Mardochée, juste le prénom de celui-ci juste à l'inverse de celui-là biblique. Ou je le trompe ?
Quatrième de couverture
En juin 1883, Charles de Foucauld, futur saint de l'Église, se rend au
Maroc, déguisé en rabbin, sous le nom de Joseph Aleman, pour se livrer
pendant un an à une minutieuse exploration de ce pays. Cette exploration
servira avantageusement la France pour entreprendre la conquête du
Maroc. À la veille de sa mort, Mardochée, celui qui fut le guide du père de Foucauld, se livre à une troublante confession.
"[...] la force des liens est inversement proportionnelle au carré de l'éloignement multiplié par la durée de la séparation." (130)
et aussi les pages :176, 193, 225, 227, 235
Quatrième de couverture
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue
Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. «Le temps de déterrer les
morts et de les regarder en face» est venu. Une figure domine cette
histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère
dont la fortune s’est bâtie à partir du bordel jouxtant la maison
familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger.
L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire
tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore
une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et
rageur. Les héros y sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et
une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il
parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de
la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui
s’étend…
Reprendre les notes (pp. 20, 31, 41,61). Je n'ai rien oublié du gout de cette lecture, une légèreté amère, une lourde revendication matinée d'aristocratie poétique.
Quatrième de couverture
Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde
depuis des années. D’une taille et d’une puissance exceptionnelles,
l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est
arrivée, sa suprématie est désormais menacée par les plus jeunes. En
face de lui, un braconnier revenu vivre en haute montagne, ses espoirs
en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. À
soixante ans passés, sa dernière ambition de chasseur sera d’abattre le
seul animal qui lui ait toujours échappé malgré son extrême agilité
d’alpiniste, ce chamois à l’allure majestueuse. Et puis, face à ces deux
forces, il y a la délicatesse tragique d’une paire d’ailes, cette
«plume ajoutée au poids des ans».
Le poids du papillon, récit
insolite d’un duel entre l’homme et l’animal, nous offre une épure
poétique d’une très grande beauté. Erri De Luca condense ici sa vision
de l’homme et de la nature, nous parle de la montagne, de la solitude et
du désir pour affirmer plus que jamais son talent de conteur, hors du
temps et indifférent à toutes les modes littéraires.
Critiques
L'express (un petit conte, est-ce vraiment tout ?) ; Mediapart (Souvent un papillon blanc...)
Une récit, court avec des mots simples qui touchent et révoltent. Je viens de le relire, c'est rapide et poignant. Un hommage fort à une fin tragique et emblématique, mais rien ne change, rien, ni là, ni ici, ni ailleurs.
Quatrième de couverture
Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s'immolait par le feu. Ce geste
radical fut le signal déclencheur de la révolution de Jasmin en Tunisie.
Tahar Ben Jelloun, dans une fiction brève, réaliste et poétique, reconstitue les jours qui ont précédé ce sacrifice.
Un
superbe hommage aux révolutions arabes et à ces millions d'hommes et de
femmes anonymes descendus dans les rues pour réclamer liberté et
dignité dans leur pays.
Le cousinage germain de l'art et de la science, comme celui de la musique et des mathématiques, me paraissait de puis longtemps un poncif pour les salons où l'on cause. Ce livre me donne, pour la première fois, le sentiment que ma position n'est pas singulière. Nombre des analyses et commentaires de Levy-Leblond me confortent, je retiens ci-cessous un florilège de citation.
Ma position au fond était que ce qui sépare la science et l'art est leur épistémologie du vrai, alors que pourtant ce qui est les rapproche est la recherche du vrai. Contingence de l'une, déterminisme de l'autre, universalisme psychologique de l'une, universalité ontologique de l'autre, sont autant de point de contact possible et de tension irréductible.
Depuis, j'en tiens pour une séparation forte en affirmant que la personne humaine est déterminée par le jeu de trois pôles en interaction : la raison, l'émotion et la foi. Le premier est le moteur de la science, le second est le souffle de l'art, la dernière est le cœur de la spiritualité ; connaissance, goût, croyance. Toute vérité humaine procède avec des pondérations variables des trois pôles.
"Vous trouverez dans la science, comme dans la plupart des activités
humaines, une esthétique de l’adéquation entre formes et fonctions." (p.25)
"Deux notions alors semblent pouvoir rendre compte avec plus de
spécificité que celle de beauté de la sensibilité esthétique des
scientifiques devant leur travail.
D’abord, la pertinence. Ce que les scientifiques trouvent beau, à y
regarder de près, ce sont en général des résultats qui donnent ou ajoutent
du sens à des connaissances acquises, en les unifiant, en les
hiérarchisant, en les structurant, bref, en les replaçant dans un
cadre plus général qui les mette en perspective. [...]
Ensuite, la puissance. Il s’agirait simplement d’une appréciation, non tant de la subtilité d’une idée que de sa force." (pp.27-28)
"Une œuvre d’art reste ouverte à l’interprétation : elle attire le
spectateur à l’intérieur du cadre de la vision de l’artiste, mais sans
qu’elle puisse exercer de contrôle déterminé sur les sentiments que
cette œuvre induit. Et le laisse toujours place à l’apport de celui qui
la contemple. Quant aux scientifiques, ils peuvent certes souhaiter
engager le lecteur ou le spectateur dans un merveilleux voyage
d’imagination visuelle, mais en dernière analyse, ils souhaite nt
communiquer une interprétation qui incorpore sans ambiguïté un contenu véritable." (p.58 - repris de Martin Kemp)
"Or il existe, dans l’art contemporain, des formes de conceptualisation
qui battent en brèche le privilège revendiqué par la connaissance
rationnelle et discursives. Voir des idées, des notions,
autrement que sous la formulation mathématique du physicien ou dans le
texte articulé du philosophe, m'enseigne, expérimentalement, que le
conceptuel ne se limite pas au théorique." (p.62)
"Cette déstabilisation, cette perte de référence qu’impose l’ambiguïté sans doute constitutive de
toute œuvre d’art, est probablement la porte majeur qu'offre la
fréquentation de l'art à qui est familier des trop rassurantes de
certitudes de la science. Le trouble ou me jette, à mon vif et inquiet plaisir, cette fréquentation, est tel que j’en viens parfois à
échanger des attributions pourtant bien établies, et à voir, dans l’art, un
moyen de comprendre et transformer le monde, et dans la
science, une façon de le contempler et de l’imaginer." (p.80)
À propos des scientifiques "Qu’ils revendique la maîtrise des critères de
vérité du savoir, ou, plus modestement, de sa validité, certes : c’est
leur tâche et leur responsabilité. Mais les jugements de pertinence
et l'élaboration des significations débordent largement leur seule
compétence. En d’autres termes, bien que l’époque soit féconde en
polémiques contre la fonction, et la notion même de critique dans le
domaine artistique, il me paraît que l’activité scientifique, quant à
elle, est largement en mal de critique, et qu’elle aurait tout à gagner
à se doter de 'critiques de sciences'." (p.84)
À propos de la science "[...] plus qu’une description de la nature, elle en est une construction." (p.85)
"Et contrairement à une fréquente et paresseuse image, la science ne colle
pas au réel ; il n’applique pas sa pensée au réel que pour l’en
détacher, et c’est dans cet écart qu’elle se constitue en savoir.
Comme les toiles de Charvolen, les analyses scientifiques à la fois
gardent un étroit rapport avec le réel et accèdent à une liberté de forme
qui fait leurs risques et leurs forces." (p.86)
Quatrième de couverture
L'idée la plus courante aujourd'hui, parfois explicite, mais le plus
souvent implicite, sur la nature des rapports entre les arts d'un côté,
les sciences et les techniques de l'autre, est de considérer le problème
à l'ordre du jour comme celui d'une réconciliation : il s'agirait de
favoriser la convergence de la création artistique et de la recherche
technoscientifique, afin d'atténuer, ou d'abolir une coupure
douloureuse. Mais l'histoire de l'humanité, dans sa dimension culturelle
en particulier, n'est-elle précisément pas celle de la séparation de
ses divers champs d'activité, de leur autonomisation ? L'idée d'une
réunification oecuménique, des grandes retrouvailles de l'art et de la
science, me paraît relever d'une nostalgie naïve plus que d'un projet
informé, fut-il utopique. Et puis, je dois l'avouer, cette séparation ne
m'est nullement pénible. Peut être est-ce une affaire de tempérament
personnel, mais je me trouve fort bien de la différence essentielle
entre l'Art et la Science et de leurs diversités propres (les arts et
les sciences) au surplus. Si, scientifique professionnel, mon intérêt
pour l'art aboutissait à m'y faire retrouver des attitudes et des
oeuvres semblables à celles que je connais (trop) bien, cet intérêt
s'émousserait vite...
L'art, et l'art contemporain en particulier, m'attire en raison directe
de ses différences avec la science, et non pas de leurs éventuelles
similarités. Je n'ai aucunement la nostalgie d'une Unité perdue de la
création pas plus naturelle (c'est la diversité du monde des pierres,
des fleurs, des oiseaux qui en fait la beauté) qu'humaine.
Acheté gare de Lyon, je crois. Un pamphlet dit-on, le mot est juste, je le cherchais. Le réactionnaire, l'élitiste, le vindicatif, le rageur enragé, je le pardonne. Le mépris, je ne le pardonne pas. Car il est méprisant, cet homme. Il regarde de haut la populace qui, en short et en marcel, va au Louvre. Pourtant sur cette lave atrabilaire flotte parfois des idées ou des remarques pertinentes et intéressantes, c'est peut-être pour cela que je le lis. Pour le défi de prélever dans le flot la phrase que je garderai précieusement pour y penser encore. Cette fois, cette remarque : on ne voit pas se signer devant un Christ en croix une belle âme qui ne manquerait pas de le faire dans la moindre petite chapelle ou devant le premier calvaire venu (je l'écris mieux que lui, mais avec plus de mots).
"Les musées ne ressemblent plus à rien. La silhouette du nouveau musée
d’art contemporain de Metz rappelle à la fois les Buffalo grill qu’on
voit le long des autoroutes, un chapeau chinois et la maison des
Schtroumpfs. Dans l’élévation d’un musée nouveau musée, on retrouvera
souvent, in nuce, dans son mélange de modernité fade et d’emprunts
hasardeux, le kitsch qu’on verra envahir l’architecture des mégalopoles,
de Las Vegas à Dubaï." (p.18)
"À l’inverse des mots, toujours soupçonnés d’imposer un ordre et de
réclamer un sens, l’œuvre d’art, plutôt qu’un savoir à acquérir,
posséderait le privilège, le pouvoir, la magie de se livrer sans peine,
dans une profusion de significations possibles et contradictoires qui
répond au goût contemporain d’abolir les distinction, les hiérarchie et
les frontières." (p.54-55)
"Le crâne rasé, les bras tatoué de l’épaule au poignet, un anneau passé
aux oreilles, vêtu d’un short court laissant dépasser la couture du slip
est d’un marcel découvrant une poitrine poilue et sentant la sueur,
c’est homme, la bedaine en avant, attend, avec un millier d’autres, de
pénétrer dans les galeries du Louvre. Il semble descendu des planches
d’un atlas criminologique du XIXe siècle. Par quel détour a-t-il fini,
comme si le siècle écoulé n’avait servi à rien, par ce glisser parmi les
néophyte ?" (p.56-57)
"[...] un certain Jeff Koons, dadaïste attardé, qui se plaisait à façonner de petits cochons roses en porcelaine." (p.65)
"En revanche, l’espèce d’adoration perpétuelle à laquelle se livrent les
visiteurs du musée devant les images innombrables mais supposées tirer
leur valeur d’être des images uniques et réalisées par une main sans
pareil (on prend « main » ici comme métaphore de tout organe du corps
susceptible de « produire » un objet)–cette vénération poussés jusqu’à
la convoitise de ses propres déchets –signe le retour à une idolâtrie,
qui n’est plus qu’un culte mortifère des reliques." (p.119)
"Si l’œuvre, une fois reproduite, se voit privée de son aura, l’œuvre
déplacée au musée perd son sens. Les musées fonctionnent comme des
machines à transformer en faux les œuvres vraies qui y sont admises. Les
musées sont des entrepôts de faux où l’on voit sur les cimaises,
décolorées et sans destination autre qu’une vague satisfaction
esthétique, des œuvres qui avaient jadis la capacité de signifier
quelque chose et, en outre, qui nous proposaient le bonheur de servir." (p.121)
"En Occident, le musée désacralise par le seul fait qu’il est amusé. Malraux s’en émerveiller. Point." (p.130)
Quatrième de couverture
Promenade d’un amateur solitaire à travers l’art d’aujourd’hui, ses
manifestations, ses expressions. Constat d’un paysage saccagé, festif et
funèbre, vénal et mortifiant.