25 décembre 2021

Allons aux faits

 Sous-titre : Croyances historiques, réalités religieuses

 Debray écrit des livres qui sont comme des points de départ, il y a à apprendre, mais surtout à réfléchir pour avancer, comme une tape dans le dos propulse. Le sommaire de la partie sur la religion est fait de question. Prise de risque. La première partie, l'histoire, est plus assurée. 

A relire, donc. Au moins ce chapitre : qu'est-ce que la croyance ? Et celui-ci : particules élémentaires et forces de la nature (voir les notes marginales).

Quatrième de couverture

 «En me donnant un micro pour deux séries d'interventions, l'une sur l'histoire, l'autre sur la religion, France Culture m'a permis de résumer et clarifier les travaux que je mène depuis maintes années sur diverses affaires temporelles et spirituelles.
Je ne saurais assez remercier sa directrice Sandrine Treiner de m'avoir ainsi donné l'occasion d'apporter ma petite pierre à l'édifice des Lumières, sous l'égide de la devise : Rendre la Raison populaire.
Vaste programme, qui exige d'inquiéter nombre de lieux communs, ce qui n'est jamais plaisant. Pourquoi? Parce que nous nous berçons de mots, toujours les mêmes, et que ces mots nous trompent.
L'histoire? Elle est censée nous découvrir la réalité des choses : elle nous dorlote avec de fausses croyances. Les religions? Elles sont censées nous raconter des blagues : bombes et couteaux nous découvrent de rudes vérités. Et si l'opium du peuple n'était pas là où l'on pensait?
C'est à renverser de vétustes perspectives qu'invite ce récapitulatif, dérangeant comme un réveille-matin.»

Critiques

Un volume au-dessus de la critique.


L'art modeste

 Sous-titre : Note sur la croûte

Publié en 1995, lu en 2019, je range ma bibliothèque. à noter :  ne pas confondre avec l'ouvrage éponyme d'Hervé Di Rosa paru aux Presses du réel en 2011.

C'est une charge, un pamphlet, que dis-je un réquisitoire, une sorte de haine qui n'aurait comme raison d'être que de faire acte de littérature (Libération). Effectivement bien écrit. Une lecture qui m'a faire râler presque à toutes les pages. J'y reviendrai :

18, 20, 27, 29, 28, 40, 52, 62, 73, 76, 77, 93, 95, 103, 126, 127, 132, 133, 135, 136

Définition de l'art modeste en quatre pages et en creux, premier chapitre sur ce que n'est pas l'art modeste. 

Un auto-portrait ? Il faut -- mais à l'occasion seulement -- que je lise d'autres de ses livres.

Quatrième de couverture

 « Existe une forme pauvre, une forme qui succombe à tout commentaire, une forme qui est une déconfiture totale de son projet, une faillite bouleversante de la peinture, une déchéance de la matière, un ratage complet de la trace, une forme qui peine à être une forme. On l'appelle ici l'Art modeste. »
Cinquante petits chapitres alternativement décrivent et commentent des croûtes, des peintures piteuses, jamais vues, jamais regardées, jamais nommées, jamais reproduites, jamais exposées sinon chez ceux qui les ont peintes, et encore pas trop longtemps, ou bien accrochées haut dans le couloir pour ne pas gêner les yeux qui s'y poseraient.
Mais voici qu'un regard sans complaisance ni apitoiement les transforme, leur donnant ce surcroît troublant de réalité que seuls, parfois, les mots d'un écrivain savent tirer du visible le plus modeste.

Critiques

Libération (un acte de littérature, vraiment ?)

Des âmes et des saisons

Venir au monde c'est exister autrement dans un monde où l'on est déjà, un monde qui vient en nous tout autant que nous venons à lui. Coconstruction de soi et du monde. Chimie de la vie, système complexe des relations de l'esprit à la matière, la matière des autres, la matière du monde. Une autre façon de voir et d'espérer. La fin de l'ouvrage est écrite un peu rapidement, l'auteur dit ce qu'il a à dire, la parole est plus incertaine.

Quatrième de couverture

 « L’impact du milieu n’a pas le même effet sur un bébé, sur un adulte, selon la construction physique et mentale de chacun. Ce que nous sommes aujourd’hui n’est pas ce que nous serons demain, marqués, expérimentés et souvent blessés par l’existence. Notre corps et notre esprit modifiés par la vie devront s’adapter à un monde toujours nouveau.
Les hommes et les femmes, les pères et les mères, voient leurs places respectives bouleversées par une nouvelle donne qui chamboule les schémas traditionnels du masculin et du féminin et qui redistribue l’identité et le rôle de chacun dans le couple et dans la famille.
Notre culture a perdu la boussole, nous naviguons à vue, bousculés par les événements, errant là où le vent nous porte. Il nous faut reprendre un cap, car nous venons de comprendre que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, n’est pas supérieur aux animaux, il est dans la nature. La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd’hui ne produit que du malheur.
Une étoile du berger nous indique cependant la nouvelle direction, vers l’unité de la Terre et du monde vivant. » B. C.

Critiques 

Cerveau & Psycho (bref, il y a à apprendre) 



30 novembre 2021

Les Sans Arche d'Abdel Abdessemed

 Reprendre le billet de Lary et les notes marginales

Quatrième de couverture

 D'Adel Abdessemed, artiste dont la langue n'est que forme pure, Hélène Cixous est depuis plusieurs années la voix, le porte-voix, peut-être la pythie. Elle parvient à approcher, comme personne jusqu'alors, l'oeuvre de l'artiste dont elle donne le ton et le timbre, dont elle met au jour la pulsion souveraine, inentamée et, pourtant, innocente.
Né en 1971 à Constantine, Adel Abdessemed quitte l'Algérie dans des circonstances dramatiques en 1994 et devient bientôt un artiste dont la reconnaissance se dispute à la controverse. Pour preuve sa vidéo Don't trust me (2008) où figurent des scènes d'abattage d'animaux à coups de masse, et sa sculpture monumentale du Coup de tête de Zidane exposée sur le parvis du Centre Pompidou lors de l'ambitieuse exposition qui lui est réservée en 2012.
L'artiste ne saurait être violent ou transgressif : il ne fait que présenter, que représenter la violence à l'oeuvre dans le monde, sans puritanisme ni jugement moral. Ainsi est le monde, ainsi sont les bêtes, Ecce Homo, nous disent Adel Abdessemed et, à sa suite, Hélène Cixous.
Faibles, oubliés, migrants, balayeurs, animaux que l'on abat ou que l'on révère : le bestiaire de l'artiste sera évoqué par des oeuvres majeures, souvent récentes.
À cet effet, Hélène Cixous a choisi pour accompagner son texte une cinquantaine de dessins à la craie noire et de sculptures monumentales qui, magnifiques, rendent tous justice au talent protéiforme de l'un des artistes les plus importants du siècle.

Critiques

Les Inrocks : réservé aux abonnés, je chercherai plus tard

Quand vos nuits se morcellent

 Note p. 84

Quatrième de couverture

En vingt-sept brefs chapitres, cette lettre au peintre suisse Ferdinand Hodler exprime la fascination qu’exercent les toiles du grand artiste sur l’auteur, en particulier celles qu’Hodler a peintes de l’agonie de Valentine, son grand amour. C’est aussi un texte d’hommage à la femme. Pour de Roulet, Valentine a joué un rôle crucial dans l’art de Hodler, c’est elle qui a su libérer sa peinture. Lorsqu’ils se rencontrent, Hodler est un peintre reconnu, sollicité, fêté, mais Valentine révèle en lui une énergie et une liberté exceptionnelles qui lui permettent  d’entrer en contact avec son génie singulier.

A l’occasion du centenaire de la mort du peintre, Daniel de Roulet imagine l’amour entre ces deux figures en jouant avec les archives. Le lecteur, à la suite de l’auteur, tombe amoureux du peintre, de sa maîtresse et de sa peinture.

 

Valentine Godé-Darel sur son lit de malade, 1914. — © Wikimedia Commons

Critiques

 Le Temps (74 tableaux et plus de 240 dessins)

 



L'intellectuel face aux tributs

Reprendre les notes, pp. 17, 19, 21, 28, 31, 38


 Quatrième de couverture

« Quand le sacré, par retour de balancier, s’invite dans le débat d’idées et pénètre en force dans les rues et les maisons, dans quelle situation se retrouve l’homme ou la femme qui ne se veulent tenus par aucune obédience (le romancier, le cinéaste, le chroniqueur, le poète) ? Dans la situation peu enviable mais assez probable du profanateur, traître aux siens et à la Vérité. Une vieille affaire, me dira-t-on. Autant dire qu’elle a commencé dans le sang. Celui de Socrate, condamné à mort pour impiété. »

Critiques 

.../...

Vivre avec nos morts

 reprendre p. 220, les chapitres Israël et Edgard

Quatrième de couverture

«  Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j’ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d’amis anéantis…  »
Etre rabbin, c’est vivre avec la mort  : celle des autres, celle des vôtres. Mais c’est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent  :   «  Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l’histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d’hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits.  »
A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés  : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d’  une vie interrompue (célèbre ou anonyme),   la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
Nous vivons tous avec des fantômes  : «  Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons.  » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. «  Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte  » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Critiques

 Le Monde (être rabbin ? la divinité ? La mort, ce n'est pas le sujet)

"Je crois en un transcendant qui a quelque chose à voir avec de l’indicible, qui échappe radicalement, y compris au langage. Le problème, lorsqu’on parle de Dieu, est qu’on se trouve toujours au bord de l’idolâtrie, du blasphème. Les mots le réduisent : à partir du moment où vous dites qu’il est quelque chose, vous sous-entendez qu’il n’est pas autre chose."

"Pourquoi faudrait-il être cohérent dans la vie ? Il faut simplement laisser les différentes voix parler en soi."


10 octobre 2021

La passion de la fraternité - Beethoven

 Orsenna se prend au sérieux, disons... content de lui. On en retient quand même beaucoup pour qui connait peu Beethoven ou tout juste quelques notes de son œuvre.

Quatrième de couverture

« Joie, tous les humains deviennent frères lorsque se déploie ton aile douce. »

Quatre ans avant 1789, quatre ans avant la prise de la Bastille et la Déclaration des Droits de l’Homme, Schiller écrit ce poème qui ne cessera d’accompagner Beethoven.
Un Beethoven toute sa vie passionné de fraternité alors que tout se ligue contre lui, sa famille, sa santé, ses amours, ses finances, la noblesse.   À  tous les coups qui le frappent, il répond par un chef d’œuvre. Jusqu’à ce bout du chemin, le 26 mars 1827, en plein cœur d’un orage. Il meurt en nous laissant, en nous léguant cette joie, les derniers accents de sa neuvième symphonie devenu le chant de l’Europe enfin réconciliée. 
Ce livre est le récit de cette passion, le portrait d’un génie fraternel.   Un livre né d’un double amour. Pour l’Europe. Et, bien sûr, pour la musique. Car le trio « Fidelio » que viennent de créer Erik Orsenna, le pianiste Michel Dalberto et le violoncelliste Henri Demarquette raconte, mots et notes mêlés, cette folle et bouleversante passion pour la Fraternité. De quel trésor avons-nous le plus aujourd’hui besoin ?
 
Critiques
 
 Pas trouvé...

 

Je disais donc... content de lui.C'est bien parce qu'il a des talents que nous lui pardonnons.

La belle au bois dort-elle vraiment ?

 Sous-titre : Neurophisiologie des contes de fées. J'ai donc appris, intéressé voir curieux. Tout a un lieu de naissance et une raison d'être. Pour notre cerveau, en être autrement ne lui vient pas à l'esprit.

Quatrième de couverture

Comment le sommeil peut-il surgir brutalement et plonger durablement une jeune fille dans l'inconscience ? De quoi les lutins sont-ils faits ? Pourquoi, dans le film de Disney, Simplet rit-il à tout propos ? De quel mal étrange souffrent les elfes ? Que se passe-t-il dans la tête des personnages de Harry Potter ?

L'auteur, neurologue, prend les contes de fées à la lettre et mène l'enquête : et si, derrière les événements qui paraissent échapper aux lois habituelles de la physique et de la biologie ; les sorts jetés ; les personnages extraordinaires, tels que les zombies, les garous ou les vampires, se cachaient de véritables troubles neurologiques ?

En entrant dans le monde du merveilleux, ce livre nous ouvre les portes d'un univers inattendu, hors norme, incroyable, et pourtant... présent dans notre cerveau.

Critiques 
 
Rien trouvé, alors ceci ?
 

L'alchimiste

 Message à Brigitte

Quatrième de couverture

Santiago, un jeune berger andalou, part à la recherche d’un trésor enfoui au pied des Pyramides. Lorsqu’il rencontre l’Alchimiste dans le désert, celui-ci lui apprend à écouter son cœur, à lire les signes du destin et, par-dessus tout, à aller au bout de ses rêves.
Merveilleux conte philosophique destiné à l’enfant qui sommeille en chaque être, ce livre a déjà marqué une génération de lecteurs.. 

Critiques

Le temps (débat ou polémique ?) ; Libération (portrait)

C'était génial de vivre

Lu vite, avec le souffle retenu. J'oublie la biographie, elle impose le respect, pour retenir la vitalité, une leçon quelque fut son passé. Leçon plus forte encore en raison du passé, bien sûr.

Quatrième de couverture

Déportée à Auschwitz-Birkenau à quinze ans dans le même convoi que son amie Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens raconte sa vie dans un livre éblouissant, qui donne la force de surmonter les épreuves de la vie.

Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens étaient des « filles de Birkenau ». Les deux femmes étaient le yin et le yang, unies par la volonté de reconstruire et de vivre. Elles n’ont jamais cessé d’affirmer leur indépendance, leur engagement et leur liberté.

Marceline Loridan-Ivens s’est fait connaître sur le tard, grâce à deux livres co-écrits avec Judith Perrignon : le premier sur sa déportation et le second sur l’amour après les camps.

Ce livre est le récit écrit à partir d’entretiens réalisés en 2017 et 2018 par David Teboul (le documentariste et vidéaste qui a été le confident de Simone Veil et l’auteur de L’Aube à Birkenau, 130 000 ex. vendus) et l’avocate Isabelle Wekstein-Steg.

Marceline Loridan-Ivens raconte sa vie, son histoire familiale, le rêve de son père qui, sentant le danger, a cru protéger sa famille en achetant un château en Provence pendant l’Occupation. Son arrestation, la déportation à Auschwitz, les engagements d’après-guerre (la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et la Chine de Mao), le cinéma, et l’amour.

Un livre d’une vitalité inouïe, qui donne espoir. Un hymne à la vie, à l’engagement, à la joie et à l’amour.

Ceci est son dernier récit.

Critiques 

Charlie Hebdo (respect) ; Le Monde (ils n'en parlent pas ?)


28 août 2021

A son ombre

Touché et mal à l'aise, ému parfois, gêné souvent, pas par la fausse évidence d'un faux pas mais par la complaisance pour soi-même. Il y a quelque chose qui poisse, une indécence. Mais tant de vérité... au fond, ému souvent par l'aveu, gêné parfois par la confession. "La vie a plus d'imagination que nous" (140), il a une psy canalisante. Je me demande d'où vient mon agacement. De mon expérience si récente et des égarements de mon imagination à la recherche d'une issue, sûrement. Alors, ému ? Bénie soit la vérité. (91)


Quatrième de couverture

« Valérie morte à peine, je dévorais Kathleen et la nuit respirais son sommeil. Valérie morte, je pleurais en cachette et sans pudeur, dans la rue, dans des spasmes et des sanglots. Valérie morte, j’ai regardé Kathleen comme personne avant elle et j’ai cru que sans elle je partirais aussi. Valérie vivante, je la regardais comme jamais personne. J’ai reçu Valérie en ne doutant de rien. J’ai saisi Kathleen après avoir perdu, j’étais nu désormais. »
 
Un homme perd sa femme et en aime très vite une autre, plus jeune que lui de vingt ans. Il brusque son passé, ses grands enfants, sa nouvelle compagne, leurs petits garçons et tous autour de lui. Il se rend fou d’aimer une morte et une vivante, il ne se pardonne pas de vivre et d’avoir tant trahi, mais ne sait pas s’en empêcher. Il se détruit socialement et au travail. Provocateur, sarcastique, éperdu et trahi à son tour. Il espère le châtiment qui le terrifie. Il finit par admettre. Après dix ans, il écrit.
Claude Askolovitch, dans ces pages où tout est vrai, tendre, épuisant, inoubliable, parle de la mémoire des draps, d’un nom que l’on murmure et des baisers qu’on envoie à un fantôme, des photos du passé et des premiers pas dans une vieille maison. Il songe à son père dont la présence formidable lui manque, et à sa mère qui raconte aux lycéens son enfance déportée. Il évoque un homme fourbu qui se love pour dormir contre le corps ferme d’une femme qui lui échappe. Il parle des enfants qui chantent qu’ils ont le plus vieux des papas.

Critiques

Le Monde (ému) ; Le Point (ambigu et compassionnel)

7 août 2021

Ecrits intimes

 Sous-titre : quatre esquisses biographiques

 Le réel, c'est toujours autre chose. Clément Rosset aussi. Ces écrits posthumes me prennent à contre-esprit. Des récits plaisants pour leur humour et, si on veut en faire l'effort, pour la réflexion qu'ils peuvent susciter. Mais de Rosset point, à moins de trouver la clé... ou bien, le plaisir intime de l'écriture. Plaisir de la littérature. Le conte au lieu du texte philosophique, un plaisir intime qu'il importait de ne pas révéler avant. Avant la disparition.

Quatrième de couverture

Clément Rosset a voulu publier à titre posthume ce recueil de récits « intimes » où sa personnalité ne transparaît pourtant pas, mais plutôt quelques-unes de ses manies ou celles de ses proches, et surtout son humour.

Critiques

Le Square (c'est mon libraire) ; Le Monde (je lirai les entretiens)

La vengeance m'appartient

Un roman, plus accessible que les précédents. Des personnages et une histoire à hauteur de sentiments qu'ils soient d'horreur ou de tristesse ou de solitude. Il importe peu qu'il  y ait des clés -- des critiques s'en occupent -- ou un sujet -- d'autre le cherche et le manque. C'est une histoire dont chacun tirera quelque chose, même les bordelais. C'est une histoire impossible et proche, on peut en parler. Parlons-en...

Quatrième de couverture

 Me Susane, quarante-deux ans, avocate récemment installée à Bordeaux, reçoit la visite de Gilles Principaux. Elle croit reconnaître en cet homme celui qu’elle a rencontré quand elle avait dix ans, et lui quatorze — mais elle a tout oublié de ce qui s’est réellement passé ce jour-là dans la chambre du jeune garçon. Seule demeure l’évidence éblouissante d’une passion.
Or Gilles Principaux vient voir Me Susane pour qu’elle prenne la défense de sa femme Marlyne, qui a commis un crime atroce… Qui est, en vérité, Gilles Principaux ?

Critiques 

France Inter (beaucoup d'hésitations)

L'homme aux trois lettres

Plusieurs passages à retenir, à suivre

Quatrième de couverture

« Le tome VIII, Vie secrète, se consacrait à la question  "Qu'est-ce que l'amour ?" Le tome IX, Mourir de penser, était consacré à la question "Qu'est-ce que penser ?" Le tome X, L'Enfant d'Ingolstadt, posait la question "Qu'est-ce que la peinture ?"
Le tome XI de Dernier royaume, L'homme aux trois lettres, c'est mon "Qu'est-ce que la littérature ?"
 
C’est ainsi que Pascal Quignard présente ce nouveau tome de Dernier Royaume. Il se pose la question de l’art auquel il a consacré toute sa vie.
Dans la forme « océanique » qui caractérise ces volumes, il explique le bonheur qu’il a retiré de cette passion qui ne s’est jamais démentie.
«  Jaime les livres. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire. J’éprouve de l’excitation à en retrouver le poids léger et le volume à l’intérieur de la paume. J’aime vieillir dans le silence, dans la longue phrase qui passe sous les yeux ».
Cette déclaration ouvre le nouveau merveilleux opus de Pascal Quignard, sans doute le plus autobiographique.

Critiques

 Ouest-France (Mais si, j'aime Quignard) ; 

Marina A

Synthèse ?

"Nos ciels gris ressemblaient à de la neige sale. C’était comme si le jour, découragé à l’avance de se lever, y avait renoncé. Et le soleil avec lui. Dehors, l’air sentait la bougie soufflée." (p.106)

Le ciel de l'auteur était gris, pour se repérer pourquoi pas suivre l'odeur d'une bougie soufflée. Au bout de la quête, une lumière ou un doigt brulé. Je n'ai eu d'yeux que pour Marina, pas vu Paul Gachet. Transparent, il fallait juste passer quelques pages pour s'en tenir à l'essentiel : A.  Ci-contre, le portrait de P. G. par van Gogh. Le regard perdu.

Quatrième de couverture

 À l’approche de Noël 2018, le docteur Paul Gachet emmène sa femme et sa fille à la découverte de Florence. Alors qu’il brûle de leur faire découvrir les Botticelli, les charmes de la vieille ville et du fleuve Arno, leur séjour est perturbé par l’apparition d’une performeuse serbe, Marina Abramovic, à travers les rues de la cité jusqu’aux salles du Palazzo Strozzi. Qui est cette femme soudain omniprésente qui bouleverse tous les repères de Paul Gachet et des siens, malmenant son propre corps pour parler à une humanité sourde et défaillante ?
Chirurgien-orthopédiste, Paul Gachet répugne aux mutilations de l’artiste. Mais il est malgré lui envoûté par son univers qui, s’éloignant peu à peu d’une violence gratuite en apparence, exprime une recherche d’harmonie avec l’autre, en particulier avec son compagnon Ulay qu’elle enlace à l’étouffer avant de nouer sa chevelure à la sienne ou d’exposer son cœur à la flèche de son arc.
Deux ans après cette apparition florentine, Paul Gachet tombe par hasard sur une photo ancienne de Marina A et d’Ulay intitulée L’impossible rapprochement. Prise en 1983 à Bangkok, elle montre deux êtres qui voudraient se toucher mais en sont mystérieusement empêchés et doivent rester à distance l’un de l’autre. Alors qu’éclate la pandémie planétaire, Paul Gachet comprend que les manifestations de cet art étaient une forme d’alerte dont il saisit enfin toute l’importance. Une incitation à protéger l’autre, à refonder nos sociétés sur ces deux petits mots : « après vous ».

Critiques 

France inter (très juste, il y a deux sujets, l'autre échappe)

19 mars 2021

Le démarcheur

L'histoire ne vaut pas grand chose, mais le récit vaut le détour. Entre l'incipit et le mot de la fin, le chemin est semé d'embuches mais venir à bout de chacune est une petite victoire littéraire ; la littérature est d'abord une histoire de mots. L'auteur pratique le dribble et le contre-pied au détour de chaque ligne, le suivre est une gageure. Que voulez-vous dire par là ? Où voulez vous en venir ? Je termine le livre épuisé mais heureux. Sa lecture est une aventure que la quatrième de couverture n'annonce pas.

Quatrième de couverture

Monsieur Bénigne, successeur de son père à la tête d'une importante entreprise de pompes funèbres, ne tarit pas d'éloges sur Monge, leur vieux collaborateur. Grâce à lui, l'affaire est en pleine expansion. Tous les cimetières gagnent du terrain. Démarcheur infatigable, Monge piège le client jusque dans la rue et ne le lâche que lorsqu'il n'y a vraiment plus rien à faire pour lui.

Critiques 

Les critiques sont sans voix ou internet sans mémoire.

12 mars 2021

La Disparition du paysage

Un texte court d'une insondable épaisseur. Le texte absorbe le lecteur, comme un brouillard épais le ferai. La plainte, un vague horizon, le mur monte, la nuit. La nuit sur une vie abîmée. Autre chose est-il possible ? Ce texte me chagrine, la tristesse comme seule issue. A moins, comme la quatrième de couverture, de s'en tenir aux faits.

Quatrième de couverture

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant, après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement la vue de ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement.

 Critiques

 Hors de portée, seule reste l'image dérobée par le brouillard. La tentative d'en donner une s'échouera sur le rivage de la covid.


Le goût du vrai

Tout est dit très clairement, une mise au point plus qu'une dénonciation de la folie mortifère qui a saisi la foule et les médias au cours des derniers moi. Parfait. Klein, qui est aussi dandy, accroche des mots à sa boutonnière : ipsédixitisme (ipse dixit -- le maître l'a dit) et crépidarianisme (sutor ne supra crepidam -- le cordonnier doit s’arrêter bord de sa chaussure). Il faut absolument que je les places, la saison est favorable, gageons que j'y parviendrai.

Quatrième de couverture

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. Lorsque, d'un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l'autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai - celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre ? Quand prendrons-nous enfin sereinement acte de nos connaissances, ne serait-ce que pour mieux vivre dans cette nature dont rien d'absolu ne nous sépare ?

Critiques 

Le Devoir (la science n'est pas démocratique, elle est républicaine)

27 février 2021

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

 Un cadeau, le Goncourt 2019 ça s'imposait. J'ai lu avec un peu de retard. Déçu, je n'ai pas compris la raison qui justifie cette distinction parmi les romans de la rentrée. L'histoire manque singulièrement de finesse, non son thème qui a du potentiel mais son récit. Une langue peu travaillée, des enchainements poussifs. Je garde quand même une sympathie pour Horton, un peu Quasimodo. La fin introduit une tension qui peut captiver le lecteur, mais c'est quand même un peu juste et, d'une certaine façon, assez facile. La scène du meurtre, un règlement de compte, dans la piscine est ratée. Et en plus... en plus le livre comme objet est bâclé, l'encrage mal calibré, trop souvent les contrepoinçons comblés.

Quatrième de couverture

Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.

Critiques 

Le Figaro (ils ont aimé) ; Le Monde (eux aussi) ; Le Devoir (et eux beaucoup moins)

21 février 2021

Abîmes

2005

Trop de textes dans le texte, Trop de trous dans la mémoire, alors des jalons.

"Les égophores dans leurs dialogues sont à la limite du face-à-face prédateur qu'ils imitent. Ils se situent à la frontière de l’opposition envieuse et de l’hostilité meurtrière qu’ils inventent en parlant, en écoutant, en obéissant. Leur monde est au bord d’une ligne d’abîme." (p. 26)

"Par exemple en URSS, au cœur du siècle dernier, le passé était complètement imprévisible. Durant cinquante ans ce qui avait eu lieu autre fois changeait du jour au lendemain." (p. 28)

"Le langage transforma les différences en les opposants terme à terme selon sa folie systématique, agressive, duelle, binaire." (p. 146)

"La méthode est le chemin après qu’on l'a parcouru." (p. 161)

"Le rire fait sortir de la caverne du corps une espèce de soleil ou de force qui éclate." (p. 164)

"La mort chez les hommes consiste à transformer les défunts en ancêtres. À modifier les cadavres en habitants d’un autre monde. À immobiliser ce qui peuvent revenir dans les rêves dans un endroit dont il ne puissent ressortir aisément ou qu’il n’aient ni besoin ni envie de quitter. À transformer le Perdu en Origine." (p. 168)

"En ce qui concerne la peinture de chevalet on date de 1449 la plus ancienne vanité. Un crâne posé près d’une brique ébréchée. La lumière est intense, presque lunaire, et semble magique. Le fond est noir. Nuit impénétrable à l’arrière du crâne. La tête de mort et bien ce que les anciens Romains appelaient image. Cette peinture est due à Rogier Van der Weyden. Le noir dit la nuit / Le crâne dit la mort / La brique ébréchée dit le temps" (p. 202)

"Pourquoi le passé sera-t-il toujours plus grand que l’avenir ? La symétrie de l’autre monde s’ajoute à la chaîne dynamique des actes et y joint encore les anneaux mythiques mais spontané du préoriginaire. Le monde (qui n’a que l’enfant pourra venir) installe l’autre monde (le généalogique, le social, le naturel, l’animal, l’originaire, le stellaire, le mythique) en amont de la naissance.
La naissance est la seule dimension archaïque du temps. La seule date par laquelle l’après coup déchirant du temps surgit, opposant au sein du langage le passé invisible (le mort) et l’avenir sans langage (l’enfant). Il n’est d’avenir que retirer naissance." (p. 234)

239
Il n’y a pas que le savoir qui se soit accru : l’ignoré à proportion.
Toute lumière entoure l’espace qu’elle éclaire de l’ombre qu'elle produit." (p. 239)

Quatrième de couverture

« Il y a vingt ans j'ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu'à l'aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C'était peut-être un signe de carence mais cela m'excitait. C'est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n'est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l'évolution humaine : c'est le petit effort d'une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. » 

Critiques

Le temps (citation fulgurantes, citations troublantes) ;

31 janvier 2021

L'anomalie

Exercice de style, polyphonie littéraire, science fiction, des vies minuscules lacées en bouquet par le fil d'une improbable singularité temporelle, bug du créateur, bégaiement du temps et de l'espace. Schrödinger aurait aimé. Danger : le texte se termine par la décision de détruire ce qui serait la répétition du même et donc d'un second volume superposable à celui que l'on termine -- il ne suffirait pas de reprendre celui-ci à la première page. Roborative construction oulipienne sous couvert d'une littérature ordinaire, celle de la collection blanche. Bien joué. 

C'est l'exercice obligé des textes d'aujourd'hui : imposer au lecteur la description d'une œuvre ou un commentaire, alors qu'aucune image n'est reproduite. Cette fois, c'est un autoportrait de Pamigianino :

" Un jour, le peintre – il est tout jeune, il a vingt-et-un ans – se voit dans un de ces miroirs de coiffeur convexes, et il veut faire son autoportrait. Il fait fabriquer au tour une coupe de sphères de bois, de la taille du miroir, afin de le reproduire exactement dans sa forme. En bas, au premier plan, il peut sa main, très grande, si belle qu’elle paraît vrai, est au centre, à peine déformée, cette figure d’ange, gracieux, c’est presque un enfant. Le monde tournoie autour de ce visage, tous s'y déforme, plafond, lumière, perspective : c’est un chaos de courbes. " (p. 309)

Quatrième de couverture

«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.  

Critiques

Prix Goncourt (France 24) ; Le Monde (l'auteur)



13 janvier 2021

Le tiers temps

 Samuel Beckett, au plus près, l'écriture se moule, se fond, épouse la personnalité que j'imagine. Ce livre nous offre une rencontre. Certes pathétique mais si empathique, si proche. Autant de talent, le vieux style c'est à dure l'élégance, l'auteur s'efface pour nous laisser seuls avec son sujet. L'évocation de l'amitié de Beckett avec Joyce me fait regretter de n'avoir pas eu la patience de terminer la lecture d'Ulysse, même dans sa nouvelle traduction. Beckett me parait plus abordable, enfin, peut-être, pour ce que j'en comprends. Un mot sur la forme du livre, hors l'écriture, qui alterne des comptes rendus froidement administratifs avec les vies intérieures qui balbutient avec lucidité ou bougonnent. Le contraste contribue à sentiment d'intimité avec le grand homme qui s'en va.

Deux passages du livre décrivent des œuvres, les voici :

The Death of Diarmuid, the Last Handful of Water
Jack Butler - 1945 (Tate Galery)

 "Il était en train de peindre. Une large toile verte et bleue électrique. Une légende celtique. Sur la toile, Jack a peint Diarmaid, souverain des Enfers, souverain électrique. Diarmaid enfui avec Gráinne, fiancée de Finn. Sur la toile, Finn retrouve Diarmaid et Gráinne. Diarmaid va mourir. Juste avant, étendu au sol, il attend la dernière poignée d’eau que lui accorde Finn. Celle que Jack a voulu peindre. Espoir suspendu. Soif. Fin. Le Diarmaid de Jack a le visage bleue. Il regarde l’eau et son espoir s'écouler des mains de Finn. La fin est en vue. Elle est bleue." (p. 88)

 

Le bistrot d'Ussy-sur-Marne
Henri Hayden - 1954
"Je campais au café de la Marne, rue de Changis, en face de l'église, dans une petite niche. Hayden a peint le café. Intérieur sombre. Murs vert pistache. Comptoir de bois garni d’un tapis bleu ciel. Sur le tapis, un plateau en feutre gris et trois dés. Des dés pour les parties de 421. Je n’y ai jamais joué – je ne jouais aux échecs, avec Hayden – mais je me souviens. [...]  Ça plaisait à Hayden, le tapis de feutres, les dés. Ça lui plaisait, il les a peints. Il a aussi peint le cendrier jaune en triangle (jaune anis, si ma mémoire est bonne), des verres lourds bleus et les bouteilles sur le comptoir. Il les a peints et  y a ajouté sa pipe en bois clair – celle qui touchait son nez, quand il l'avait à la bouche et que ses yeux brillaient comme la lave au milieu d’un volcan enfumé. La lumière de Hayden, clarté éblouissante, soleil écru naissant sur la symphonie de vert des monts moyens de la Marne. Hayden était le jour, moi la nuit." (pp. 96-97)

Quatrième de couverture

Rue Rémy-Dumoncel, dans le quatorzième arrondissement de Paris, se trouve un immeuble blanc – une maison de retraite baptisée Le Tiers-Temps. Au milieu de la cour, un arbre solitaire. Parmi les résidents, un grand échalas, au visage sombre mais aux yeux encore perçants, joue avec ses souvenirs où se mêlent deux langues, l’anglais de son Irlande natale et le français de son exil littéraire. Ce vieux monsieur s’appelle Samuel Beckett.
Ce premier roman dévoile un Beckett surprenant, attendant la fin (un comble), devenu pour ainsi dire l’un de ses propres personnages. On voit défiler les épisodes qui ont marqué son existence, mais aussi la vie quotidienne au Tiers-Temps, où Beckett a réellement résidé. On est saisi par une émotion grandissante à mesure que le roman accompagne le grand Irlandais vers son dernier silence.

Critiques

La Croix (très juste) ; L'Obs (si proche)