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6 août 2022

Lettre d'amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre

Une jolie métaphore : la complexité de l'ètrumain tient à sa double nature, le réel et l'imaginaire. Il avance dans sa réflexion en mettant en regard les deux plans, un base indépendante pour l'écriture, en bon mathématicien, mais il faut mettre les points sur les i : ces deux dimensions sont intriquées, codéterminée. 

Il y a dans cette lettre quelque chose d'un peu vain parce qu'elle ignore, ou feint d'ignorer la complexité de l'ètrehumain qui est consubstantielle de son accès à la parole.

Quatrième de couverture

 «Pourquoi les humains sont-ils si bêtes? Pourquoi se laissent-ils traîner par le bout du nez? Les ânes ont de longues oreilles ridicules par lesquelles ils se font bêtement attraper, mais quand ils ne veulent pas avancer, rien ne peut les forcer à obéir.» Boualem Sansal adresse aux peuples et aux nations de la terre un manifeste athée, plein d'un humour féroce et rageur, pour les appeler à sortir de l'âge des dieux et à entrer dans celui des hommes. L'humanité doit trouver le moyen de résister aux forces qui la détruisent:les religions et leurs sempiternelles pénitences, l'argent tout-puissant, les passions guerrières, ou encore la malbouffe omniprésente sur la planète, symptômes indubitables d'un effondrement des civilisations.Après un rappel des errements et des crimes du passé, le grand écrivain algérien propose une «Constitution universelle» censée servir de base à la République mondiale qu'il appelle de ses vœux, qui fédérerait les peuples et les nations enfin libres.Il est temps, nous dit-il, de choisir la vie.

Critiques

L'express (interview)

4 juillet 2020

Le train d'Erlingen

Il m'a fallu attendre la page 177 pour entrer dans l'ouvrage. C'est à ce point que le roman cède et livre un essai dans une forme de récit qui dit que ce Boualem Sensal veut dire et qu'auparavant il masque par une obscure fiction. Jusque là je devine, je suppute, le renifle le sujet qui me semble finalement assez clair mais cette littérature m'ennuie, inutilement sophistiquée. Le problème qui traverse ou sous-tend le texte est extrêmement préoccupant, comment s'en occuper en évitant la guerre, la souffrance, la soumission à un vainqueur -- l'un ou l'autre des deux, la messe n'est pas dire.

Quatrième de couverture
«Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs?»
Ute Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle «les Serviteurs», car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas.
Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées?
Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants. 
Critiques
Médiapart (une analyse fine), France Inter (ce qu'il faut retenir du train)


13 octobre 2019

Harraga

Lu en 2015

" Harraga. Le terme harraga (pluriel de harrag) désigne en arabe littéraire « ceux qui brûlent », autrement dit, de manière figurée, « ceux qui brûlent les frontières ». Ainsi au Maghreb, son usage est entré dans le langage courant depuis une quinzaine d’années pour identifier les migrants qui empruntent des voies illégales et voyagent à bord de fluca (embarcations en bois, remplacées peu à peu par des zodiacs) afin de rejoindre l’Europe" (in Julie Lemoux 2015). J'ai retenu de ce livre l'image en surplomb de Sofiane, celui qui a choisi l'exil au risque de tout perdre, et deux femmes incarnant un passé -- Lamia -- et le futur -- Chérifa, les deux qui ne quitteront pas l'Algérie mais ont le regard tourné par le frère parti. Lamia veut savoir ce qu'il est advenu de son frère Sofiane, Chérifa fait irruption dans sa vie et lui donne l'énergie pour cette quête qui se heurte au pouvoir et à son administration. Mais Chérifa abandonnera. Elle portait en elle un héritage du passé, enceinte d'un notable, elle mourra. Le futur dans ce livre de Boualem Sansal n'a pas d'avenir.
Deux notes de lecture, sans rapport précis avec le texte, mais peut-être avec ce qui m'occupe :
"Je me posais la question de savoir si notre vie nous appartenait en propre ou si elle appartient aux autres, ceux qui nous la donne ou ceux qui nous la prennent. Je ne sais pas, j’ai une réponse a contrario : lorsque nous sommes seuls maîtres de nos vies, c’est que nous sommes vraiment bien seuls. Ou alors, nous sommes morts." (pp.184-185)

"Juger est comme respirer, on ne doit jamais se départir de ce pouvoir, nous le tenons de Dieu, il est toute notre humanité, il ne faut ni le sous-traiter ni l’accorder à je ne sais quel vent, levé on ne sait comment par on ne sait qui. Au diable la tolérance quand elle rime avec lâcheté !" (p.261)
Cette dernière citation est à rebours de la thèse de Pascal Quignard : juger empêche de penser ; il faut la comprendre dans le contexte de l'ouvrage.

Quatrième de couverture
Une maison que le temps ronge comme à regret. Des fantômes et de vieux souvenirs que l'on voit apparaître et disparaître. Une ville erratique qui se déglingue par ennui, par laisser-aller, par peur de la vie. Un quartier, Rampe Valée, qui semble ne plus avoir de raison d'être. Et partout dans les rues houleuses d'Alger des islamistes, des gouvernants prêts à tout, et des lâches qui les soutiennent au péril de leur âme. Des hommes surtout, les femmes n'ayant pas le droit d'avoir de sentiment ni de se promener. Des jeunes, absents jusqu'à l'insolence, qui rêvent, dos aux murs, de la Terre promise. C'est l'univers excessif et affreusement banal dans lequel vit Lamia, avec pour quotidien solitude et folie douce. Mais voilà qu'une jeune écervelée, arrivée d'un autre monde, vient frapper à sa porte. Elle dit s'appeler Chérifa, s'installe, sème la pagaille et bon gré mal gré va lui donner à penser, à se rebeller, à aimer, à croire en cette vie que Lamia avait fini par oublier et haïr.
Critiques 
Persée (l'Algérie) ; e-migrinter (pour mieux comprendre) ; 

25 janvier 2018

2084 - la fin du monde

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Quatrième de couverture
L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.
Critiques

11 octobre 2011

Rue Darwin

"[...] la force des liens est inversement proportionnelle au carré de l'éloignement multiplié par la durée de la séparation." (130) 

et aussi les pages :176, 193, 225, 227, 235

Quatrième de couverture

Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. «Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face» est venu.
Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère dont la fortune s’est bâtie à partir du bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.

Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur. Les héros y sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend…  

Critiques

Le temps (pour ne pas oublier) ; France Culture (nul n'est prophète...)