15 décembre 2018

Aller simple

p.49 - Le récit de quelqu'un (extrait)

L'ancien a gaspillé sa dernière salive pour dire :
maintenant c'est à lui de se souvenir qu'il existe.


p.63 - Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas. 


L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens »


Toujours de Luca est un homme de (bonne) foi.
 Situation étrange, je ne connais pas l'italien, mais j'ai envie de corriger la traduction. Il suffit pour le comprendre de se souvenir que la poésie se lit à voix haute. La traduction ne parait pas avoir le souci de cette vocalité, il semble que cela serait possible sans trahir le sens du texte.

Quatrième de couverture
Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l’épopée tragique d’émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu’à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n’a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : «Le départ n’est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.»
À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires – celui des pas reclus ou encore celui de l’amour sidéré – composent cette ville qu’est le livre de poèmes selon l’auteur. L’espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l’enfermement, l’incarcération d’anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son œuvre : le langage, la guerre, l’Italie, l’amour, et le rire.
Critiques
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24 novembre 2018

Les grandes blondes

Lu il y a quelques années, j'ai oublié l'histoire et les détails, mais je n'ai pas oublié le plaisir de cette lecture. Pour rafraichir la mémoire, cette synthèse sur Wikipedia.

Quatrième de couverture
Vous travaillez pour la télévision. Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde. On l’a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années. Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission. Certes. Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre.
Critiques
L'Express (donne envie de relire)

Là où les chiens aboient par la queue

Une récit au plus près de la biographie, une écriture qui suit un fil complexe (difficile de le lire "au lit"), une famille d'un autre monde que l'on découvre et suit dans son voyage dans l'espace de Morne-Galant en Guadeloupe à Paris en passant par Pointe-à-Pitre, et dans le temps que jalonnent les  générations. Un personnage centrale : Antoine prénom pour égarer les esprits de celle dont le nom de baptême est Apollone. J'ai eu le sentiment de nouer une relation affectueuse avec Antoine, personnalité ouverte, rebelle, magique et d'un pragmatisme à toute épreuve -- par exemple lorsqu'elle établit son commerce improbable dans le quartier du Sacré Cœur.

Quatrième de couverture
Dans la famille Ezechiel, c’est Antoine qui mène le jeu. Avec son «nom de savane», choisi pour embrouiller les mauvais esprits, ses croyances baroques et son sens de l’indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit-Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d’or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l’histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40: l’enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’inéluctable exil vers la métropole…
Intensément romanesque, porté par une langue vive où affleure une pointe de créole, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes.
Critiques
L'usine nouvelle (très juste, fond et style) ;


10 novembre 2018

Le cas du hasard

La discussion entre le biologiste et l'écrivain-poète, est celle du déterminisme induit par la science. L'ADN d'abord qui serait un programme de l'individu, la science en général dont les modèles prétendent à des valeurs prédictives. Nous ne devons pas laisser croire que tout progrès scientifique se réduit à des machines et des engrenages.

Quatrième de couverture
Le cas du Hasard est né de l’envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d’un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d’approfondir la discussion animée d’un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l’ouvrage s’ouvre sur une tentative de définir l’ADN – que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l’écrivain y voit plutôt une prophétie –, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l’étendue des connaissances scientifiques de l’un et de la pertinence du regard de l’autre, est la poésie de l’ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l’univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l’écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.
Critiques
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4 novembre 2018

L'affaire Arnolfini

Un passionnant délire, peut-être, une enquête audacieuse, qui sait, la découverte d'un tableau sûrement.

Quatrième de couverture
Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous...
Critiques
Daniel Pennac (préface)
Autant qu’aux regards posés sur les tableaux, je suis sensible aux regards saisis par les peintres dans leurs tableaux. Le plus souvent, quand je me souviens d’une toile, ce sont les regards qui me reviennent d’abord. L’impression d’effroi, par exemple, que m’a laissée Le Jugement de Cambyse  ne tient pas au supplice proprement dit (l’écorchement de Sisamnès n’est après tout qu’une leçon d’anatomie parmi d’autres) mais à l’expression du condamné au moment de son arrestation : il ne regarde plus rien !
Voilà ce dont je ne peux me défaire : le regard vidé du condamné. Et ceux des dix-sept hommes qui, présents autour de lui, ne le regardent pas. Comme s’il n’existait déjà plus. Même le soudard qui le saisit par le bras ne regarde pas ce condamné à mort. C’est cette absence générale de regard, cet unanime abandon de l’accusé à sa sidération, qui m’a rendu inoubliable le diptyque de Gérard David, vu par un matin d’automne dans le musée de Bruges.Et c’est ce qui me frappe aussi, chez les époux Arnolfini : ils ne se regardent pas.
Comme Jean-Philippe Postel, je connais les Arnolfini. Moins intimement que lui, mais tout de même. Je les ai rencontrés un après-midi de juin à la National Gallery. Depuis, ils ne m’ont plus quitté. Quand je pense à eux, c’est cette absence de regard qui s’impose immédiatement. Dans mon souvenir, toute la toile s’organise autour de ces regards qui ne se croisent pas. Dès lors, que voient-elles, ces deux solitudes ? À quoi songent-elles ? Et nous, debout seuls devant les époux Arnolfini, que voyons-nous ? Je ne me serais sans doute pas posé ces questions si je ne m’étais moi-même senti observé pendant que je regardais les Arnolfini. Leur voisin de mur – si je puis dire – est L’Homme au turban rouge, selon toute probabilité Jan Van Eyck en personne. Le visage fermé, la bouche sans lèvres, les yeux sévères et scrutateurs, il pose sur chaque visiteur posté devant les époux Arnolfini un regard qui semble demander : Alors, que voyez-vous ? Visiblement, il ne nourrit aucune illusion quant à la pertinence des réponses. Or, depuis 1434, les réponses sont innombrables. On ne compte plus les conférences, les plaquettes, les monologues, les discours mondains et les chuchotements concernant les époux Arnolfini. Aucun ne semble satisfaire l’homme au turban rouge. Il est le seul à savoir ce qui se joue dans cette chambre, entre cet homme et cette femme. Éternisé par lui-même dans son propre cadre, Van Eyck s’amuse – très intérieurement – des interprétations dont pâtissent ses  deux personnages. Cette femme enceinte, ce mari distant, ces mains qui se touchent à peine, ce miroir (en aura-t-on assez parlé de ce qui se voit dans ce miroir !) il a tout entendu, sauf...Sauf ce qu’on va lire ici. Et que j’ai moi-même lu dans un train à grande vitesse, comme on lit un polar, galvanisé par le suspens, avec la même curiosité haletante, vraiment ! Ces pages, que je tournais à toute allure, me démontraient clairement que je n’avais pas vu ce que j’avais vu, que je n’avais rien vu de ce qu’il y avait à voir ! 
La passion que j’ai prise à la lecture de Jean-Philippe Postel tient moins à la description du tableau de Van Eyck (je croyais le connaître bien) qu’au décorticage implacable de toutes ces illusions d’optique que j’appelais mon “souvenir” de ce tableau. En achevant ma lecture je me suis promis de retourner au plus tôt à la National Gallery, pour y retrouver les époux Arnolfini, certes, mais surtout pour chercher sur le visage de l’homme au turban rouge le signe qu’il a, enfin, entendu ce qu’il voulait entendre sur ce tableau où il avait enclos tant de secrets.

Je suis Jeanne hébuterne

Après cela on déteste Modigliani et on se perd en conjecture sur ce que l'amour permet d'endurer.

Quatrième de couverture
Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste «  maudit  », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice - où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie. 
Critiques
euh... rien trouvé...

Être ici est une splendeur

Lire une biographie de peintre, c'est lire comme un aveugle

Quatrième de couverture
Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. 
Critiques
Télérama (la vérité du regard de la femme sur la femme qui peint la femme) ; Le Monde (chemin de l'écriture).

Critique du jugement

Lecture importante, nombreuses notes à reprendre

Quatrième de couverture
 Kant publie Kritik der Urteilskraft en pleine Terreur. Le « pouvoir d’évaluation » – la Beurteilung – plonge ses racines dans la « crainte du regard de l’autre ». Je ne juge plus rien. J’ai jugé pendant vingt-cinq ans (de 1969 à 1994). Puis je me suis désengagé de tous les gages que je recevais des institutions qui m’avaient jusque-là engagé. Alors je n’ai plus eu d’autres ressources que la vente de mes livres. Aussitôt j’ai perdu toute hiérarchie (de nature artisanale) à l’intérieur de ce que j’écrivais et j’ai égaré toute anticipation (plus thématique que technique) dans les lectures que je faisais. Tout à coup, je commençai une étrange vie qui avait totalement renoncé au jugement. On ne trouvera pas ici une critique de la presse, de la télévision, des jurys, des comités de lecture, des cours, des tribunaux, des enfers. On trouvera une critique du jugement.
Critiques
Le Monde (en peu de mots, exactement ce dont il est question, mais en jugeant un peu) ;

9 août 2018

Un si beau diplôme

C'est un récit dont elle aurait pu faire un roman. C'est un récit plus que de la littérature, il en vient un sentiment d'approximation du texte, de maladresse qui rapproche ; une forme assumée de familiarité. Encore une fois on ne trouvera pas les mots pour répondre, lui dire à quel point le colonialisme fait horreur jusque dans sa suffisance vis à vis de ceux qui migrent vers le pays du colon. C'est aussi l'histoire d'un volonté et d'une dignité qui ne se résout pas, protégée par la candeur et la force de l'indignation.

Quatrième de couverture
Comment sauver son enfant d’une mort certaine ? Faut-il, comme le croit le père de l’auteur, faire confiance à l’école afin qu’elle obtienne un «beau diplôme»? Ainsi elle ne serait plus ni hutu ni tutsi : elle atteindrait le statut inviolable des «évolués».
C’est justement pour obtenir ce certificat que l’auteur sera obligée de prendre le chemin de l’exil. Elle passera de pays en pays, au Burundi, à Djibouti puis en France. Tantôt les chances que lui promettait ce précieux papier apparaissent comme une certitude, tantôt elles se volatilisent tel un mirage. Comme le lui avait dit son père, ce «beau diplôme» sera le talisman, toujours source d’énergie, qui lui permettra de surmonter désespérance, désillusions et déconvenues.
L’auteur revient ici à la veine autobiographique, avec ce style fluide, plein d’humour et de fantaisie qui rend passionnant le récit de ses souvenirs, si douloureux soient-ils parfois. 
Critiques
Télérama (maladroit et attachant) ; Jeune Afrique (biographie et témoignage)

La Punition

Un texte simple, dont la simplicité même et le dépouillement de l'écriture disent la vérité. Je ne peux m’empêcher de penser au témoignage de Primo Levi, bien sûr toute proportion gardée mais le fond est là, dangereux, tragique, aux confins de l'enfer dans lequel Primo Levi fut emporté.

Quatrième de couverture
La punition raconte le calvaire, celui de dix-neuf mois de détention, sous le règne de Hassan II, de quatre-vingt-quatorze étudiants punis pour avoir manifesté pacifiquement dans les rues des grandes villes du Maroc en mars 1965. Sous couvert de service militaire, ces jeunes gens se retrouvèrent quelques mois plus tard enfermés dans des casernes et prisonniers de gradés dévoués au général Oufkir qui leur firent subir vexations, humiliations, mauvais traitements, manœuvres militaires dangereuses sous les prétextes les plus absurdes. Jusqu’à ce que la préparation d’un coup d’État (celui de Skhirat le 10 juillet 1971) ne précipite leur libération sans explication.
Le narrateur de La punition est l’un d’eux. Il raconte au plus près ce que furent ces longs mois qui marquèrent à jamais ses vingt ans, nourrirent sa conscience et le firent secrètement naître écrivain. 
Critiques
L'Express (bien sûr) ; Huffington post - Magreb (interview) ;


29 juin 2018

Poésie et photographie

 Lu en 2018, revoir les notes ou... relire

Quatrième de couverture

 C’est directement et parfois profondément que l’activité du photographe influe sur ce que la poésie cherche à être. Et, en retour, les poètes se doivent de comprendre en quoi cette activité consiste et même ne pas hésiter à exprimer des réserves, des inquiétudes ou d’ailleurs aussi leur approbation en présence des formes diverses et peut-être contradictoires que l’acte et les visées du photographe ont prises depuis le daguerréotype, puis Nadar préservant pour nous le regard de Nerval, de Marceline Desbordes-Valmore, de Baudelaire.
Ce petit essai s’attache à un des effets troublants de la première photographie, son introduction d’une pensée du non-être, si ce n’est pas du néant, dans l’univers des images. Mais aussi à un récit qui, de façon figurale, me semble avoir perçu cet effet et visité avec épouvante ses risques, l’extraordinaire La Nuit de Maupassant, une des œuvres hallucinées de ses dernières saisons conscientes.

Critiques

Trop tard...

23 mai 2018

Vallée des merveilles

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Quatrième de couverture
Il a des habitudes, quelques tics dont il garde le contrôle et, jusqu'à ce jour, il avait pour seule compagne la solitude. Milan vit dans une petite ville portuaire du Finistère. C'est en marchant le long du quai qu'il voit surgir une inconnue qui disparaît aussitôt après avoir déposé un baiser sur ses lèvres. Qui est cette femme ? Que cherche-t-elle ? Entre les bancs de nuages sombres à l'horizon se déversent des flots de lumière.
Milan lutte, il fulmine mais, à la longue, comment ignorer l'appel ? Un livre de Max Jacob ouvert au hasard l'encourage à partir pour Paris, à la recherche de l'inconnue. Il découvre qu'elle s'appelle Lynx, qu'il lui manque un doigt, qu'elle travaille à l'Hôtel-Dieu et qu'elle est aussi riche qu'il est pauvre. L'amour, né au bord de l'Atlantique, va les submerger et les guérir.
Mais, encore une fois, Lynx s'en va. Et il faudra à Milan toute la force de son amour pour la rejoindre dans la cité des morts et tenter de l'en ramener. Il y retrouve Max Jacob qui, dans la pénombre où il est englouti, lui sert une dernière fois de guide.
Ancré dans la réalité sensible, Vallée des merveilles ouvre la voie vers un univers auquel seuls l'imagination et l'amour donnent accès.

Née en Allemagne en 1964, vivant à Paris, Anne Weber écrit toujours deux versions - française et allemande - de ses livres. Au Seuil, elle a notamment publié Ida invente la poudre et Cerbère. En Allemagne, son dernier roman, sélectionné pour le prix de la Foire du Livre de Leipzig, a connu un grand succès. Également traductrice, elle a traduit en français le romancier Wilhelm Genazino et, en allemand, Pierre Michon et Georges Perros.
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Eau-de-feu

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Quatrième de couverture
 «À ses débuts, un couple se vit comme stable et durable. Les partenaires ne guettent aucun changement, sauf, bien sûr, les tempêtes et ravages de la passion, inopinée et brutale. Ce n'est pas de passion qu'il est question ici, mais de l'ennui – le plus subtil des périls. Je me disais heureux, comme Reine se disait heureuse : pourquoi taquiner ces sentiments-là? Depuis quatre ans, la bataille où se débat Reine m'a laissé loisir de me poser des questions. Je pense avoir compris combien j'avais laissé Reine s'appauvrir.»
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Léternité de l'instant

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Quatrième de couverture
Lola est la petite-fille préférée de Maximiliano Megía, et c'est uniquement pour elle qu'il accepte de rompre le silence dans lequel il s'est réfugié depuis que sa femme a quitté Cuba, le laissant seul avec ses cinq enfants. Son histoire débute en Chine : né de l'union très heureuse d'un célèbre chanteur d'opéra traditionnel, Li Ying, et de Mei, une jeune calligraphe, Maximiliano – Mo Ying de son vrai nom – est doté d'une intelligence et d'une sensibilité rares. Mais lorsque sa famille reste sans nouvelles de son père, parti à l'étranger comme des milliers de Chinois au début du XXe siècle pour échapper à la misère, Mo Ying s'exile à son tour, pour essayer de le retrouver. Après bien des péripéties et devenu Maximiliano Megía au Mexique, il débarque à Cuba…
L'éternité de l'instant constitue une nouvelle preuve éclatante du talent romanesque de Zoé Valdés. Dans une foisonnante mosaïque d'histoires et d'aventures, son pouvoir d'évocation est mis au service d'une émouvante quête d'identité et de sens.
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La carte et le territoire

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Quatrième de couverture
 «Rendre compte du monde, simplement rendre compte du monde» : voilà ce que répond l'artiste Jed Martin lorsqu'on l'interroge sur le sens de son œuvre. Ce projet, qui lui apportera la fortune et une renommée internationale, l'amènera à croiser des personnages très divers : Olga, une jolie Russe, mais aussi le commissaire de police Jasselin, le présentateur de télévision Jean-Pierre Pernaut, et même l'écrivain Michel Houellebecq, dont Jed réalisera le portrait...
Roman réaliste qui tend vers l'anticipation, roman d'artiste qui flirte avec l'autofiction et s'achève en roman policier, La Carte et le Territoire brouille les pistes et estompe la frontière entre fiction et réalité. Dans cette œuvre à la construction virtuose, récompensée par le prix Goncourt en 2010, Michel Houellebecq mène une profonde réflexion sur notre monde contemporain et le rapport que nous pouvons encore avoir - ou non - avec la vérité.
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Le songe de Monomotapa

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Quatrième de couverture
L'amitié : comment elle naît, puis se tisse, se renforce et parfois se dissout d'elle-même ou s'achève par une rupture?
Les amitiés : il en est qui traversent le temps, d'autres qui sont éphémères et pourtant intenses.
En une vingtaine de courts chapitres, alliant réflexion et histoires personnelles, ce livre, qui tient à la fois du roman et de l'essai, tente de cerner le rôle de l'amitié. Nous sert-elle à nous protéger des tourments de l'amour?
Si l'on en croit La Fontaine, «un ami véritable est une douce chose». Mais existe-t-il ailleurs qu'au pays imaginaire du Monomotapa? 
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Ostinato

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Présentation (Universalis)
Après un silence éditorial de près de dix ans, à peine interrompu par la publication en revue (N.R.F., L'Ire des vents) ou chez de petits éditeurs (Fata Morgana, Le Temps qu'il fait) de fragments sous le titre d'Ostinato, Louis-René des Forêts s'est résolu à réunir certains de ces éléments sous forme de livre (Ostinato, Mercure de France, 1997), dans une version qu'il s'obstinait à déclarer provisoire : « Mettre le point final à l'inachevable n'est pas affaire de volonté, mais fonction dévolue à la mort. » Né en 1918, il sait alors que le moment ultime est proche, mais il ne renonce pas à se laisser emporter par le surgissement de « voix bonnes mauvaises conseillères », par la continuité du rythme et le mouvement capricieux du hasard, moteurs essentiels de son travail littéraire.

Sa tentative pour décrire son univers – « l'univers n'a de présence réelle, écrit-il, que pour qui s'en fait humblement l'écho » – et pour brosser par touches denses et retenues son autoportrait est placée sous le signe de la figure musicale baroque de l'ostinato, répétition d'une même formule rythmique qui soutient à la basse la progression de l'œuvre. L'auteur poursuit son avancée dans le monde des mots « aussi obstinément qu'en vain », en quête d'un rythme correspondant à sa respiration naturelle, avec parfois une rupture, une « dissonance qui traduise ou souligne les mouvements contradictoires de l'être, la discontinuité de son parcours » (« Des Forêts, La forme trompeuse d'un livre », propos recueillis par Patrick Kéchichian, Le Monde, 14 févr. 1997). Le texte acquiert ainsi le même pouvoir d'efficacité immédiate que la musique, cet art que Louis-René des Forêts a pratiqué dans sa jeunesse et dont il garde la nostalgie, comme du seul « lieu ou la pensée respire » et qui fait parfois régner une « ineffable beauté » (L.-R. des Forêts, Voies et détours de la fiction, Fata Morgana, 1985).

Ce livre est comme une succession de chants – au sens où Dante, cité en exergue, entendait ce mot – en [...]
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Les éclairs

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Quatrième de couverture
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.
Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s’achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.
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22 mai 2018

Aperçues

Lu en 2018 --
Surprise de découvrir un journal, pas tout à fait, plutôt une sorte de blog de papier, suite de réflexion sur le regard, l'art, les autres et l'artiste, l'écriture, l'écriture sur l'art. Un livre "dans" lequel je reviendrai. De cette première lecture je retiens des citations, matière à penser.

A relire sans tarder : « au point de vue de la servante » (p.113 sqq) et « où passe les frontières » (p.128 sqq). Repenser cette réflexion que je ne comprends plus mais a dû me paraitre évidente à l'époque : l’objectivité ne pas besoin de penser le sujet, l'art ne le peut sauf à plaire, il va au cœur d’un singulier universel être l’autre (peut être en relation avec la page 264). Et deux néologismes qui me sont venus à l'esprit : regardoir, regardement, ce dernier existe en fait (relire p.75 sqq)
"Sans doute Merleau-Ponty réduit-il encore les choses en faisant de toute peinture, comme par définition, ce qu’on pourrait nommer phénoménographe. Mais l’ultime verbe qu’il emploie me reste infiniment précieux : il y a bien une relation d’appel entre le style – poétique, ou pictural, ou même musicale – et les formes d’être singulières qui traversent nos vies. L'appel ne fait pas les signes. Il se contente de faire signe. La relation survient, ne s’établit pas. La distance, elle, est toujours là pour nous inciter à la modestie devant l’apparaître des phénomènes." (p.34)

"Il faudrait que la pensée du philosophe sache répondre aux œuvres de l'art, comme un geste répond à l’autre, comme un regard répond à l’autre, comme une caresse répond à l’autre, et par cette réponse se modifie, se déconstruit, s’ouvre tout à coup : s'élève avec la pensée-pas du danseur, s'envole avec la pensée-souffle du chanteur, s'involue avec la pensée-geste du dessinateur – pensées qui, bien sûr, ne s’arrêteront jamais à un seul organe puisqu’elles s'incarne et se formule esthétiquement à travers le rythme de notre chair entière, vivante et pensante." (p.56)

"L’image appelle le sensible, mais le sensible implique le corps, le corps s’agite de gestes, les gestes véhiculent des émotions, les émotions ne vont pas sans inconscient, et l’inconscient lui-même suppose un nœud de temps psychique, de sorte que c’est toute la modélisation du temps et de l’histoire elle-même, y compris politique, qu’une seule image peut remettre en jeu ou en question." (p.66)

"Il s’agit d’une parenthèse : l’émotion « est impliquée dans » l’image, les deux étant faites pour que l’une soit le médium de l’autre, et pour que, dès qu’elles apparaissent, elle soit inséparable." (p.67)

"De même, rien n’aura été plus rouge à mes yeux que le sang du bœuf égorgé en gros plan dans La Grève de Eisenstein, parce que j’ai su, à ce moment, que l’image ne me mentait pas sur la mort de l’animal." (p.88)

"Écrire, comme regarder, ne relève pas d’un savoir-faire, même si cela demande beaucoup de travail. Si tu as un faire qui met à chaque instant le savoir en question, c’est un savoir qui met à chaque instant le faire en question. Il faut, certes, continuez de décrire. Mais il faut que cette description devienne écriture et non pas un simple état des lieux." (p.112)

"C’est exactement ce genre d’œuvre qui donne l’envie d’écrire la plus pure, la plus simple : marquer par des mots ce que l’on consent, que l’on reçoit, que l’on est touché, que grâce à ces images on regarde différemment." (p.136 - à propos d'un film)
"En revanche, un abyme – mots qui ne se trouve pas dans les dictionnaire courants, sans doute parce qu’il n’est qu’une reprise de l’orthographe ancienne du mot précédent [abîme] – désigne en particulier, dans le vocabulaire de l’héraldique, le point central de l’écu ; ce qui aura fourni à André Gide l’idée de parler d’une mise en abyme pour désigner un procédé artistique ou littéraire de répétition au miroir allant toujours vers le « centre » ou vers le « fond » de l’image [...]" (p.166 -- suit la vache qui rit)

"L’une des raisons qui poussent les poètes à employer des mots archaïque, c’est qu’ils sont nouveaux du simple fait de leur vieillissement." (p.184)

"Première façon : atchoum ! Tu éternue en crachant vers moi une myriade de postillons. À cela je réponds poliment, comme on me la, depuis toujours, appris, et quelque soit ma crainte d’attraper ton rhume : à tes souhaits ! Si tu avais toussé, par exemple, je n’aurais rien dit. Pourquoi ?" (p.217)

"Regardez, bien sûr, fut d’abord de ne pas reconnaître et ne pas connaître ce que je voyez : il aura fallu, chaque fois, réinventé un langage, construire ses gémissements – écrire, donc – pour faire du regard une occasion de connaissances. Écrire serait donner une forme à cet abord –  ni saisie exhaustive, ni savoir absolu – des choses." (p.257)

"Il faudrait savoir mettre en œuvre la teneur autobiographique de toute pensée, de toute connaissance, mais sans que le Moi devienne centre fasciné par soi-même." (p.260)

Citation de Malraux, musée imaginaire de la sculpture mondiale : « j’ai tenté d'y réunir les sculptures qui me touchent directement, afin de préciser ce qui les unissait. [...] »  (p.264)

"Devant ce tableau je me dis, une fois de plus, que ce serait tout perdre que de penser à séparer « le fond » et « la figure »." (p.305)
Quatrième de couverture
Choses vues, non, pas même vues jusqu’au bout. Choses simplement entrevues, aperçues. Êtres qui passent, souvent au féminin pluriel, comme la Béatrice de Dante, Laura de Pétrarque, la « nymphe » d’Aby Warburg, la Gradiva de Jensen et de Freud ou la « passante » anonyme des rues parisiennes selon Charles Baudelaire. Créatures ou simples formes qui surgissent ou qui tombent. Instants de surprise, ou d’admiration, ou de désir, ou de volupté, ou d’inquiétude, ou de rire. Impressions enfantines, deuils. Colères aussi. Réflexions esquissées. Instants critiques. Ou descriptions, tout simplement.
Phraser le passage des aperçues ? Comme un recueil de circonstances, de visions en bribes, d’émotions inattendues, de pensées qui s’inventent devant des choses ou des êtres apparaissants, apparus et, très vite, disparaissants, disparus. Une phénoménologie, une poétique, une érotique du regard s’esquissent. Tout cela devenu, sans crier gare, un journal sans continuité, un ensemble de récits sans personnages bien définis, un autoportrait sans visage unique.
Remonter ce journal en désordre. Découvrir, alors, qu’il était fait d’occasions (où les temps passent vite), de blessures (où les temps frappent fort), de survivances (où les temps reviennent toujours) et de désirs (où les temps adviennent pour un futur entraperçu).
Critiques
Le Monde (pour comprendre)

9 mai 2018

Notre histoire intellectuelle et politique 1968-2018

J'ai pensé, magie du "nous", que je retrouverai dans ce livre un peu de ce que j'ai traversé au cours de ces mêmes années (Rosanvallon est né en janvier 1948). C'est le cas, mais de très loin. Ce qui, dans ce livre, est dédié à la mémoire partagée m'a plongé dans une sorte de mélancolie. Je serai donc passé à coté de mon temps, un peu comme les droites de l'enveloppe qui effleure ce qu'elle engendrent parce qu'après tout j'ai participé, mais sans comprendre ni savoir. J'ai rêvé au fil de la lecture, admirateur du fantôme d'un possible, de ce qu'aurait pu être une éducation intellectuelle. Pour le reste, j'ai retrouvé le Rosanvallon qui offre l'espérance d'une autre gauche (libéralisme contre autogestion), d'une autre démocratie (comme problème à résoudre).
Quelques citations :
"Cette approche radicale des tâches de la poésie suggère bien qu'elle est le laboratoire de la langue et des émotions et que sa lecture est une des modalités les plus fortes de l’expérience humaine, en augmentant la présence au monde et en offrant simultanément aux femmes et aux hommes une capacité accrue de résistance à l’œuvre des ténèbres." (p.10)

"L’universitaire est le spécialiste d’un domaine spécifique et d’une discipline particulière. L’idéologue, quant à lui, est un rédacteur de catéchismes, un fabricant de mots d’ordre, un fournisseur d’arguments chocs pour la polémique. Cette idéologue a, dans tous les cas, un rapport élastique à la notion de vérité. L’intellectuel, lui, doit se distinguer de ces deux figures. On peut le définir comme celui qui cherche à donner un langage à ce que vivent et ressentent les gens et qui, en même temps, essaie de rendre intelligible le monde pour donner à ceux-ci la capacité de le décrypter et d'y agir de façon autonome." (p.52)

"C’est en effet presque fonctionnellement que l’on demande à un « bon universitaire » de se spécialiser, c’est-à-dire en fait de progresser dans une seule direction, en ne se renouvelant que sous la forme d’une répétition améliorée, selon des séquences et des rythmes plus ou moins marqués–certaines existences se résumant même à une seule séquence. C’est sur ce mode insidieux que le système universitaire peut insensiblement contribuer à un affadissement de la vie intellectuelle. Car le travail n’est plus alors guidé par des questions ; il se réduit à la gestion d’un domaine." (p.148)

"C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me persuader que les idées ne peuvent être fortes, c’est-à-dire productrices d'effets, que si elles existent de façon autonome, valant pour elles-mêmes, avec leur puissance intrinsèque ; si elles deviennent des forces matérielles qui s’imposent dans les têtes, en un mot." (p.177)

"Le néolibéralisme est simultanément déploré en général et intériorisé dans nombre de ses rouages effectifs. C’est dans le silence des arbitrages et des consentements quotidiens que se dit ainsi la vérité d’une société. Un projet d’émancipation doit donc pour cela aller de pair avec un exercice de lucidité et de cohérence." (p.380)
Quatrième de couverture
Comment les enthousiasmes de Mai 68 ont-ils cédé le pas au désarroi des années 1980 et 1990 puis au fatalisme qui, depuis les années 2000, barre notre horizon politique et intellectuel ? Pourquoi la gauche s’est-elle enlisée dans un réalisme d’impuissance ou dans des radicalités de posture, au point de laisser le souverainisme républicain et le national-populisme conquérir les esprits ?
Pierre Rosanvallon se confronte ici à ces questions d’une double manière. En tant qu’historien des idées et philosophe politique, il s’attache à réinscrire les cinquante dernières années dans l’histoire longue du projet moderne d’émancipation, avec ses réalisations, ses promesses non tenues et ses régressions. Mais c’est également en tant qu’acteur et témoin qu’il aborde la lecture rétrospective de la séquence dont Mai 68 a symbolisé l’amorce. Son itinéraire personnel, les entreprises intellectuelles et politiques qui l’ont jalonné et les personnalités qui l’ont accompagné renvoient plus largement à l’histoire de la deuxième gauche, avec laquelle sa trajectoire s’est pratiquement confondue, et, au-delà, à celle de la gauche en général, dont l’agonie actuelle vient de loin.
À travers le retour sincère et lucide sur son cheminement, avec ses idées forces et ses doutes, ses perplexités et ses aveuglements, c’est une histoire politique et intellectuelle du présent que Pierre Rosanvallon retrace, dans des termes qui conduisent à esquisser de nouvelles perspectives à l’idéal d’émancipation.
Critiques
Le Monde (l'interview) ; L'Obs (critique, vraiment)


26 avril 2018

Le syndrome Garcin

Ce récit est un livre de souvenir, trop personnel me semble-t-il pour permettre un écho intime chez le lecteur. Pour autant, on retire quelque chose sur une certaine société, sur la médecine début de siècle -- quelques beaux témoignages, sur les grands hommes qui sont assurément des hommes de passion.
Quoi qu'il en soit, une belle écriture, un récit fluide, des mots nouveaux. L'apophtegme me manque pour conclure.

Quatrième de couverture
«Je suis un radiologue fantaisiste, un échographe controuvé, un voyageur sans bagage qui toque à la porte des hôpitaux d’autrefois et des bureaux poussiéreux, au fond desquels mes aïeux sourcilleux s’étonnent que je veuille mieux les connaître et me parlent dans un français de laborantin, un sabir organique, un babélisme médicamenteux que je ne saisis pas toujours. Mais si je ne témoigne pas de cette tribu clinique, dont seuls d’obscurs traités et des manuels déshumanisés gardent la trace, qui d’autre le fera?»

L’enfance de Jérôme Garcin a été marquée par deux grands-pères éminents, le neurologue Raymond Garcin et le pédopsychiatre Clément Launay, qui avaient en commun d’être des humanistes, toujours à l’écoute du patient. Ils étaient issus de longues dynasties médicales. Après eux, cette chaîne s’est interrompue. Pourquoi? C’est à cette question que tente de répondre ce livre, croisant l’histoire intime d’une famille et les mutations récentes d’une discipline. 
Critiques
 L'express (c'est assez juste), JDD (Pivot, un livre de souvenir)

9 avril 2018

14 juillet

Un récit que l'on lit comme on écoute les actualités à la radio. La journée du 14 juillet vécue de l'intérieur, aux cotés des parisiens, de chacun du petit peuple de Paris à la fois effrayé et émerveillé par ce qui advient ; qu'il fait advenir. On devine en amont le travail d'archive, la patience de lire les notes infimes, le petits riens qui, assemblé, feront l'histoire.  "Il faut écrire ce qu'on ignore." (p.83), mais l'écrire juste. Combler les manques et les absences avec rigueur et sincérité, sans élan littéraire ni pathos vendeur. C'est alors faire œuvre et honneur à ceux qui prirent la Bastille et lancèrent la belle et terrible histoire à l'ombre de laquelle nous vivons encore.

Quatrième de couverture 
 La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.


De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas ; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire.
Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens.
L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage.
À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde.”
Critiques
Les lettres française (interview)

31 mars 2018

Et moi je vis toujours

Une histoire de France pour ceux qui s'y connaissent, en 280 pages. Ou encore : déclaration d'amour à Madame H.

Une erreur : d'Ormesson attribue des folies à Rama (p.57), coureur de jupons. J'en doute, Rama était fidèle à Sita, il s'agit peut-être de Brahma le fou d'amour à en perdre la tête (qui en fut puni). D'Ormesson écrivait au crayon, l'origine probable de l'erreur est à rechercher dans la transcription pour l'édition. J'écris aux éditions Gallimard...

Quatrième de couverture
 Il n’y a qu’un seul roman – et nous en sommes à la fois les auteurs et les personnages : l’Histoire. Tout le reste est imitation, copie, fragments épars, balbutiements. C’est l’Histoire que revisite ce roman-monde où, tantôt homme, tantôt femme, le narrateur vole d’époque en époque et ressuscite sous nos yeux l’aventure des hommes et leurs grandes découvertes.
Vivant de cueillette et de chasse dans une nature encore vierge, il parvient, après des millénaires de marche, sur les bords du Nil où se développent l’agriculture et l’écriture. Tour à tour africain, sumérien, troyen, ami d’Achille et d’Ulysse, citoyen romain, juif errant, il salue l’invention de l’imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, la Révolution de 1789, les progrès de la science. Marin, servante dans une taverne sur la montagne Sainte-Geneviève, valet d’un grand peintre ou d’un astronome, maîtresse d’un empereur, il est chez lui à Jérusalem, à Byzance, à Venise, à New York.
Cette vaste entreprise d’exploration et d’admiration finit par dessiner en creux, avec ironie et gaieté, une sorte d’autobiographie intellectuelle de l’auteur.
Critiques
Huffington Post (applaudit l'académicien), L'express (trouve le mot clé : l'ennui)

26 février 2018

Pactum salis

Rencontre de deux hommes, rapprochement des extrêmes du diamètre social pour créer des étincelles dans un réalisme à l'italienne. Jean et Michel, crasse et mocassin, conflits et réconciliation, relation improbable suspendue à un équilibre instable que tout compromet mais toujours se rattrape entre complicité camarade et brutalité de rivaux. Une écriture précise, où le trait d'esprit jamais ne sombre dans le jeu de mots, certaines phrases méritent d'être lues à voix hautes (je ne les ai pas notées), humour, tensions tragiques, un peu thriller parfois, art de la chute. Un bon moment de lecture, le plaisir d'une écriture travaillée avec talent, mais guère plus.

Quatrième de couverture
Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour « réussir ». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit.
Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.
Critiques
Libération (plutôt bien)

11 février 2018

Psychothérapie de Dieu

Écrire que la religion est un phénomène mental est un peu court, l'Homme (la femme y compris) est un phénomène mental sans quoi il n'y aurait que l'être humain.
"L'empathie, socle neurologique et affectif de la morale, n'a pas besoin de spiritualité pour se mettre en place." (p.40)
"L'effet de la croyance en Dieu est bénéfique pour le corps et pour le psychisme, comme le prouve le rétablissement chez les anxieux des sécrétions neurobiologiques et du fonctionnement cérébral, dès qu'ils sont apaisés." (p.41)
"Ce n'est que vers l'age de 4 ans que l'enfant devient capable de faire la différence entre ce qui vient de lui et ce qui vient des autres." (p.51)
"Dès sa naissance, le nourrisson perçoit la brillance des yeux et leurs saccades. A partir du deuxième mois, il reconnaît le visage de sa mère, puis celui de son père. Quand la parole apparaît au cours de la troisième année, la sonorité verbale représente un objet qui progressivement s'éloigne. Vers la septième année, c'est un récit qui provoque des émotions : on pleure parce qu'on nous raconte que maman a eu une enfance malheureuse, on éprouve l'angoisse du vide quand on pense qu'il n'y a rien après la mort, comme un immense gouffre. La parole possède un tel pouvoir d'éloigner les représentations qu'elle élargit le monde mental. D'abord elle désigne les objets du contexte, puis ceux qui ne sont aps là mais dont on sait qu'ils existent ailleurs, puis elle désigne un monde invisible rempli de représentations. Au-delà de l'expérience sensorielle, elle fait exister un monde qui, même lorsqu'il est coupé du réel, provoque d'intenses émotions." (pp.71-72)
"Jusqu'à l'âge de 4 ans l'enfant réponse à ce qu'il perçoit sans se préoccuper de ce que perçoivent les autres. [l'âge de l'opposition] Vers l'âge de 5 ans, quand l'empathie s'est développée, l’enfant devient capable de se décentrer de ses propres croyances pour envisager que d'autres aient d'autres croyances. A 8 ans, le processus est abouti. : il devient capable d'imaginer ce que l'autre imagine. A 12 ans, il explique cette divergence par la différence des personnalités." (p.72)
"Pour accepter l'altérité il faut se penser soi-même comme à nul autre pareil, il faut se sentir fort et personnalisé pour supporter une différence." (p.77)
"La croyance en Dieu participe à la régulation des émotions. Une résonance magnétique fonctionnelle (RMNf) rend visible que l'aire cingulaire antérieure (ACC) qui produit des signaux de détresse en cas de douleur physique ou de conflits relationnels atténue son fonctionnement d'alerte quand le blessé se met en relation avec Dieu par le moyen des rituels de sa religion. Une représentation protectrice  qui apaise et donne sens finit par atténuer la perception de la souffrance." (p.165)
"La spiritualité n'est pas tombée du ciel, elle a émergé de la rencontre entre un cerveau capable de se représenter un monde totalement absent et un contexte culturel qui donnait forme à cette dimension de l'esprit." (p.166)
"La sexualité, la nourriture et la musique composent un ensemble fonctionnel qui structure l'<<être ensemble>>." (p.219)
"La mémoire n'est pas le retour du passé, c'est la représentation du passé." (p.238)

Voir aussi les pages : 135, 146, 164, 172 (démocratie), 182 (sens des statistiques), 183 (spiritualié)
Quatrième de couverture
« Aujourd’hui, sur la planète, 7 milliards d’êtres humains entrent plusieurs fois par jour en relation avec un Dieu qui les aide. Ils sont mus par le désir d’offrir à Dieu et aux autres humains leur temps, leurs biens, leur travail et parfois leur corps pour éprouver le bonheur de donner du bonheur. Méditer, trouver son chemin de vie personnel, éprouver la joie de se sentir vivant parmi ceux qu’on aime – la spiritualité élargit la fraternité à tous les croyants du monde. La psychothérapie de Dieu nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être. Il y a certainement une explication psychologique à cette grâce. Ce livre est le résultat de cette quête. » B. C.

Un merveilleux texte, lumineux, tendre et original sur le rôle majeur que joue l’attachement dans le sentiment religieux.

Un immense sujet, un très grand livre.

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont tous été d’immenses succès, notamment Les Vilains Petits Canards, Parler d’amour au bord du gouffre, mais aussi Sauve-toi, la vie t’appelle
Critiques
La Croix (propos de comptoir...) ; Médiapart (pas sérieux ce bouquin)


6 février 2018

Défense de Prosper Brouillon

Humour caustique et intransigeant, ce bouquin étrille la littérature de la manière la plus redoutable qui soit en recyclant des citations que la sortie de leur contexte ridiculise : "le vestiges de sa queue s'agitaient en tous sens" (quelque part dans le chapitre 7, les pages ne sont pas numérotées), ou encore : "on n'entendait pas siffler le passage du temps" (quelque part dans le chapitre 4). Les critiques en rient encore... La Croix par exemple qui se gausse de la formule : « Un deuil brutal aboie en elle. », on imagine devant telle baliverne ce qu'endure la critique, écrit le critique. En quelques clics on trouve la citation complète :"Petite mort, un deuil brutal aboie en elle à plat ventre sur la paillasse...", et cœtera, ça ne s'arrange pas, bien que ce soit ("le meilleur") de Jean Teulé. Cette recherche m'a égaré du coté de Verlaine : "Alors ce deuil brutal aboie / Et glapit au bord de la mer." (Sagesse 24, L'âme antique était rude et vaine). Verlaine... on pense que Chevillard a voulu se venger de lectures qu'il n'a pas appréciées, ou d'auteurs qu'il n'apprécie pas. Reste un texte roboratif et comique, à la hauteur du grotesque dont l'auteur joue si bien. Dans l'esprit des papiers découpés, ce texte qui ne manque ni d'imagination, ni de poésie, qui tiendrait debout tout seul même si les pièces rapportées n'étaient pas des citations, est plus fort encore que celui de Démolir Nizard où il était déjà question de critique.

En prime un beau livre, bien fabriqué, avec les illustrations pleines pages de Jean-François Martin, en parfait accord avec le récit.

Narquois : je retiens cette citation : "Quand je n'écris pas, c'est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles" (deuxième page du chapitre 5 -- citation tirée de "La grande vie" de Christian Bodin).

Quatrième de couverture
« Ce livre s’adresse aux désespérés, aux nostalgiques convaincus que nous nous essoufflons, que les plus belles pages de notre littérature ont été tournées depuis longtemps et jaunissent derrière nous et qu’il ne reste plus rien à écrire. »

Ce livre se présente à première vue comme une exploration de l’œuvre merveilleuse d’un écrivain répondant au nom de Prosper Brouillon, dans le but d’en faire l’éloge. Mais ce n’est qu’un leurre : il s’agit en réalité d’un féroce réquisitoire contre une certaine littérature institutionnalisée, pantouflarde et satisfaite d’elle-même. Qu’en est-il quand on y regarde de plus près ? Voilà à quoi répond Éric Chevillard dans ce livre aussi jouissif et frais que caustique et assassin. Prosper Brouillon est le nom donné à l’ensemble des écrivains chez qui ont été collectées les phrases, exemplaires, à partir desquelles Chevillard s’est amusé à reconstruire un faux roman délirant. Fruit de la collaboration au journal Le Monde entre Éric Chevillard et Jean-François Martin, qui en illustre le Feuilleton tous les quinze jours, ce livre comprend également une vingtaine d’images qui viennent ajouter un supplément de sens et d’humour à l’ensemble, pour un résultat des plus savoureux.
Critiques
Le Monde (c'est bien dit, moi aussi) ; Le temps (bien dit encore) ; La croix (qui se gausse)

25 janvier 2018

Le choix des mots

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Quatrième de couverture
Du plaisir d’écrire à la joie de vivre, et inversement. Du plaisir des mots au plaisir tout court, et vice-versa.
Le choix des mots est affaire sérieuse. Il signale toujours une certaine forme d’adoption – ou de refus – des choses, d’intelligence ou de mésintelligence de la réalité.
Critiques

Eloge de l'amour

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Quatrième de couverture
" La conviction est aujourd'hui largement répandue que chacun ne suit que son intérêt.
Alors l'amour est une contre-épreuve. L'amour est cette confiance faite au hasard. "
Critiques

La connaissance de l'écrivain

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Quatrième de couverture
Les postmodernes ont érigé la littérature en une sorte de genre suprême, dont la philosophie et la science ne seraient que des espèces. Chacune des trois disciplines aurait aussi peu de rapport avec la vérité que les autres ; chacune se préoccuperait uniquement d’inventer de bonnes histoires, que nous honorons parfois du titre de « vérités » uniquement pour signifier qu’elles nous aident à résoudre les problèmes que nous avons avec le monde et avec les autres hommes.
Une des conséquences les plus remarquables de cette conception a été de détourner l’attention de la question cruciale : pourquoi avons-nous besoin de la littérature, en plus de la science et de la philosophie, pour nous aider à résoudre certains de nos problèmes ? Et qu’est-ce qui fait exactement la spécificité de la littérature, considérée comme une voie d’accès, qui ne pourrait être remplacée par aucune autre, à la connaissance et à la vérité ?
Quelle sorte de savoir trouve-t-on dans un roman, que ni la vie quotidienne ni une étude scientifique ne nous communiquent ? En quel sens peut-on parler de vérité en littérature ? Quels rapports y a-t-il entre la forme d’une œuvre et la connaissance qu’elle nous procure ? Convaincu que la littérature, autant que les sciences, mérite une philosophie exacte, il croise ici les réflexions de philosophes contemporains, comme Putnam et Nussbaum, avec celles de Zola, Henry James et Proust.
Critiques

Les voyageurs du temps

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Quatrième de couverture
 «Je viens du Centre de tir. Quelques bavures pour commencer (fatigue, souffle court), et puis précision. Je ne sais plus quel poète américain a écrit ces deux vers : "Paradis calme/Au-dessus du carnage". C'est mon état d'esprit à l'entraînement. En haut, si j'arrive à penser le moins possible, ciel bleu, calme lumineux. En bas, explosion et larmes.
Je me concentre sur le mot "mot". Je le vois là-bas, dans la ligne de mire. Il respire un peu, il grandit, c'est lui que je vise, que je veux toucher et trouer. MOT. Avec une lettre de plus, c'est MORT. En anglais, ça ferait WORD et WORLD. Je tire sur la mort, je tire sur le monde. Petite plaisanterie, mais qui fait du bien. Ma voisine de stand, Viva, me félicite d'avoir mis dans le mille. Je ne sais rien de ses activités, ni elle des miennes. On se sourit, ça suffit.»
Critiques

La diagonale du vide

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Quatrième de couverture
 Persuadé d’être «passé à côté de sa propre histoire» Marc Travenne décide de quitter sa vie agitée de designer et homme d'affaires pour s'en aller au hasard des routes. Il se retire dans un gîte perdu sur un plateau de l’Ardèche battu par les vents. Bientôt, une étrange randonneuse vient troubler sa solitude. Elle marche depuis des jours le long de ce que les géographes appellent la «Diagonale du vide», cette étroite bande de territoire partageant la France des Landes aux Ardennes, à la densité de population faible et aux zones sauvages nombreuses.
Travenne va se lancer à la poursuite de cette femme qui aura le temps de lui livrer une part de ses secrets avant d'être enlevée sous ses yeux. De rencontres en révélations, il va voir sa vie s'emballer en découvrant que la diagonale des solitudes passe aussi par New York, Paris, et l'Afghanistan.
Critiques

2084 - la fin du monde

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Quatrième de couverture
L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.
Critiques

20 janvier 2018

Un chagrin d'amour avec le monde entier

Eric Pessan

Ce que j'en pense
"Mon monde gagnerait en densité à mesure que je le saisirais. Un monde pour se consoler du monde, un paysage de questions, de choses étranges qui nient farouchement l'apparente normalité du réel. Des beautés, des mystères. Des énigmes qui ne sont pas faites pour être résolues. Des questions et d'autres choses que je ne sais pas expliquer" (p.30)
"On joue à un jeu : observer. Il écrit ce qu'il voit et je photographie ce que je vois." (p.34)
Quatrième de couverture
J’ai aimé des hommes pour une fossette au menton. J’ai aimé des hommes pour une ride au coin de l’œil. J’ai aimé des hommes pour leurs mains fatiguées à la peau accablée de cal. J’ai aimé des hommes pour les livres qu’ils ont lus et les films qu’ils ont vus. J’ai aimé des hommes pour l’éclat d’un rire. J’ai aimé des hommes parce qu’ils aimaient se tenir face au vent l’hiver sur une plage désertée. J’ai aimé des hommes pour éviter un soir de basculer dans la tristesse.

Face caméra, une femme adresse un témoignage à tous ceux qu’elle a aimés (au seul qu’elle ait jamais aimé). Elle se livre sans limites, laissant cette confession, intense, brutale et bouleversante, comme ultime trace de son passage dans la vie.
Dans ce texte, intense et intimiste, Éric Pessan tisse les fils d’une vie brulée à la poursuite d’un amour idéal, usée à courser un bonheur qui s’échappe à mesure qu’on croit le tenir.
Sylvie Sauvageon scrute inlassablement les temps multiples d’un même visage. À force d’ajouts, d’effacement, de repentirs, jouant des blancs comme d’une lumière trop forte , elle poursuit la quête d’une simple présence.
Critiques


7 janvier 2018

Passer, quoi qu'il en coûte

Georges Didi-Huberman

Ce que j'en pense

Voir l'exposition "Habiter le campement" et  "The coldest summer" d'Electra Alexandropoulou
Dans la masse des réfugiés, "plus personne n'est quelqu'un" (p.38). Perte dramatique de l'identité qui précède celle tragique de la dignité.
"[...] n'est-il pas abusif et même choquant de comparer ce "camp-ci" (d'accueil pour les réfugiés) avec ces "camps-là" (de la mort) ?" (p.49) "Les camps d'aujourd'hui ne sont pas les camps d'hier, sans doute, mais ce sont encore des camps, à savoir des lieux où il en faut bien peu pour que s'organise l'injustice : leur structure même est le fruit d'une histoire déjà longue. Une histoire qui avait autrefois, sans que les États s'en inquiètent trop, commencé avec de simples procédures de rétention." (p.50)
"Les images sont fatales, certes, en ce sens qu'elles portent une mémoire tenace. Du moindre souffle elles font un fossile en mouvement." (p.60) "Mais, dans le même temps, les images sont contre-fatales. De leur grande mémoire surgissent de tout nouveaux désirs -- en tant même que désirs, ne sont-ils pas toujours "tout nouveaux", irrésolus, insatisfaits, tendus vers l'avenir ? --, comme une végétation qui pousserait anarchiquement sur de la lave durcie. D'où tiennent-elles donc cette nouvelle force, ou cette force de nouveauté ?" (p.61)
"À chaque fois qu'il est question de l'étranger, il est question de l'hospitalité. Alors se dresse, comme Derida y insiste, l'antinomie [...] Il y a la une étrange hiérarchie. La loi est au-dessus des lois. Elle est donc illégale, transgressive, hors-la-loi." (p.76)
Kant : "[...] l'antinomie du prix et de la dignité : 'Tout a un prix ou bien une dignité. Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque chose d'autre, à titre d'équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n'admet pas d'équivalent, c'est qui a une dignité.' [...] 'Simplement, considéré comme une personne, c'est-à-dire comme un sujet d'une raison moralement pratique, l'homme est au-dessus de tout prix ; car en tant que tel (homo noumenon), il doit être estimé, on pas simplement comme moyen en vue des fins d'autrui, ni même en vue des siennes propres, mais comme fin en soit, c'est à dire qu'il possède une dignité (une valeur intrinsèque absolue), par laquelle il force à son égard le respect de touts les autres êtres raisonnables de ce monde, peut avec tout autre membre de cette espèce se mesurer et s'estimer sur un pied d'égalité.' " (p.79).

Quatrième de couverture
« Apatrides, sans-foyer.
Ils sont là.
Et ils nous accueillent
Généreusement
dans leur regard fugitif,
nous, les oublieux,
les aveugles.
Ils passent et ils nous pensent. »

(Niki Giannari)

« Passer. Passer quoi qu’il en coûte. Plutôt crever que ne pas passer. Passer pour ne pas mourir dans ce territoire maudit et dans sa guerre civile. Avoir fui, avoir tout perdu. Passer pour tenter de vivre ici où la guerre est moins cruelle. Passer pour vivre comme sujets du droit, comme simples citoyens. Peu importe le pays, pourvu que ce soit un État de droit. Passer, donc, pour cesser d’être hors de la loi commune. Dans tous les cas : passer pour vivre. Mais là où vous avez fui les murs clos des caves bombardées, vous avez trouvé une frontière close et des barbelés au camp d’Idomeni. »

(Georges Didi-Huberman)

Passer, quoi qu’il en coûte se compose d’une part d’un poème, en version bilingue, de Niki Giannari intitulé Des spectres hantent l’Europe (pages 11 à 21) et d’un texte de Georges Didi-Huberman intitulé Eux qui traversent les murs (pages 25 à 88). Les 11 illustrations de ce livre sont tirées  d’un documentaire, Des spectres hantent l’Europe, tourné dans un camp à Idomeni en Grèce dont Niki Giannari est coauteur avec Maria Kourkouta.
Critiques
Pas de critique sur les trois premières pages en retour de la recherche lancée sur Google, une page sur France-Culture qui se résume à une citation. Tout aurait-il dit au point de ne plus pouvoir en parler ?