthe sombre et inquiétant ?
Critiques
Le Monde (un résumé qui se garde d'en penser quelque chose)


Art

Art ? non, Amitié. Mais Art aussi, ou plutôt Art contemporain (autre version des Précieux ridicules)
La pièce est en ligne sur Vimeo...

Quatrième de couverture
MARC
Comment peux-tu dire, devant moi, que ces couleurs te touchent?…
YVAN
Parce que c’est la vérité.
MARC
La vérité? Ces couleurs te touchent?
YVAN
Oui. Ces couleurs me touchent.
MARC
Ces couleurs te touchent, Yvan?!
SERGE
Ces couleurs le touchent! Il a le droit!
MARC
Non, il n’a pas le droit.
SERGE
Comment, il n’a pas le droit?
 Critique
Le Figaro (un succès planétaire)

Mourir m'enrhume

Premier roman, déjà excellent. Tiens, au hasard : "Vieillir ne finit pas"  ou encore "mourir suppose des compétences. Je m'y mets trop tard" (p.37) ; de quoi alimenter des sujets de bac. J'écris ces notes après le 20 juin, jour funeste de la naissance d'un chagrin sans limite, pourtant... pourtant, je n'en veux pas à ce livre lu avec légèreté les jours d'avant.
"Sur le front du mort, une mouche aiguise son couteau et sa fourchette, je ne veux pas voir ça" (p.81)
 Quatrième de couverture
Monsieur Théo était né pour mourir comme d'autres naissent pour danser ou pêcher la baleine. L'heure a sonné, enfin, après quatre-vingts ans, où il va pouvoir donner sa mesure. Chassé de son domicile, il trouve refuge chez Suzie Plock, veuve de son vieil ami Martial Plock, un imbécile. Là, il reçoit parfois la visite de Lise, petite complice délicate de son agonie, qui confond céleri et salsifis comme tout le monde.
Critiques
Le Monde (délire autour d'une agonie)

4 juillet 2020

Le train d'Erlingen

Il m'a fallu attendre la page 177 pour entrer dans l'ouvrage. C'est à ce point que le roman cède et livre un essai dans une forme de récit qui dit que ce Boualem Sensal veut dire et qu'auparavant il masque par une obscure fiction. Jusque là je devine, je suppute, le renifle le sujet qui me semble finalement assez clair mais cette littérature m'ennuie, inutilement sophistiquée. Le problème qui traverse ou sous-tend le texte est extrêmement préoccupant, comment s'en occuper en évitant la guerre, la souffrance, la soumission à un vainqueur -- l'un ou l'autre des deux, la messe n'est pas dire.

Quatrième de couverture
«Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs?»
Ute Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle «les Serviteurs», car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas.
Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées?
Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants. 
Critiques
Médiapart (une analyse fine), France Inter (ce qu'il faut retenir du train)


10 mai 2020

Le siècle du populisme

Le populisme, j'aurais ainsi limité le titre, cet essai paraissant proposer une caractérisation du populisme en soit -- le populisme comme concept -- le siècle ne servirait que de révélateur de ces caractéristiques : sacraliser le référendum, rejet des corps intermédiaires, nationalisme et protectionnisme. Je termine cette lecture avec le sentiment de comprendre le populisme autrement que comme un injure ou une caricature. Ce que propose Rosanvallon me permet de comprendre le concept, son danger mais aussi, parce qu'il le propose, les voies d'une solution qui consiste moins à faire face à chercher le changement de ce qui en est la source : l'opposition entre une oligarchie ou une élite, un tout petit nombre, et ceux qui subissent, le plus grand nombre. Les mécanismes qui amènent chacun à se mesurer au pouvoir, en tant qu'individu, soit pour le dénoncer soit pour sortir d'une frustration (manque de reconnaissance, aliénation, ou le pouvoir a glisser vers un ordinaire (le président normal ou people) doivent être compris et désamorcé par la modification de la relation entre gouvernant et gouvernés. Rosanvallon propose un portrait d'un gouvernant qui changerait cette relation : lisibilité, responsabilité, réactivité (à l'écoute, n'est-ce pas ?) La question de la lisibilité est la plus difficile, je pense parce qu'elle est dialectique elle signifie un coévolution de la compréhension mutuelle, et ça c'est une autre histoire et pour Rosanvallon d'autres livres probablement.

A retenir, ces clés : opposition corrompu/vertueux, affirmation de la singularité de l'individu et individualisme,  la sacralisation du référendum, le rejet des corps intermédiaires, la défense de la souveraineté nationale et le protectionisme.
"Le troisième indicateur de mondialisation, outre le développement du commerce international et le flux de capitaux, et celui des migrations." (p.121)

"C’est le partage d’une même indignation qui devait ainsi constituer pour [Jorge Eliécer Gaitán] le peuple, ce qui permettrait d’en donner une définition extensible est floue à la fois." (p.138)

"Leur virulente dénonciation de l’oligarchie ne se liait par ailleurs aucunement à la critique d’un mode de production. D’où la tentation de ne voir dans les régimes populistes que des réformismes équivoques, in fine contre-révolutionnaires, alliés de fait du grand capital. Ou de ne les comprendre que comme un phénomène de transition, lié à l’archaïsme pré-industrielle de l’Amérique latine de ces années." (p.143)

"C’est différents types de démocraties limites permettent ainsi de distinguer trois figures du retournement des démocratie : l’oligarchie élective, le totalitarisme et la démocratures." (p.165)

"Les conflits d’intérêts sont ainsi encastrés pour ce qui est décrit comme le combat véritablement décisif, celui de la vérité et du mensonge, qui établit une ligne de partage de l’opinion. Les faits et les arguments tendent de la sorte a s'effacer derrière ce qui est de l’ordre d’une croyance organisatrice des jugements, rendant difficile tout échange rationnel. C’est sur ce mode que s'opère progressivement une radicalisation de la polarisation des affrontements à l’âge des populismes." (p.239)
"Ils donnent aussi pleinement sens au fait que le pouvoir n’est pas une chose mais une relation, et que ce sont donc les caractéristiques de cette relation qui définissent la différence entre une situation de domination et une simple distinction fonctionnel, au sein de laquelle peut se développer une forme d’appropriation citoyenne du pouvoir." (p.251)
Quatrième de couverture
Le phénomène du populisme n’a pas encore été véritablement pensé. C’est en effet surtout à caractériser sociologiquement les électeurs populistes que se sont attachés la plupart des livres sur le sujet ; ou à discuter ce dont il est le symptôme (le désenchantement démocratique, les inégalités galopantes, la constitution d’un monde des invisibles, etc.) ; ou encore à sonner le tocsin sur la menace qu’il représenterait.
Cet ouvrage propose de le comprendre en lui-même, comme une idéologie cohérente qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l’économie. S’il exprime une colère et un ressentiment, sa force tient au fait qu’il se présente comme la solution aux désordres du présent. Il est pour cela l’idéologie ascendante du xxie siècle, à l’heure où les mots hérités de la gauche semblent dorénavant résonner dans le vide.
L’auteur en présente une théorie documentée, en retrace l’histoire dans celle de la modernité démocratique et en développe une critique approfondie et argumentée. Il permet ainsi d’en finir avec les stigmatisations impuissantes et dessine les grandes lignes de ce que pourrait être une alternative mobilisatrice à ce populisme.
Critiques
Le Monde (les lignes de force) ; Philomag (résume) ; Futuribles (structuré)


3 mai 2020

Espèces d'espaces

Peut-être un essai, assez simple dans son organisation par emboîtements successifs, très divers dans sa forme du poème à la citation, en passant par la liste, les réflexions et les divagations. Très hétéroclite finalement mais plein de charme. Chaque thème est un point de départ pour l'exploration de chemin qui chacun appelle une écriture particulière. Une constante : l'humour et des jeux de mots ou de lettres jusque dans l'espace même de la page.
Je note : "nycthémérale" (p.59) rythme cyclique des nuits et des jours
Reprendre la description et l'interprétation du Saint Jérôme dans son cabinet de travail d'Antonello de Messine (pp.171-173). La lecture m'a rendu curieux du lieu, la découverte m'a fait douter de la description. Perec tient aux descriptions les plus factuelles, précises, dont la limite est la liste de mots pour les choses, cette fois il me semble qu'il a aperçu le tableau mais ne s'y est pas attardé. La mémoire trahi, ce n'est donc plus une espèce d'espace mais une espèce de souvenir. Je reprendrai.
Extrait :
"Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. Je ne sais plus ce qu’il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu’il y a un mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c’est qu’un mur. Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement. Le mur n’est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu’un support pour le tableau. Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder. J’ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie aussi le tableau. Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. Il faut pouvoir oublier qu’il y a des murs et que l’on n’a rien trouvé de mieux pour ça que les tableaux. Les tableaux effacent les murs. Les murs tuent les tableaux. Ou alors il faudrait changer continuellement, soit de mur, soit de tableau, mettre sans cesse d’autres tableaux sur les murs, ou tout le temps changer le tableau de mur." (p.77)
Quatrième de couverture
« L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement…), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie.
C’est à partir de ces constatations élémentaires que s’est développé ce livre, journal d’un usager de l’espace. »
Critiques
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_J%C3%A9r%C3%B4me_dans_son_%C3%A9tude_(Antonello_de_Messine)

25 avril 2020

Éparses

Cette réflexion au plus près de l'émotion apporte plus que tous les récits aussi précis soient-ils. Au-delà de l'imprécision, je ressens le tragique qui est évoqué avec puissance en assemblant les traces et les bribes. Quelque chose comme une peinture impressionniste qui dit la lumière qu'aucune peinture réaliste ne parvient à partager. Une fois ouvertes ces bouteilles à la mer qui enferment des photographies passées, incertaines, floues, d'êtres qui n'ont plus de nom mais une présence, des mots écrits dans l'urgence, des traces de vie, ces bouteilles à la mer livrent leur contenu qui nous submerge. Ce livre change le regard sur le peuple du ghetto de Varsovie qui subit sa destruction dans la souffrance d'une conscience à vif d'une Histoire qui les dépasse. Toutes voies sont explorées pour échapper, une seule le permettra, paradoxalement, celle de constituer le corpus d'une mémoire sans commentaire, sans documentaire, qui parlera plus haut que tout récit. En ancien français, épars est aussi la lumière, l'éclair qui jaillit de l'histoire.
"Nous avons des nœuds autour du cou. La pression se calme-t-elle un instant, nous poussons un cri. Gardons-nous d'en sous-estimer l’importance. Maintes fois dans l’histoire ont retenti des cris de cette espèce ; longtemps ils ont retenti en vain, et ce n’est que bien plus tard qu’ils ont produit un écho. Documents et cris de douleur, objectivité et passion ne font pas bon ménage. […] Le désir d’écrire est aussi fort que la répugnance envers les mots. Nous haïssons les mots parce qu’ils ont trop souvent servi à masquer la vacuité ou la mesquinerie. Nous les méprisons car ils palissent en comparaison de l’émotion qui nous tourmente. Et pourtant, le mot était jadis synonyme de dignité humaine et c’était le bien le plus précieux de l’homme." (p.56)

"Puisque ce dont nous souffrons se situe, chaque fois, au-delà de l’imagination et de la description, Alors suscitons une multitude d’images et, pour cela, écrivons, décrivons beaucoup" (p.57)

"Une photographie, comme le photogramme d’un film, porte contact et distance à la fois. Les mots « cacher », « tirage », « épreuve » où « planche contact » suffisent à indiquer que la visualité photographique procède, du moins dans le cadre des techniques argentiques, selon quelque chose comme une ressemblance par contact." (p.115)


Quatrième de couverture
 C’est le simple « récit-photo » d’un voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie. La tentative pour porter, sur un corpus d’images inédites réunies clandestinement par Emanuel Ringelblum et ses camarades du groupe Oyneg Shabes entre 1939 et 1943, un premier regard.
Images inséparables d’une archive qui compte quelque trente-cinq mille pages de récits, de statistiques, de témoignages, de poèmes, de chansons populaires, de devoirs d’enfants dans les écoles clandestines ou de lettres jetées depuis les wagons à bestiaux en route vers Treblinka… Archive du désastre, mais aussi de la survie et d’une forme très particulière de l’espérance, dans un enclos où chacun était dos au mur et d’où très peu échappèrent à la mort.
Images de peu. Images éparses — comme tout ce qui constitue cette archive. Mais images à regarder chacune comme témoignage de la vie et de la mort quotidiennes dans le ghetto. Images sur lesquelles, jusque-là, on ne s’était pas penché. Elles reposent cependant la question du genre de savoir, ou même du style que peut assumer, devant la nature éparse de tous ces documents, une écriture de l’histoire ouverte à l’inconsolante fragilité des images
Critiques
France Info (parfait)

12 avril 2020

Vie de Gérard Fulmard

Lecture qui m'a laissé sans réaction, ni rejet ni adhésion. Écriture qui ne m'a pas captivé ni séduit. Je n'ai commencé à apprécier de retrouver ce livre, le soir, qu'à partir de la page 85 ; il y en a 236. Au fond c'est pas si mal. Pas vraiment de regret, mais j'aurais pu m'en passer. Les critiques sont élogieuse, peut-être ai-je manqué quelque chose ; il faut rester modeste. Peut-être est-ce aussi "un exploit que l’auteur réussit, mais que le lecteur subit" (Libération).

Quatrième de couverture
La carrière de Gérard Fulmard n'a pas assez retenu l'attention du public. Peut-être était-il temps qu'on en dresse les grandes lignes.
Après des expériences diverses et peu couronnées de succès, Fulmard s'est retrouvé enrôlé au titre d'homme de main dans un parti politique mineur où s'aiguisent, comme partout, les complots et les passions.
Autant dire qu'il a mis les pieds dans un drame. Et croire, comme il l'a fait, qu'il est tombé là par hasard, c'est oublier que le hasard est souvent l'ignorance des causes.
Critiques
La Croix (ils ont aimé) ; France Info (ils ont en plus aimé...) ; Libération (enfin des nuances)

22 février 2020

Le poids de la neige quand elle tombe

Une lecture légère comme la neige, présence silencieuse et impérieuse ; mélancolie d'une femme--ce pourrait être un homme--dont le fils en colère s'est éloigné, dont la mère mutique est disparue. Les souvenirs ressurgissent. Elle écrit au fils en cherchant la mère, aucune interrogation ne trouve de réponse. Le roman (vraiment ?) est une longue lettre triste. Si l'on a un secret, bien souvent c'est celui d'une question ouverte ; cette ouverture crée un vide que recouvre le tissu des liens avec les parents, les enfants, les amis. Un jour, ils disparaissent ou s'éloignent. Alors surgit la solitude au-dessus de ce vide que rien, aucun souvenir, ne peut combler. Tout au plus peut-on le recouvrir d'un  autre tissu, un tissu très fragile, l'espérance.

Quatrième de couverture
Ce périple je ne l'ai raconté à personne. Ni l'histoire de ma mère d'ailleurs. Pas même à ton père. C'est la première fois.
Critiques 
Le littéraire (une femme de cœur)

19 février 2020

L'oeil de la nuit

Au cinéma ce serait un biopic, mélange romanesque et biographique. Le livre de Pierre Péju peut passer pour le roman biographique d'Horace W. Frink, psychanalyste américain qui participera à l'introduction de la psychanalyse aux Etats-Unis. L'entrée dans l'ouvrage est lente et un peu pesante, rien qui laisse imaginer une intérêt quelconque. L'ordinaire extraordinaire d'une vie particulière. Mais ne le sont-elles pas toutes ? Le texte commence à attacher son lecteur quand Freud entre en scène et le jeune psychanalyste laisser apparaitre se faiblesse, son irrépressible autodestruction à la hauteur de son enthousiasme généreux. Un égoïsme foncier en est l'instrument, il manifeste toute son ampleur dans la façon dont Frink se comporte à l'égard de Doris et, plus tard à l'égard d'Angelica. Par là il est un cas parfait pour Freud dont Péju dessine un portrait--finalement--sévère. Freud ambitieux et manipulateur. Vrai ? Je ne sais pas, mais au fond c'est intéressant, la statut descend de son piédestal, on peut commencer à discuter. La fin du roman est un naufrage pour Frink, Doris et Angelica. Pour Freud, la vie--l'aventure--continue !

Quatrième de couverture
Tout au long de sa vie, Horace W. Frink fut un Américain intranquille.
Enfant abandonné, étudiant tourmenté, il se fait psychanalyste, à New York, et pionnier de cette troublante méthode, au moment du voyage de Sigmund Freud dans le Nouveau Monde, en 1909, en compagnie de Jung et Ferenczi.
Thérapeute perplexe, mari et père immature, Frink devient bientôt l’amant d’une de ses patientes, la milliardaire et fantasque Angelica Bijur, qui lui fait découvrir la vie des «heureux du monde», au début des années folles. S’ensuivent tourments, déchirures et voyages à travers l’Amérique et l’Europe. Frink traversera deux fois l’Atlantique pour aller à Vienne, s’allonger sur le divan de Freud. De drames amoureux en aventures intellectuelles, «incapable de fermer l’œil de la nuit», il ne trouvera jamais la clef de l’énigme qu’il est pour lui-même.
Car l’œil de la nuit n’est pas l’inconscient mais la vision nocturne, l’effroyable lucidité des insomniaques, la conscience des fêlures. Ce roman est très librement inspiré de ce qu’on peut aujourd’hui savoir de Horace Frink, né en 1883 et mort en 1936 dans un oubli complet.  
Critiques
Libération (complet, parfait)

La réponse à Lord Chandos

La lecture de Pascal Quignard est toujours une épreuve, celle du texte, et une délectation, celle des idées. Il faut y revenir, relire, méditer. Pour comprendre "pleinement", il faudra que je lise le texte de Lord Chandos. Je vais... pour l'instant je me contente de collectionner quelques passages :
"Seule la langue écrite avec soin à le pouvoir de se déplacer plus loin que la mort qui, elle, pour l’instant, cloue sur place sur ce corps dans la sidération et le langage devenu un signifiant." (p.37)
"L’écrit se tient alors face a l’enfance comme l’adieu, au moment de la mort, se tient devant la vie." (p.38)
"Ceux qui écrivent on tout le temps pour eux, on tout le temps pour reprendre leurs phrases, ont tout le temps pour ouvrir leurs lexiques, leurs atlas, leurs chronologies, leurs dictionnaires, on tout le temps pour recourir à leur ancien manuel de grammaire tout dépareillé, qui date de la fin de leur enfance, on tout le temps pour revisiter, pour redonner vie, pour reétymologiser, remanier, corriger, surprendre." (p.40)
"La subjectivité n’est qu’une mélancolie, une aire nue qui n’apparaît si terriblement quand le flot de la sève et du sang se retire, et non dans le langage déserté. Alors travailler toutes ces impuissance à dire et efforcez, presses, cultivez toutes les détresses qui en découlent. La langue dont vous disposez a la capacité de votre émotion puisqu’elle en est le lit." (pp.42 et 43)
"La langue, elle, elle est l’avec de notre âme." (p.43)
"De là le travail sans fin puisqu’elle a été acquise au cours d’un travail qui a duré six ou sept ans, et qu’elle n’est jamais tout à fait possédée par celui qui a suffoqué en elle à l’issue du silence et de l’ombre et de l’eau et de la solitude et de la détresse natale. De cette détresse jamais vous ne serez exempt. Jamais aucun homme qui a appris à parler ne sera intact de cette emprise où il s’est subordonné de toute son âme." (p.45)
"Le plus grave, le moins ennuyeux, le plus profond, le plus insatiable de tous les jeux humains est l’étude." (p.47)
Quatrième de couverture
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s’agit de la clé qui déverrouillerait l’origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Critiques 
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26 janvier 2020

Elle, par bonheur, et toujours nue

J'attendais probablement autre chose de ce petit livre dont la lecture m'a été conseillée par Jean-Patrice R. Disons que je recherchais un texte où je trouverais des informations, alors que le poète de cette prose partage ses impressions et émotions. Je ne lui en veux pas, au contraire au bout de l'ennui j'ai trouvé ce que cherchais page 81 :
"Pierre aura toujours les plus grandes peines à dessiner un pied nu. Heureusement, il y a la rue et toutes les femmes qui marchent dans Paris sont chaussées. Vivent les trottins : cousettes, blanchisseuses, marchandes de quatre-saisons, vivent les bourgeoises à chapeau et voilette et vivent les catins qui toussent. On se mettra tout nu demain, quand on sera beau, dans l’amour sera. Voici Marthe, et c’est demain."
Soyons juste, je ne me suis pas tant ennuyé que cela. "Les catins qui toussent", il y a des trouvailles dans ce livre ! et un peu de Marthe, pour le reste c'est Bonnard. En fin, j'ai une réponse à la question que je me posais qui est bien plus simple que celle que Lary tire d'une laborieuse dissertation [ici].

Quatrième de couverture
«Entre la beauté que vous, Pierre Bonnard, m'avez jetée dans les bras, sans le savoir, et celle que vous avez aimée au long de quarante-neuf années, il y a un monde, ou ce n'est pas de la peinture.
Il y a un monde et c'est l'aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. Un monde en apparence ouvert et pourtant fermé comme une vie d'homme. Les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature, mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l'enfance s'est un jour assise, le cœur battant, pour attendre la mer.
C'est là qu'il faut aller.
C'est là que Marthe m'a rejoint dans le musée à colonnade et m'a sauvé de la solitude et de l'ennui où je mourais.» 
Critiques
Le Temps (peut-être...) ; L'Express (ça me convient)

13 janvier 2020

Cinq repentirs de Pablo Picasso

juste pour mémoire, petit papier, édition originale

Entre poésie et cadavre exquis, Jean Clair s'amuse et divague en rêvant les repentirs de Picasso qui, écrit-il, ne se repent plus au-delà des années 30. Picasso... il va falloir que Lary s'occupe du grand homme.

Picasso et l'abîme

juste pour mémoire, petit papier, édition originale

Sous-titre : Eros, Nomos, Thanatos

Le résidu et la ressemblance

juste pour mémoire, petit papier, édition originale

Sous titre : un souvenir d'enfance d'Alberto Giacometti

12 janvier 2020

Le Schmock

Tout été écrit sur la Shoa, sur le nazisme, sur la seconde guerre mondiale. Et pourtant... pourtant, il y avait encore la place pour un essai qui, en faisant le choix du roman, nous fait toucher toute la complexité du mouvement de l'histoire qui a permis à Hitler non seulement de parvenir au pouvoir, mais encore de durer avec les projets les plus tragiques, les plus ignobles, les plus insupportables. Tout au long du livre on ne parvient pas à croire que des allemands juifs ou non n'aient pas cru en ce qu'ils voyaient et comprenaient. Hitler, comme un bouchon, par ses propriétés propres et insubmersibles, remonte sans cesse à la surface et au bénéfices de circonstances, qui sont autant d'aubaines, parvient là où il le souhaitait ; "schmock" peut-être mais surtout ambitieux. L'amitié de Karl et Helmut, les pères, et d’Élie et Harald, les fils, résiste à l'impensable, à vrai dire s'en accommodent en le honnissant secrètement. Les fils suivent le même chemin qui les mène à l’extrême : Harald nazi convaincu devient un héro de la nation sans aucun état d'âme, Élie par une sorte d'indifférence aux faits qui auront raison de sa femme opposante active démembrées par la Gestapo sacrifie tout par indécision ; c'est Karl qui sauve ses enfants et qui le sauve lui-même par des stratagèmes qui vont jusqu'à l'absurde : Elie médecin à Dachau au service du docteur foldingue. L'auteur reprends la main à la fin du roman, par qu'il n'est probablement pas sûr de son coup, pour nous dessiller : ce que nous venons de lire peut resurgir, la "bête" n'est pas morte.

Je relirai.

PS : schmock en  yiddish signifie un pénis (du genre ramollo, précise l'auteur), un idiot, un con, une ordure, un salaud.

En marge :
"En politique comme dans beaucoup de domaines, le caractère prime toujours sur l’intelligence qui, sans son concours, ne sert à rien" (p.209)
en quelque sorte la théorie du bouchon....

Quatrième de couverture
«J’écris des romans pour raconter des histoires. Depuis longtemps, j’en avais une qui me courait dans la tête et qui se déroulait dans l’Allemagne nazie du siècle dernier, en Bavière. Une histoire d’amour, d’amitié.
Malgré toutes mes lectures sur la période hitlérienne, je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi tant d’Allemands "bien", respectables, avaient pris à la légère la montée du nazisme tandis que les Juifs tardaient étrangement à fuir. Par quelle aberration, à cause de quelles complaisances, quelles lâchetés, le nazisme fut-il possible? Qu’était-il arrivé à ce grand pays de musiciens, de philosophes et de poètes? Ces questions-là n’ont jamais cessé de me hanter.
Je crois que l’histoire d’Élie, Elsa, Lila, Karl et les autres apporte quelques clés.
Après tout, il n’y a que les fous pour tenter de répondre à ce genre de questions, les fous ou les personnages de roman.» 
Critiques
Europe 1 (ce qu'en dit l'auteur) ; Atlantico (recevoir l'histoire en pleine gueule)