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30 novembre 2021

Vivre avec nos morts

 reprendre p. 220, les chapitres Israël et Edgard

Quatrième de couverture

«  Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j’ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d’amis anéantis…  »
Etre rabbin, c’est vivre avec la mort  : celle des autres, celle des vôtres. Mais c’est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent  :   «  Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l’histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d’hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits.  »
A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés  : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d’  une vie interrompue (célèbre ou anonyme),   la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
Nous vivons tous avec des fantômes  : «  Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons.  » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. «  Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte  » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Critiques

 Le Monde (être rabbin ? la divinité ? La mort, ce n'est pas le sujet)

"Je crois en un transcendant qui a quelque chose à voir avec de l’indicible, qui échappe radicalement, y compris au langage. Le problème, lorsqu’on parle de Dieu, est qu’on se trouve toujours au bord de l’idolâtrie, du blasphème. Les mots le réduisent : à partir du moment où vous dites qu’il est quelque chose, vous sous-entendez qu’il n’est pas autre chose."

"Pourquoi faudrait-il être cohérent dans la vie ? Il faut simplement laisser les différentes voix parler en soi."


28 août 2021

A son ombre

Touché et mal à l'aise, ému parfois, gêné souvent, pas par la fausse évidence d'un faux pas mais par la complaisance pour soi-même. Il y a quelque chose qui poisse, une indécence. Mais tant de vérité... au fond, ému souvent par l'aveu, gêné parfois par la confession. "La vie a plus d'imagination que nous" (140), il a une psy canalisante. Je me demande d'où vient mon agacement. De mon expérience si récente et des égarements de mon imagination à la recherche d'une issue, sûrement. Alors, ému ? Bénie soit la vérité. (91)


Quatrième de couverture

« Valérie morte à peine, je dévorais Kathleen et la nuit respirais son sommeil. Valérie morte, je pleurais en cachette et sans pudeur, dans la rue, dans des spasmes et des sanglots. Valérie morte, j’ai regardé Kathleen comme personne avant elle et j’ai cru que sans elle je partirais aussi. Valérie vivante, je la regardais comme jamais personne. J’ai reçu Valérie en ne doutant de rien. J’ai saisi Kathleen après avoir perdu, j’étais nu désormais. »
 
Un homme perd sa femme et en aime très vite une autre, plus jeune que lui de vingt ans. Il brusque son passé, ses grands enfants, sa nouvelle compagne, leurs petits garçons et tous autour de lui. Il se rend fou d’aimer une morte et une vivante, il ne se pardonne pas de vivre et d’avoir tant trahi, mais ne sait pas s’en empêcher. Il se détruit socialement et au travail. Provocateur, sarcastique, éperdu et trahi à son tour. Il espère le châtiment qui le terrifie. Il finit par admettre. Après dix ans, il écrit.
Claude Askolovitch, dans ces pages où tout est vrai, tendre, épuisant, inoubliable, parle de la mémoire des draps, d’un nom que l’on murmure et des baisers qu’on envoie à un fantôme, des photos du passé et des premiers pas dans une vieille maison. Il songe à son père dont la présence formidable lui manque, et à sa mère qui raconte aux lycéens son enfance déportée. Il évoque un homme fourbu qui se love pour dormir contre le corps ferme d’une femme qui lui échappe. Il parle des enfants qui chantent qu’ils ont le plus vieux des papas.

Critiques

Le Monde (ému) ; Le Point (ambigu et compassionnel)

7 août 2021

L'homme aux trois lettres

Plusieurs passages à retenir, à suivre

Quatrième de couverture

« Le tome VIII, Vie secrète, se consacrait à la question  "Qu'est-ce que l'amour ?" Le tome IX, Mourir de penser, était consacré à la question "Qu'est-ce que penser ?" Le tome X, L'Enfant d'Ingolstadt, posait la question "Qu'est-ce que la peinture ?"
Le tome XI de Dernier royaume, L'homme aux trois lettres, c'est mon "Qu'est-ce que la littérature ?"
 
C’est ainsi que Pascal Quignard présente ce nouveau tome de Dernier Royaume. Il se pose la question de l’art auquel il a consacré toute sa vie.
Dans la forme « océanique » qui caractérise ces volumes, il explique le bonheur qu’il a retiré de cette passion qui ne s’est jamais démentie.
«  Jaime les livres. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire. J’éprouve de l’excitation à en retrouver le poids léger et le volume à l’intérieur de la paume. J’aime vieillir dans le silence, dans la longue phrase qui passe sous les yeux ».
Cette déclaration ouvre le nouveau merveilleux opus de Pascal Quignard, sans doute le plus autobiographique.

Critiques

 Ouest-France (Mais si, j'aime Quignard) ; 

21 février 2021

Abîmes

2005

Trop de textes dans le texte, Trop de trous dans la mémoire, alors des jalons.

"Les égophores dans leurs dialogues sont à la limite du face-à-face prédateur qu'ils imitent. Ils se situent à la frontière de l’opposition envieuse et de l’hostilité meurtrière qu’ils inventent en parlant, en écoutant, en obéissant. Leur monde est au bord d’une ligne d’abîme." (p. 26)

"Par exemple en URSS, au cœur du siècle dernier, le passé était complètement imprévisible. Durant cinquante ans ce qui avait eu lieu autre fois changeait du jour au lendemain." (p. 28)

"Le langage transforma les différences en les opposants terme à terme selon sa folie systématique, agressive, duelle, binaire." (p. 146)

"La méthode est le chemin après qu’on l'a parcouru." (p. 161)

"Le rire fait sortir de la caverne du corps une espèce de soleil ou de force qui éclate." (p. 164)

"La mort chez les hommes consiste à transformer les défunts en ancêtres. À modifier les cadavres en habitants d’un autre monde. À immobiliser ce qui peuvent revenir dans les rêves dans un endroit dont il ne puissent ressortir aisément ou qu’il n’aient ni besoin ni envie de quitter. À transformer le Perdu en Origine." (p. 168)

"En ce qui concerne la peinture de chevalet on date de 1449 la plus ancienne vanité. Un crâne posé près d’une brique ébréchée. La lumière est intense, presque lunaire, et semble magique. Le fond est noir. Nuit impénétrable à l’arrière du crâne. La tête de mort et bien ce que les anciens Romains appelaient image. Cette peinture est due à Rogier Van der Weyden. Le noir dit la nuit / Le crâne dit la mort / La brique ébréchée dit le temps" (p. 202)

"Pourquoi le passé sera-t-il toujours plus grand que l’avenir ? La symétrie de l’autre monde s’ajoute à la chaîne dynamique des actes et y joint encore les anneaux mythiques mais spontané du préoriginaire. Le monde (qui n’a que l’enfant pourra venir) installe l’autre monde (le généalogique, le social, le naturel, l’animal, l’originaire, le stellaire, le mythique) en amont de la naissance.
La naissance est la seule dimension archaïque du temps. La seule date par laquelle l’après coup déchirant du temps surgit, opposant au sein du langage le passé invisible (le mort) et l’avenir sans langage (l’enfant). Il n’est d’avenir que retirer naissance." (p. 234)

239
Il n’y a pas que le savoir qui se soit accru : l’ignoré à proportion.
Toute lumière entoure l’espace qu’elle éclaire de l’ombre qu'elle produit." (p. 239)

Quatrième de couverture

« Il y a vingt ans j'ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu'à l'aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C'était peut-être un signe de carence mais cela m'excitait. C'est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n'est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l'évolution humaine : c'est le petit effort d'une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. » 

Critiques

Le temps (citation fulgurantes, citations troublantes) ;

11 octobre 2020

L'homme aux trois lettres

Notés au passage : 16, 53-54, 69, 109, 114, 124, 137, 154, 169, 171

Quatrième de couverture

 « Le tome VIII, Vie secrète, se consacrait à la question  "Qu'est-ce que l'amour ?" Le tome IX, Mourir de penser, était consacré à la question "Qu'est-ce que penser ?" Le tome X, L'Enfant d'Ingolstadt, posait la question "Qu'est-ce que la peinture ?"
Le tome XI de Dernier royaume, L'homme aux trois lettres, c'est mon "Qu'est-ce que la littérature ?"
 
C’est ainsi que Pascal Quignard présente ce nouveau tome de Dernier Royaume. Il se pose la question de l’art auquel il a consacré toute sa vie.
Dans la forme « océanique » qui caractérise ces volumes, il explique le bonheur qu’il a retiré de cette passion qui ne s’est jamais démentie.
«  Jaime les livres. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire. J’éprouve de l’excitation à en retrouver le poids léger et le volume à l’intérieur de la paume. J’aime vieillir dans le silence, dans la longue phrase qui passe sous les yeux ».
Cette déclaration ouvre le nouveau merveilleux opus de Pascal Quignard, sans doute le plus autobiographique.

Critiques 

Le Monde (pour le comprendre)


22 août 2019

L'enfant d'Ingolstadt

Une lecture difficile qui exige de l'attention et une culture (que je n'ai pas), mais dont je ne sais me détacher. Faute de comprendre, j'apprends et je note...

"C’est ainsi que, comme le désir, le rêve, le fantasme, le fantôme, l’art est à  jamais figuratif. Tout le reste n’est que décoratif. Ornement, garniture, ameublement, habillage, séduction, joliesse, confort." (p.40)

"Il est vrai que des suites d’images ont précédé pendant des millénaires les langues dans les crânes des hommes de jadis." (p.50)

"Il est vrai que les rêves et la conscience se sont opposés progressivement comme l’avers et le revers d’une pièce métallique chez les hommes plus récents" (p.51)

"Dès sa naissance la peinture est un culte du perdu." (p.67)

"Comme tous les systèmes de signes, les arts sont plus assujettis à l’opposition linguistique qu’à l’évolution biologique, les formes artistiques n’évoluent pas. Elles se transforment en se défiant. Et plus encore  - en s’opposant - elles opposent leur opposition, haïssant le visage qui se reflète dans celui qui le précède. C’est sans fin. Mais ce « sans fin » est désorienté et non pas historique. Il est aoristique. L’art ne chemine nulle part et vert rien. Il se déchire sans fin." (p.67)

"Parce qu’on peut résumer le contenu du mot vérité comme un désir qui s’est convenu à l’intérieur d’une phratrie ou d’un gang, que sa production est un sacrifice, sa naissance un meurtre, son dessin pouvoir. Le signe de son ère une crucifixion. Ou encore une décapitation." (p.83)

Sans cesse, en croyant à la vérité, nous laissons passer et grandir la cruauté d’un Dieu. (p.109)

"On conserve dans la langue ce prénom de Renard et désormais « goupil » s’effaça comme une brume." (p.115)
pp. 122-3 … Deux pages à relire …
pp. 142–3 ... Idem
pp. 160–1 ... Idem

"Il écrivit que la lumière qui rayonnait dans le monde était l’ombre que faisait Dieu." (p.164)

p. 182 ... Idem, mais une seule...

"Ni collectif ni individuel ni biographique ni religieux ni culturel ni historique est le projet de l’art." (p.186)

"Voici mon théorème. Je pense que c’est le désir sexuel qui retient leur à l’intérieur de la figuration." (p.195)

"Quand la présence fascinante c’est exercée sur toute la surface de la toile, la toile est fascinée ; elle est transie, engourdie, achevée ; celui qui la voit n’en sort plus. Son silence est à couper au couteau." (p.215)

"Les formes qui précèdent réservent à chaque forme neuve accueil épouvantée." (p.219)

"Désirez une forme qui passe à l’état informe, ne pas être effarouché par la mort, quitter le groupe, accepter une vision neuve sont liés." (p.222)

"J’ai en vue, dans la genèse de l’image involontaire qui habite la perception, qui meut le voir, à mi-chemin du fantasme et du rêve, que je cherche à méditer, une espèce de point antéoriginaire." (p.228)
Quatrième de couverture
"Qu’est-ce que je cherche, tome après tome, dans Dernier Royaume ? Une autre façon de penser à la limite du rêve. Une façon de s’attacher au plus près de la lettre, à la fragmentation de la langue écrite, et d’avancer en décomposant les images des rêves, en désordonnant les formes verbales, en exhumant les textes sources. Quelle étrange falsification a lieu dans le rêve ? Dans le dessin qui naît sous les doigts ? Dans le langage qui gémit ? Dans la pensée qui hallucine ? Dans la musique même ? Quel est ce mystérieux fantôme ou appelant ?
Ce dixième tome de Dernier royaume n’a qu’un sujet : le faux qui fait le fond de l’âme. Le fond de l'âme hallucine. Le langage dédouble ses fantômes. Tous les arts élèvent des mondes faux. Même la dépression est un rêve.
L’art dès son origine témoigne activement d’un passé présent : d’un rêve actif qui passe les générations et remanie ce qu'il fait revenir. L’art de la préhistoire est une référence fondamentale pour toutes les populations humaines actuelles. C’est le véritable patrimoine. Ce sont peut-être même les seules traces d’un fond universel qui s’est dispersé avec la curiosité territoriale propre à l’espèce et l'éparpillement des langues qui sont impuissantes à offrir d'aussi saisissantes archives originaires au fond des mots dont elles usent."
Critiques
Télérama (le faux dans l'art) ; La Croix (l'art et le faux, le coq et l'âne) ; Le Monde (la langue, leçon d'ignorance)

29 juin 2014

Mourir de penser

Reprendre les notes, ouvrage foisonnant.

Quatrième de couverture

Le neuvième tome de Dernier Royaume est consacré à la pensée. Ainsi Pascal Quignard arrive au cœur de sa quête. Livre après livre, Dernier Royaume cherche à éprouver une autre façon de penser. Un mode de penser qui n’a rien à voir avec la philosophie. Une façon de s’attacher à la lettre, à la fragmentation de la langue écrite, et d’avancer en décomposant les images des rêves, en désordonnant les formes verbales, en exhumant les textes sources. Ce livre explore trois choses. Comment la pensée et la mort se touchent. Comment la pensée est proche de la mélancolie. Comment la pensée s’abrite auprès du traumatisme. Celui qui pense « compense » un très vieil abandon. Ce qui fait le fond de la pensée c’est la mère manquante.

De même que le rêve est un sens dont les images désordonnées, condensées, paradoxales, intuitionnent quelque chose qui a précédé le sommeil et qui fait retour en elles, de même la pensée est un sens qui use de mots écrits, retranscrits, retraduits, épluchés, étymologisés, néologisés, lesquels projettent des liens entre des silhouettes éparses, où on s’est jadis perdu.

Critiques

L'Humanité (ne pas se décourager)