Affichage des articles dont le libellé est Primo Levi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Primo Levi. Afficher tous les articles

25 décembre 2017

Si c'est un homme

Primo Levi

Les camps de concentration, une horreur, un crime inimaginable comme une frayeur renvoyée aux confins d'une fiction tragique. Au contraire des textes qui documentent et instruisent à charge, le texte de Primo Levi est écrit à un rythme et dans une langue qui écarte toute émotion facile ; le lecteur vit au présent le récit d'un enfer ordinaire et entre peu à peu dans sa réalité. Ce texte est écrit de l'intérieur, contre l'oubli ; non par injonction mais par évidence.
La violence est moins dans l'action du bourreau dont on ne perçoit que l'ombre ou la figure fugitive, que dans la matière même du quotidien dont la perversité sans cesse renouvelée harcèle, menace, terrasse. Agir est un défi. Penser est un défi plus grand encore. La douleur est présente, diffuse et aiguë, longue au cœur du lecteur - Gravé dans vos cœur. Le poème qui ouvre le livre dit ce qui tient au ventre de Primo Levi, l’insupportable souvenir et l'effrayante idée qu'au fond tout cela peut recommencer ; maudit celui qui ne se lèvera pas lorsque le livre lui tombe des mains pour aller témoigner et veiller à ce que l'immonde ne revienne jamais.

Se questo è un uomo
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous
"Pourquoi la douleur de chaque jour se traduit-elle dans nos rêves de manière aussi constante par la scène toujours répétées du récit fait et jamais écouté ?" (p.89)
"Alors les plaies de mes pieds se rouvrent, et une nouvelle journée commence" (p.93)
Quatrième de couverture
« Si la géographie des bourreaux a permis l'extermination de millions d'êtres humains, il ne reste d'elle que ruines et musées. À l'opposé, la géographie du texte de Si c'est un homme ne cesse de vivre et de vivre encore, à mesure que des mains de lecteurs se saisissent du livre, et le lisent, s'en saisiront dans le futur et le liront, géographie donc ô combien vivante, innervée, nourrie, palpitante, humaine.
Humaine parce que jamais le texte ne parle d'autre chose, même en creux, que d'humanité. C'est l'humanité qui s'enfuit. C'est l'humanité que l'on malmène. C'est l'humanité que l'on broie comme un grain dans un mortier. C'est l'humanité que l'on nie. C'est l'humanité que l'on tente d'effacer, mais c'est l'humanité qui demeure. Elle demeure dans la voix de Primo Levi qui ne cède que rarement à la colère et qui fait le choix d'une description posée des faits, des actes, des lieux, des états et des sentiments.
Exempt de hargne, vide de rage et d'esprit de vengeance, le récit accueille les ombres, les silhouettes, les visages, les souffrances de ceux dont "la vie est courte mais le nombre infini". »
Philippe Claudel
 
Critiques
Le Monde (+bio), Mediapart (note à partir de)