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4 décembre 2016

Judas

Amos Oz

Un texte, tresse de deux fils. D'une part l'histoire d'amour d'un homme, d'une femme et d'un homme -- Shmuel, Atalia, Wald. Elle entre les deux, entre les deux hommes et deux temporalités ; leurs présents, leurs parcours. Les tensions sont passions.

"Le récit commence en 1959, dix ans après la création de l’État d’Israël, aussitôt suivie par une guerre, un siège et une interminable pénurie. J’y étais. Je m’en souviens très bien. Jérusalem et la jeune femme sont blessées, déchirées, en colère. Jérusalem a été le théâtre de deux événements symboliques majeurs : le sacrifice d’Isaac (à quoi fait écho dans le livre la mort au combat de Micha, fils de Wald) et la crucifixion de Jésus. Atalia et Jérusalem m’évoquent la note unique d’un violoncelle par une nuit de tempête." (interview dans L'Humanité)

D'autre part, Judas et sa place dans l'histoire de Jésus et celle des relations entre judaïsme et christianisme. Judas, nécessaire à l'accomplissement de la parole et en même temps stigmatisé comme traître.
"Sans Judas, pas de crucifixion, partant, pas de résurrection et pas de christianisme. Jésus aurait pu continuer d’exercer son ministère en Galilée, faire quelques miracles et mourir d’un infarctus à 83 ans. La Galilée alors grouillait de faux mages. Comme aujourd’hui !" (ibid.)
De ce livre, je retiens le roman qui explore les cœurs et leurs confrontations, et la réflexion sur Juda.  Et aussi :
"La tragédie de l'humanité n'est pas que les persécutés, et les opprimés aspirent à s'affranchir et à redresser la tête. Non. Le pire est que les opprimés rêvent de devenir les bourreaux de ceux qui les oppriment. L'opprimé aspire à opprimer. L'esclave à devenir le maître. Comme dans le livre d'Esther." (p.261)

Quatrième de couverture
Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.
C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme. Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald...
Judas est un magnifique roman d’amour dans la Jérusalem divisée de 1959, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion admirable sur les figures du traître, et assurément un ouvrage essentiel pour comprendre l'histoire d’Israël. Un chef-d’œuvre justement acclamé dans le monde entier.
Critiques
Télérama, La cause littéraire