Je note : "nycthémérale" (p.59) rythme cyclique des nuits et des jours
Reprendre la description et l'interprétation du Saint Jérôme dans son cabinet de travail d'Antonello de Messine (pp.171-173). La lecture m'a rendu curieux du lieu, la découverte m'a fait douter de la description. Perec tient aux descriptions les plus factuelles, précises, dont la limite est la liste de mots pour les choses, cette fois il me semble qu'il a aperçu le tableau mais ne s'y est pas attardé. La mémoire trahi, ce n'est donc plus une espèce d'espace mais une espèce de souvenir. Je reprendrai.Extrait :
"Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. Je ne sais plus ce qu’il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu’il y a un mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c’est qu’un mur. Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement. Le mur n’est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu’un support pour le tableau. Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder. J’ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie aussi le tableau. Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. Il faut pouvoir oublier qu’il y a des murs et que l’on n’a rien trouvé de mieux pour ça que les tableaux. Les tableaux effacent les murs. Les murs tuent les tableaux. Ou alors il faudrait changer continuellement, soit de mur, soit de tableau, mettre sans cesse d’autres tableaux sur les murs, ou tout le temps changer le tableau de mur." (p.77)Quatrième de couverture
« L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement…), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie.Critiques
C’est à partir de ces constatations élémentaires que s’est développé ce livre, journal d’un usager de l’espace. »
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