13 octobre 2019

Harraga

Lu en 2015

" Harraga. Le terme harraga (pluriel de harrag) désigne en arabe littéraire « ceux qui brûlent », autrement dit, de manière figurée, « ceux qui brûlent les frontières ». Ainsi au Maghreb, son usage est entré dans le langage courant depuis une quinzaine d’années pour identifier les migrants qui empruntent des voies illégales et voyagent à bord de fluca (embarcations en bois, remplacées peu à peu par des zodiacs) afin de rejoindre l’Europe" (in Julie Lemoux 2015). J'ai retenu de ce livre l'image en surplomb de Sofiane, celui qui a choisi l'exil au risque de tout perdre, et deux femmes incarnant un passé -- Lamia -- et le futur -- Chérifa, les deux qui ne quitteront pas l'Algérie mais ont le regard tourné par le frère parti. Lamia veut savoir ce qu'il est advenu de son frère Sofiane, Chérifa fait irruption dans sa vie et lui donne l'énergie pour cette quête qui se heurte au pouvoir et à son administration. Mais Chérifa abandonnera. Elle portait en elle un héritage du passé, enceinte d'un notable, elle mourra. Le futur dans ce livre de Boualem Sansal n'a pas d'avenir.
Deux notes de lecture, sans rapport précis avec le texte, mais peut-être avec ce qui m'occupe :
"Je me posais la question de savoir si notre vie nous appartenait en propre ou si elle appartient aux autres, ceux qui nous la donne ou ceux qui nous la prennent. Je ne sais pas, j’ai une réponse a contrario : lorsque nous sommes seuls maîtres de nos vies, c’est que nous sommes vraiment bien seuls. Ou alors, nous sommes morts." (pp.184-185)

"Juger est comme respirer, on ne doit jamais se départir de ce pouvoir, nous le tenons de Dieu, il est toute notre humanité, il ne faut ni le sous-traiter ni l’accorder à je ne sais quel vent, levé on ne sait comment par on ne sait qui. Au diable la tolérance quand elle rime avec lâcheté !" (p.261)
Cette dernière citation est à rebours de la thèse de Pascal Quignard : juger empêche de penser ; il faut la comprendre dans le contexte de l'ouvrage.

Quatrième de couverture
Une maison que le temps ronge comme à regret. Des fantômes et de vieux souvenirs que l'on voit apparaître et disparaître. Une ville erratique qui se déglingue par ennui, par laisser-aller, par peur de la vie. Un quartier, Rampe Valée, qui semble ne plus avoir de raison d'être. Et partout dans les rues houleuses d'Alger des islamistes, des gouvernants prêts à tout, et des lâches qui les soutiennent au péril de leur âme. Des hommes surtout, les femmes n'ayant pas le droit d'avoir de sentiment ni de se promener. Des jeunes, absents jusqu'à l'insolence, qui rêvent, dos aux murs, de la Terre promise. C'est l'univers excessif et affreusement banal dans lequel vit Lamia, avec pour quotidien solitude et folie douce. Mais voilà qu'une jeune écervelée, arrivée d'un autre monde, vient frapper à sa porte. Elle dit s'appeler Chérifa, s'installe, sème la pagaille et bon gré mal gré va lui donner à penser, à se rebeller, à aimer, à croire en cette vie que Lamia avait fini par oublier et haïr.
Critiques 
Persée (l'Algérie) ; e-migrinter (pour mieux comprendre) ; 

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