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3 mai 2020

Espèces d'espaces

Peut-être un essai, assez simple dans son organisation par emboîtements successifs, très divers dans sa forme du poème à la citation, en passant par la liste, les réflexions et les divagations. Très hétéroclite finalement mais plein de charme. Chaque thème est un point de départ pour l'exploration de chemin qui chacun appelle une écriture particulière. Une constante : l'humour et des jeux de mots ou de lettres jusque dans l'espace même de la page.
Je note : "nycthémérale" (p.59) rythme cyclique des nuits et des jours
Reprendre la description et l'interprétation du Saint Jérôme dans son cabinet de travail d'Antonello de Messine (pp.171-173). La lecture m'a rendu curieux du lieu, la découverte m'a fait douter de la description. Perec tient aux descriptions les plus factuelles, précises, dont la limite est la liste de mots pour les choses, cette fois il me semble qu'il a aperçu le tableau mais ne s'y est pas attardé. La mémoire trahi, ce n'est donc plus une espèce d'espace mais une espèce de souvenir. Je reprendrai.
Extrait :
"Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. Je ne sais plus ce qu’il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu’il y a un mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c’est qu’un mur. Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement. Le mur n’est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu’un support pour le tableau. Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder. J’ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie aussi le tableau. Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. Il faut pouvoir oublier qu’il y a des murs et que l’on n’a rien trouvé de mieux pour ça que les tableaux. Les tableaux effacent les murs. Les murs tuent les tableaux. Ou alors il faudrait changer continuellement, soit de mur, soit de tableau, mettre sans cesse d’autres tableaux sur les murs, ou tout le temps changer le tableau de mur." (p.77)
Quatrième de couverture
« L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement…), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie.
C’est à partir de ces constatations élémentaires que s’est développé ce livre, journal d’un usager de l’espace. »
Critiques
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_J%C3%A9r%C3%B4me_dans_son_%C3%A9tude_(Antonello_de_Messine)

19 février 2020

La réponse à Lord Chandos

La lecture de Pascal Quignard est toujours une épreuve, celle du texte, et une délectation, celle des idées. Il faut y revenir, relire, méditer. Pour comprendre "pleinement", il faudra que je lise le texte de Lord Chandos. Je vais... pour l'instant je me contente de collectionner quelques passages :
"Seule la langue écrite avec soin à le pouvoir de se déplacer plus loin que la mort qui, elle, pour l’instant, cloue sur place sur ce corps dans la sidération et le langage devenu un signifiant." (p.37)
"L’écrit se tient alors face a l’enfance comme l’adieu, au moment de la mort, se tient devant la vie." (p.38)
"Ceux qui écrivent on tout le temps pour eux, on tout le temps pour reprendre leurs phrases, ont tout le temps pour ouvrir leurs lexiques, leurs atlas, leurs chronologies, leurs dictionnaires, on tout le temps pour recourir à leur ancien manuel de grammaire tout dépareillé, qui date de la fin de leur enfance, on tout le temps pour revisiter, pour redonner vie, pour reétymologiser, remanier, corriger, surprendre." (p.40)
"La subjectivité n’est qu’une mélancolie, une aire nue qui n’apparaît si terriblement quand le flot de la sève et du sang se retire, et non dans le langage déserté. Alors travailler toutes ces impuissance à dire et efforcez, presses, cultivez toutes les détresses qui en découlent. La langue dont vous disposez a la capacité de votre émotion puisqu’elle en est le lit." (pp.42 et 43)
"La langue, elle, elle est l’avec de notre âme." (p.43)
"De là le travail sans fin puisqu’elle a été acquise au cours d’un travail qui a duré six ou sept ans, et qu’elle n’est jamais tout à fait possédée par celui qui a suffoqué en elle à l’issue du silence et de l’ombre et de l’eau et de la solitude et de la détresse natale. De cette détresse jamais vous ne serez exempt. Jamais aucun homme qui a appris à parler ne sera intact de cette emprise où il s’est subordonné de toute son âme." (p.45)
"Le plus grave, le moins ennuyeux, le plus profond, le plus insatiable de tous les jeux humains est l’étude." (p.47)
Quatrième de couverture
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s’agit de la clé qui déverrouillerait l’origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Critiques 
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4 novembre 2018

Critique du jugement

Lecture importante, nombreuses notes à reprendre

Quatrième de couverture
 Kant publie Kritik der Urteilskraft en pleine Terreur. Le « pouvoir d’évaluation » – la Beurteilung – plonge ses racines dans la « crainte du regard de l’autre ». Je ne juge plus rien. J’ai jugé pendant vingt-cinq ans (de 1969 à 1994). Puis je me suis désengagé de tous les gages que je recevais des institutions qui m’avaient jusque-là engagé. Alors je n’ai plus eu d’autres ressources que la vente de mes livres. Aussitôt j’ai perdu toute hiérarchie (de nature artisanale) à l’intérieur de ce que j’écrivais et j’ai égaré toute anticipation (plus thématique que technique) dans les lectures que je faisais. Tout à coup, je commençai une étrange vie qui avait totalement renoncé au jugement. On ne trouvera pas ici une critique de la presse, de la télévision, des jurys, des comités de lecture, des cours, des tribunaux, des enfers. On trouvera une critique du jugement.
Critiques
Le Monde (en peu de mots, exactement ce dont il est question, mais en jugeant un peu) ;

29 juin 2018

Poésie et photographie

 Lu en 2018, revoir les notes ou... relire

Quatrième de couverture

 C’est directement et parfois profondément que l’activité du photographe influe sur ce que la poésie cherche à être. Et, en retour, les poètes se doivent de comprendre en quoi cette activité consiste et même ne pas hésiter à exprimer des réserves, des inquiétudes ou d’ailleurs aussi leur approbation en présence des formes diverses et peut-être contradictoires que l’acte et les visées du photographe ont prises depuis le daguerréotype, puis Nadar préservant pour nous le regard de Nerval, de Marceline Desbordes-Valmore, de Baudelaire.
Ce petit essai s’attache à un des effets troublants de la première photographie, son introduction d’une pensée du non-être, si ce n’est pas du néant, dans l’univers des images. Mais aussi à un récit qui, de façon figurale, me semble avoir perçu cet effet et visité avec épouvante ses risques, l’extraordinaire La Nuit de Maupassant, une des œuvres hallucinées de ses dernières saisons conscientes.

Critiques

Trop tard...

17 mai 2010

Le lieu d'herbes

"Le 'lieu d'herbes' est la préservation , à l'époque du conceptuel , du regard  auquel celui-ci a mis fin dans la pratique du monde. Il est donc une part de la mémoire de cette présence qui est la cause en nous de la sensibilité poétique, du projet de la poésie" 
 
Quatrième de couverture
Dans un livre ancien, L’Arrière-Pays, Yves Bonnefoy avait évoqué un fantasme, de nature métaphysique, qu’il croit présent dans beaucoup d’imaginations : existerait aux confins de notre monde un pays qui n’en différerait pas par ses aspects simplement terrestres, « là-bas » les mêmes qu’« ici », mais par la façon dont ses habitants seraient établis dans cette réalité : bénéficiant, par essence ou par accident, d’une aptitude à comprendre, à ressentir, disons à être, supérieure à ce qui nous est accessible, dans nos régions.

   Mais ce fantasme, qu’on peut apprendre à renoncer, n’est pas le seul à occuper dans l’esprit la frange incertaine entre invisible et visible. Et ces deux nouveaux essais sont pour explorer des situations, dans l’espace mental, où à nos pensées ordinaires se mêlent des images, des impressions, qui ne semblent pas avoir place dans leur expérience du monde, aussi bien passée que présente. Où est, par exemple, dans la réalité, ce « lieu d’herbes » ? Que signifie ce « lac au loin » qui hante certaines rêveries ? Pourquoi l’auteur de ces pages a-t-il, au vu de quelques images, le sentiment qu’il fut présent, une fois, dans certains lieux d’Arménie qu’il sait bien qu’il n’a jamais visité ?

   Qu’est-ce qui trouble nos yeux, en ces occasions où ils se portent pourtant sur l’ici et le maintenant fondamental de nos vies ? Qu’est-ce qui, les troublant, peut aussi en aviver le regard ?
Critiques
Nouvelle quinzaine littéraire (aperçu) ; La croix (Yves Bonnefoy, la poésie)