30 juin 2017

L'ordre du jour

Eric Vuillard

Un récit lisse comme un reportage sou-tendu pas une émotion silencieuse qui lui donne le relief propre à susciter la prise de conscience. La force de ce style est dans son humilité, une force qui n'est pas sans rappeler celle du récit de Primo Levi récemment retraduit [*].

Alors que se prépare le tragique effondrement de l'humanité au XX° siècle, Eric Vuillard amène au premier plan la figure oubliée du peintre Louis Soutter "peut-être en train de dessiner avec les doigts sur une nappe de papier une de ses danses obscures. Des pantins hideux et terribles s’agitent à l'horizon du monde où roule un soleil noir. Ils courent et fuient en tous sens, surgissant de la brume, squelettes fantômes." (p.49) ; c'était vers 1937. "On dirait  que le vieux Soutter, enfermé dans son délire, filme avec ses doigts la lente agonie du monde qui l'entoure." (p.51).

Je viens de terminer la lecture de "Passer, quoi qu'il en coûte" de Georges Did-Huberman [*] : le récit de Vuillard est un récit d'actualité ; révélation renouvelée d'une récurrence au risque de la dignité humaine.

Quatrième de couverture
L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.
Rencontre à la Librairie du Square


 Lecture : (1) réunion secrète ; (2) les entreprises
Rappel de la naissance de la littérature au XIX° siècle, lorsque l'écrivain est libéré de l'emprise du souverain. Il peut alors se tourner vers la réalité, rompre avec l'enfumage auquel il était de fait contraint. Les entreprises deviennent un sujet de la littérature, par ce qu'elles sont et ce qu'elles font. Le vrai est dans la littérature. La seconde guerre mondiale oblige à une réorganisation, une réinvention, des savoirs et de l'éthique.
Lecture : veille de l’Anschluss,  le JulienasLa question des archives, voir les archives de l'INA la componction d'Albert Lebrun à la télévision française. C'est en écrivant que le ton vient, se déplacer du coté du sujet, une tonalité affective.
Intérêt de l'histoire, droit de l'homme qui apparaît à un instant et dans des circonstances que l'histoire permet de saisir, mais qui d'emblée est universel et oblige à une relecture de l'Histoire.
La domination de l'hypothèse libérale, en fait son caractère aujourd'hui unique, sans alternative depuis la chute de l'hypothèse communiste. Il n'y aurait plus qu'un monde.
Lecture : magasin des accessoires, les photos
Réunion secrète et théorie du complot. L'histoire permet de s'introduire dans le présent. Écrire, c'est-à-dire tenter un rapport au monde qui permet de défaire un peu la fable et pencher vers la réalité. Les images produites par le Reich dominent l'histoire.
Sartre : je ne peux pas dire que je ne suis pas raciste parce qu'il ne regarde pas, quoi qu'il en pense ou soit, un homme noir comme un blanc, la déférence qu'il lui marquerait serait en elle-même signifier une différence [à vérifier]
Lecture : le dernier paragraphe 
A propos du suicide des juifs de Vienne, vision obscène de l'humanité : on ignore le mobile de leur acte. Digression, le suicide est un phénomène social bien qu'il soit la décision la plus intime d'une personne.

La fin d'un récit doit signifier qu'elle est arbitraire, comme l'est l’entame -- effet d'écho. La chute, tenir, saisir la vérité qui échappera.

Voir l'interview de La femelle du requin