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28 avril 2022

L'instant précis où Monet entre dans l'atelier

Belle écriture pour un livre de la taille d'un billet de blog. Lu au bistrot, le temps de boire un jus d'orange. Puis Frédérique est arrivée.

Quatrième de couverture

A travers une seule image, obsédante, lancinante, celle qui capture l’instant précis où Monet entre dans son atelier, je me suis efforcé de peindre les dernières années de la vie de Monet. C’est dans ce grand atelier de Giverny où il a peint les Nymphéas qu’il se sent à l’abri des menaces du monde extérieur, la guerre qui gronde aux environs de Giverny, la vieillesse qui approche, la vue qui baisse inexorablement. C’est là, dans l’ombre de la mort, qu’il va entamer le dernier face-à-face décisif avec la peinture. C’est là, pendant ces dix années, de 1916 à 1926, que Monet va poursuivre inlassablement l’inachèvement des Nymphéas, qu’il va le polir, qu’il va le parfaire.

Critiques 

L'Humanité (un résumé, élégante conclusion)

12 mars 2021

La Disparition du paysage

Un texte court d'une insondable épaisseur. Le texte absorbe le lecteur, comme un brouillard épais le ferai. La plainte, un vague horizon, le mur monte, la nuit. La nuit sur une vie abîmée. Autre chose est-il possible ? Ce texte me chagrine, la tristesse comme seule issue. A moins, comme la quatrième de couverture, de s'en tenir aux faits.

Quatrième de couverture

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant, après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement la vue de ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement.

 Critiques

 Hors de portée, seule reste l'image dérobée par le brouillard. La tentative d'en donner une s'échouera sur le rivage de la covid.


10 octobre 2020

Les émotions

Je ne sais que penser de ce livre. Il reprend quelque chose qui s'impose à la fin du précédent. Filiation non fortuite puisque ce sont les deux premiers volumes d'une tétralogie annoncée. Un livre ce sont des pages de phrases, les cohortes de mots qui décrivent ou explorent, ici les émotions. Ces leviers de compulsions. L'amour qui s'en va en s'attardant dans le souvenir de ce qu'il fut. Le deuil qui laboure le souvenir. Le désir qui explose toute raison. Dans des décors qui ne me sont pas étrangers mais pas familiers pour autant, dans cette ville dont je connais les matins fatigués et les fins de journées épuisées, j'ai été touché -- une émotion encore -- par ces témoignages de la force de l'émotion dont la sincérité emprunte à l'autobiographie ; quoique... la dernière aventure, le mot est juste, soit probablement un épisode de fiction. Peut-être fantasmé, cela le ramènerait à la source obligée de l'auteur. 

Quatrième de couverture

Lorsque Jean Detrez, qui travaille à la Commission européenne, a commencé à s’intéresser de manière professionnelle à l’avenir, il s’est rendu compte qu’il y avait une différence abyssale entre l’avenir public et l’avenir privé. La connaissance, ou l’exploration, de l’avenir public, relève de la prospective, qui constitue une discipline scientifique à part entière, alors que la volonté, ou le fantasme, de connaître son propre avenir relève du spiritisme ou de la voyance. Mais a–t-on toujours envie de savoir ce que nous réservent les prochains jours ou les prochaines semaines, a-t-on toujours envie de savoir ce que nous deviendrons dans un futur plus ou moins éloigné, quand on sait que ce qui peut nous arriver de plus stupéfiant, le matin, quand on se lève, c’est d’apprendre qu’on va mourir dans la journée ou qu’on va vivre une nouvelle aventure amoureuse ou sexuelle dans les heures qui viennent ? Le sexe et la mort, rien ne peut nous émouvoir davantage, quand il s’agit de nous-même.
Le moment est donc venu de dire un mot de la vie privée de Jean Detrez.

Critiques 

Rien trouvé sinon des débuts d'articles dont le suite est réservée aux abonnés. Le Monde n'en dit rien. Les blogs disent peu.

28 novembre 2019

La clé USB

Un texte que j'ai lu jusqu'au bout, mais ce n'est pas difficile. L'intrigue émerge doucement dans un univers qui, s'il ne m'est pas familier, ne m'est pas non plus étranger. Cette proximité m'a fait espérer. Le tutoiement de la technique donne une couleur réaliste un peu décalée: la prise du risque de Jean Detrez est effarante, mais pourquoi pas... c'est un roman. Mais le fil se perd. La raison est prise à contre-pied jusqu'à l'invraisemblance, l'intrigue peine ; l'auteur l'abandonne d'ailleurs pour un autre texte, celui qui brosse une image impressionniste de la relation du personnage avec son père -- mais peut-être s'agit-il pour cette fin d'un récit autobiographique. L'auteur a perdu le fil.

Quatrième de couverture
Lorsqu’on travaille à la Commission européenne dans une unité de prospective qui s’intéresse aux technologies du futur et aux questions de cybersécurité, que ressent-on quand on est approché par des lobbyistes ? Que se passe-t-il quand, dans une clé USB qui ne nous est pas destinée, on découvre des documents qui nous font soupçonner l’existence d’une porte dérobée dans une machine produite par une société chinoise basée à Dalian ? N’est-on pas tenté de quitter son bureau à Bruxelles et d’aller voir soi-même, en Chine, sur le terrain ?
Critiques
La croix (ce dont il est question) ; Le Monde (l'auteur s'explique--un peu) ; Slate (d'accord, le roman se termine ne queue de poisson)

2 décembre 2017

Made in China

Jean-Philippe Toussaint

L'histoire tourne autour du projet de réalisation d'un film, The honey dress ; un titre qui reprend une idée décrite dans Nue : le défilé d'un mannequin vêtu d'un essaim d'abeilles. Ce n'est pas un roman mais un récit, pas non plus un récit mais une souvenir possible ; reconstruction d'un vécu en l'augmentant de ce qui permet d'en partager le sens. Un roman donc.
"[...] j'ai bien conscience qu'il y a d'autres 'présent' dans ce livre, et que, selon que je décrive le tournage de Zahir comme je l'ai fait dans les pages précédentes, ou que j'évoquerai la préparation de The Honey Dress, comme je le ferai dans la seconde partie de ce livre, le présent considéré sera tantôt décembre 2012 (pour Zahir), tantôt  novembre 2014 (pour The Honey Dress). A cette première incertitude du présent, à la relativité qui lui est inhérente, s'ajoute que le temps de l'action décrite n'est évidement pas le temps de l'écriture du livre. Il n'y a pas un seul et unique instant de l'écriture, on n'écrit pas un livre d'une seule haleine de la première à la dernière page. Loin de là. J'ai écrit ce livre par sessions successives (mars 2014, juin 2014, septembre 2015, janvier-février 2016, septembre 2016, janvier 2017), et, à chaque fois, à chaque nouvelle session, je relis intégralement le manuscrit en cours, je le corrige et je l'amende, je le reprends, je le transforme, de sorte que, si je souhaite introduire l'idée que j'écris, et que je veux dater précisément cet 'aujourd'hui' dans ce livre, ce sera aussi bien 'aujourd'hui, 12 mars 2014, à Ostende', que 'aujourd'hui, 17 juin 2014, à Barcaggio' (qui, entre parenthèse, est la date d'aujourd'hui, mais cela ne saurait durer [...]" (pp.77-78)
"La fatalité d'un livre terminé est riche de toutes les potentialités écartées, qui l'habitent et le hantent de façon invisible." (p.79) "En somme, la fatalité que l’œuvre porte en elle est irréductible à la somme des hasards qui la composent." (p.80)
J'aime bien la première citation, quant aux deux dernières, rien d'exceptionnel, mais c'est écrit. Et cela va mieux en l'écrivant. En le refermant, j'ai trouvé ce texte agréable, assez bien foutu, mais il ne me laisse par grand chose. J'ai le sentiment que l'auteur s'aime bien, et cela s'entend un peu trop.

Quatrième de couverture
Depuis le début des années 2000, j’ai fait de nombreux voyages en Chine, je me suis rendu à Pékin, à Shanghai, à Guangzhou, à Changsha, à Nankin, à Kunming, à Lijiang. Rien n’aurait été possible sans Chen Tong, mon éditeur chinois. La première fois que j’ai rencontré Chen Tong, en 1999, à Bruxelles, je ne savais encore quasiment rien de lui et de ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts. Ce livre est l’évocation de notre amitié et du tournage de mon film The Honey Dress au cœur de la Chine d’aujourd’hui. Mais, même si c’est le réel que je romance, il est indéniable que je romance.
Critiques