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14 février 2022

Notre solitude

Malaise, j'ai du mal à décoller le regard de la personne de Haenel pour le tourner vers le procès, les victimes, les témoins, les terroristes. Peut-être cet auteur auquel je suis attaché, n'a-t-il pas ce talent. Parler de lui et atteindre à (une forme) d'universalité. Dommage...

Quatrième de couverture

Yannick Haenel raconte : " J'ai en effet assisté au procès des attentats de janvier 2015, qui s'est tenu de septembre à décembre 2020. Cet événement a bouleversé mes façons de sentir et de penser car j'y ai vu, chaque jour, les ténèbres et la lumière s'affronter concrètement à travers les paroles échangées à l'audience. Après avoir tenu la chronique quotidienne de ce procès sur le site de Charlie Hebdo, j'ai ainsi éprouvé la nécessité de revenir sur cette expérience aussi intime que douloureuse. Je raconte les nuits d'écriture, mon engagement avec Charlie, mon amitié avec Riss, Coco, Sigolène Vinson et Simon Fieschi. Je raconte l'obsession des crimes, l'impact des attentats qui ont eu lieu pendant le procès, la mort de Samuel Paty. Je raconte l'épuisement et la fragilité, la beauté des survivants, la lumière qu'il y a dans la parole. Toutes ces questions forment la matière d'un récit qui relève à mes yeux de l'aventure intérieure et de l'acte politique."

Critiques 

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15 décembre 2017

Tiens ferme ta couronne

Yannick Haenel

Un livre pour cinéphile, pour les autres les références, les allusions et autres clins d’œil passeront inaperçus. Un roman fantasque et très alcoolisé, genre fin de règne du petit people parisien. En témoigne la présence d'un sosie de Macron et la participation d'Isabelle Hupert qui n'apportent rien sinon un rien de complicité rive gauche. Je lis donc avec distance, mais je lis... Haenel que j'avais découvert avec Le Cercle -- même atmosphère faite de réalisme poétique -- glisse dans un parisianisme qui n'apporte (ne m'apporte) rien. Je ne retrouve pas non plus l'épaisseur de Jan Karski, ni l'engagement sombre et affûtée des Renards Pâles.
Les dernières pages compensent mes regrets. Une mise en scène dramatique et extravagante, surréaliste, des obsèques de Léna. Le chagrin et la révolte, la question du rapport à Dieu, la frustration d'un sentiment de déréliction dénié mais si présent. Bien autre chose que la nuit torride dans le Musée de la Chasse. En signe précurseur de ces moment de tension, la contemplation du Deux autres tableaux précèdent et, finalement, résume le souffle qui traverse le roman : Le cavalier polonais de Rembrandt (p.19), l'ange au sourire de la cathédrale de Reims (p.165), Le jardin des délices de Jérôme Bosch (p.270), Retable d'Issenheim (p.296 sqq), Le rameau d'or de Turner (p.321).
"[...] un dieu mort est plus lourd à porter qu'un dieu vivant ; son inexistence occupe nos vies entières, elle ne cesse de noyer nos âmes dans l'oubli d'un deuil impossible à nommer ; et ses yeux , ses os, son invisible carcasse ne gisent au fond des eaux qu'afin de susciter la perle qui nous est destinée : les dieux sont la parole de tous les morts qu'ils font vivre et dont ils se nourrissent." (p.124)
"[...] l'écriture appartient au secret selon l'esprit et non la lettre, et elle s'accomplit de silence à silence." (p.162)
"Vous savez, me dit-elle, qu'au moment de chasser, le chasseur donne un nom à sa proie, le nom d'une personne aimée, qui rendra propice la chasse et fera d'elle un sacrifice réussi. Eh bien, je crois que c'est la chose avec l'art." (p.194)
Aux origine de déséquilibres de l'âme, "le découragement, la tristesse, les peurs, les doutes, l'indécision, le manque de confiance et le désintérêt de la vie." (p.217)
"Est-ce que ma vie se dégageait ? Est-ce qu'un fois de plus je me racontais l'histoire de la vie nouvelle ? Je ne crois pas : cette fois-ci, je ne quittais rien ni personne ; j'avais juste envie de lumière -- j'étais prêt à vivre." (p.319)
Quatrième de couverture
Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit.
S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l’île d’Ellis Island au large de New York, et un lac en Italie.
On y croise Isabelle Huppert, la déesse Diane, un dalmatien nommé Sabbat, un voisin démoniaque et deux moustachus louches ; il y a aussi une jolie thésarde, une concierge retorse et un très agressif maître d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron.

Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature?
La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche.
Critiques
Télérama, Libération*
Comment la critique sait-elle que le narrateur est Jean Deichel ? Est-ce le nom par défaut du narrateur de Yannick Haenel ?
Interview de Fabien Ribery  :
"La littérature a une vocation messianique : elle réside dans le déploiement  de la parole qui parle. Là gît la vérité, qui attend son dévoilement, lequel peut avoir lieu à chaque instant. Ce secret — disons l’indirect de la vérité —, la littérature le transporte à travers sa parole : elle ne cesse de révéler. Et cela, d’une manière encore plus criante, plus nécessaire à une époque apocalyptique comme la nôtre, où l’abîme s’ouvre de tous côtés — où nous vivons dans l’ouverture même de l’abîme (dans sa faille — dans l’entaille d’un monde qui s’est entièrement retourné en non-monde)." (Référence 1/8)
"Répéter l’instant où l’on ne tue pas, où l’on baisse le canon, c’est agrandir la respiration du sauf. C’est un acte absolument spirituel. C’est la figure de ce que j’écris." (Référence 8/8)
Chez Google Book : [ici]

14 novembre 2015

Je cherche l'Italie

Retour vers le passé, j'écris cette note en février 2022, j'ai largement oublié ce livre ou, sur le moment même, je n'ai pas remarqué l'essentiel, sauf... Fra Angelico et cette touchante Annonce faite à Marie au sommet d'un escalier avant d'aller vers les cellules. Un lumière oblique et douce caressait la fresque. Émouvant, à cet instant j'étais très proche de Yannick Haenel. Ce souvenir m'est précieux.

Quatrième de couverture 

« Ce livre est le récit d'une expérience. J'ai vécu quatre ans à Florence, entre 2011 et 2014. Découverte éblouie d'une ville d'art, entièrement tournée vers ses fresques, ses sculptures, ses églises. Choc simultané de la crise, qui frappe avec violence les Italiens et dévaste leur culture.
En me consacrant à l'Annonciation de Fra Angelico ou au Déluge de Paolo Uccello, je redécouvre la passion politique.
Comment trouver une voie libre, un intervalle dans un monde ruiné?
Éclairage sur les naufrages de migrants à Lampedusa, hommage à saint François d'Assise, journal de lecture de Georges Bataille, ce livre est un récit initiatique : une aventure en temps de crise. » (Yannick Haenel)

Critiques 

Les Inrockuptibles (J'ai oublié que ce livre est politique)