27 février 2021

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

 Un cadeau, le Goncourt 2019 ça s'imposait. J'ai lu avec un peu de retard. Déçu, je n'ai pas compris la raison qui justifie cette distinction parmi les romans de la rentrée. L'histoire manque singulièrement de finesse, non son thème qui a du potentiel mais son récit. Une langue peu travaillée, des enchainements poussifs. Je garde quand même une sympathie pour Horton, un peu Quasimodo. La fin introduit une tension qui peut captiver le lecteur, mais c'est quand même un peu juste et, d'une certaine façon, assez facile. La scène du meurtre, un règlement de compte, dans la piscine est ratée. Et en plus... en plus le livre comme objet est bâclé, l'encrage mal calibré, trop souvent les contrepoinçons comblés.

Quatrième de couverture

Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.

Critiques 

Le Figaro (ils ont aimé) ; Le Monde (eux aussi) ; Le Devoir (et eux beaucoup moins)

21 février 2021

Abîmes

2005

Trop de textes dans le texte, Trop de trous dans la mémoire, alors des jalons.

"Les égophores dans leurs dialogues sont à la limite du face-à-face prédateur qu'ils imitent. Ils se situent à la frontière de l’opposition envieuse et de l’hostilité meurtrière qu’ils inventent en parlant, en écoutant, en obéissant. Leur monde est au bord d’une ligne d’abîme." (p. 26)

"Par exemple en URSS, au cœur du siècle dernier, le passé était complètement imprévisible. Durant cinquante ans ce qui avait eu lieu autre fois changeait du jour au lendemain." (p. 28)

"Le langage transforma les différences en les opposants terme à terme selon sa folie systématique, agressive, duelle, binaire." (p. 146)

"La méthode est le chemin après qu’on l'a parcouru." (p. 161)

"Le rire fait sortir de la caverne du corps une espèce de soleil ou de force qui éclate." (p. 164)

"La mort chez les hommes consiste à transformer les défunts en ancêtres. À modifier les cadavres en habitants d’un autre monde. À immobiliser ce qui peuvent revenir dans les rêves dans un endroit dont il ne puissent ressortir aisément ou qu’il n’aient ni besoin ni envie de quitter. À transformer le Perdu en Origine." (p. 168)

"En ce qui concerne la peinture de chevalet on date de 1449 la plus ancienne vanité. Un crâne posé près d’une brique ébréchée. La lumière est intense, presque lunaire, et semble magique. Le fond est noir. Nuit impénétrable à l’arrière du crâne. La tête de mort et bien ce que les anciens Romains appelaient image. Cette peinture est due à Rogier Van der Weyden. Le noir dit la nuit / Le crâne dit la mort / La brique ébréchée dit le temps" (p. 202)

"Pourquoi le passé sera-t-il toujours plus grand que l’avenir ? La symétrie de l’autre monde s’ajoute à la chaîne dynamique des actes et y joint encore les anneaux mythiques mais spontané du préoriginaire. Le monde (qui n’a que l’enfant pourra venir) installe l’autre monde (le généalogique, le social, le naturel, l’animal, l’originaire, le stellaire, le mythique) en amont de la naissance.
La naissance est la seule dimension archaïque du temps. La seule date par laquelle l’après coup déchirant du temps surgit, opposant au sein du langage le passé invisible (le mort) et l’avenir sans langage (l’enfant). Il n’est d’avenir que retirer naissance." (p. 234)

239
Il n’y a pas que le savoir qui se soit accru : l’ignoré à proportion.
Toute lumière entoure l’espace qu’elle éclaire de l’ombre qu'elle produit." (p. 239)

Quatrième de couverture

« Il y a vingt ans j'ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu'à l'aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C'était peut-être un signe de carence mais cela m'excitait. C'est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n'est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l'évolution humaine : c'est le petit effort d'une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. » 

Critiques

Le temps (citation fulgurantes, citations troublantes) ;