29 décembre 2019

Averroès ou le secrétaire du diable

Il est rare que je lise un livre en une nuit. C'est ce que j'ai fait pour celui-ci. A vrai dire, je ne l'ai pas lu au-delà de la page 40. Fatigue ou impatience, je l'ai parcouru. Le style m'a paru plat et le roman peu romancé, c'est-à-dire sans sollicitation de l'émotion. Quant à l'Histoire, elle est difficile à saisir sauf, peut-être, pour celui qui la connaît déjà. La pensée d'Averroès est évoquée plus qu'expliquée. Quoi qu'il en soit, ce livre me donne l'envie de la connaître. Je chercherai d'autres lecture. A moins que je ne me rende à la critique commune qui apprécie ce texte et adopte cet exemple :
"Une confidence: après avoir passé deux soirées à parcourir cet ouvrage sur le mode détente, j’ai dû tout relire et prendre des notes; par respect pour vous, je ne pouvais continuer ainsi ! Je ne le regrette pas : voici un livre magnifique, à recommander vivement, d’abord pour ce qu’il est, et ensuite pour l’effet miroir qu’il projette sur notre actualité." (Culture-Tops)
Peut-être relirai-je. J'ai en effet compris l'effet miroir mais si cousu de fil blanc que je l'ai pris pour un effet d'aubaine de la part de l'auteur et de l'éditeur.

Quatrième de couverture
Les Latins l’appelaient Averroès. Condamné par l’Eglise comme par les théologiens de l’Islam pour avoir aborder la foi avec les outils de la raison, il est mort en exil, haï de tous. Pourtant l’histoire reconnaîtra en lui l’un des plus grands penseurs du monde musulman. Il nous raconte sa vie…
Né en 1126 à Cordoue, il a connu la gloire puis la disgrâce, le respect des puissants puis l’exil et la clandestinité. Il a contribué à la légende de l’Andalousie musulmane, mais il a payé au prix fort les audaces de sa pensée.
Ses idées seront tout aussi violemment condamnées par l’Église que par les théologiens musulmans qui lui reprocheront – hérésie suprême – d’oser aborder la foi avec la raison, de refuser l’aveuglement dogmatique et l’usage des textes sacrés pour le seul bénéfice de quelques-uns. Traité en paria, menacé, c’est haï de tous qu’il mourra à Marrakech, à soixante-douze ans. Mais des siècles plus tard son œuvre demeure plus vivante que jamais.
Il s’appelait Averroès.
Critiques
Culture-Tops (j'ai dû passer à coté...)

28 décembre 2019

Iceberg

Contrairement à ses romans, cet essai en forme de suite de réflexions sur la littérature est difficile à lire. Les phrases sont inutilement complexes, alors que les idées déroulent un fil cohérent et pertinent. Ce style sert peut-être le projet : de la difficulté de passer de la pensée à l'écriture, l'impossibilité de l'écriture littéraire qui même abouti est un échec pour son auteur. Il y a toujours à reprendre, à ajouter ou enlever, à regretter. Le mot juste n'existe pas parce que la pensée précise est insaisissable lorsqu'elle ne se confond pas avec le signe -- essayez donc d'écrire une démonstration mathématique, pour voir que cela n'a rien à voir. Un essai donc ou des pages d'un journal intime qui pourtant n'existe pas, nous dit-il, sur l'écriture mais aussi la lecture. Toutes les écritures, le roman et le journal, l'intrigue et les cahiers. Peu académique ce texte rassérène celui ou celle qui écrit, publié ou non, géant ou nain de la littérature, du dimanche ou à plein temps. Un essai nécessaire.
"Peut-être est-il nécessaire que chacun tourmenté par son démon dans jeter un jour l’image sur le papier." [...] "Capturer cette sorte de vide qui travaillait en dessous de mon sol et l’ébranlait sans cesse." (p.13)
(banalité, mais il est utile de s'en souvenir) "Il y a une grande différence entre s’expliquer à soi-même certaines choses et les exposés aux autres." (p.14)
"C’est qu’à force de retourner le texte comme un gant, il est vrai qu’il risque à tout moment de n’être plus que ses propres coutures, discourant interminablement sur son phénomène, à ce point d’étourdissement ou il serait bien incapable d’embrasser une autre matière." (pp.58–59)
Citation de Borges : « Cette imminence d’une révélation qui ne se produit pas, est peut-être le fait esthétique. » (p.87)
"Combien de projets ont ainsi été étouffés dans l’œuf au seul récit précipité, forcément décevant, de cette idée aux allures gigantesque, venue éclater au contact du premier mot pour la dire ?" (p.91)
Quatrième de couverture
Icebergs est une série de promenades dans les allées d'une pensée qui tourne et vire, une pensée à vrai dire obsédée par les formes qu'elle peut prendre. Cette nature inquiète qui l'abrite se demande surtout comment les autres, tous les autres, ont fait avant elle. Alors elle enquête, elle arpente les rayons des bibliothèques, elle se promène sur internet, elle se renseigne sur la vie des écrivains, elle s'assied sur un banc – autant de manières pour elle de résoudre l'énigme de son expression rêvée, ici présentée en courts essais « arctiques », parties visibles et flottantes de la pensée.
Critiques
Le Monde (admiration) ; La Croix (entendu)

20 décembre 2019

Le dernier hiver du Cid

Un chagrin partagé au fil d'un texte pudique et intime qui devrait être, pour les admirateurs de Gérard Philippe, insupportable, pour les autres glaçant comme l'est le voisinage de la mort quand elle abat les promesses de vie en plein vol. La langue est parfaite, élégante ; il est même possible d'apprendre quelques mots nouveaux (j'aurais dû noter). Un récit probablement important à écrire pour Jérôme Garcin, émouvant pour les admirateurs de Gérard Philippe (dont j'aime le souvenir), mais le lecteur ordinaire éprouvera une gène à entrer ainsi dans l'intimité de l'acteur et des siens sans pouvoir transcender le récit -- disons, contraint à être spectateur, voyeur en quelque sorte.
"[...] rassembler en un seul personnage les trois grandes actions humaines, 'l'intériorité, la verbale et la corporelle' [...]" (p.194)
Quatrième de couverture
Il y a soixante ans, le 25 novembre 1959, disparaissait Gérard Philipe. Il avait trente-six ans. Juste avant sa mort, ignorant la gravité de son mal, il annotait encore des tragédies grecques, rêvait d’incarner Hamlet et se préparait à devenir, au cinéma, l’Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. C’est qu’il croyait avoir la vie devant lui. Du dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l’acteur le plus accompli de sa génération se préparait, en vérité, à son plus grand rôle, celui d’un éternel jeune homme. 
Critiques
Le Monde (récit, voilà...) ;


Cinq méditations sur la beauté

Je termine cette lecture dubitatif. La pensée de François Cheng me parait se heurter à une confiance et une foi qui ne permet pas la distance sur le monde que les méditations qu'il partage exigeraient. La beauté et le bon, la beauté et le vrai ont si peu à voir dès que l'une est rapportée à une émotion et l'autre à des valeurs. Mais la cohérence d'une pensée peut les associer intimement et cette association tient que l'on reste dans le champ de cette pensée. François Cheng a une foi et une culture, cette dernière est multiple et pourtant les méditations se referme sur une seule conviction. Conviction partagée de Platon à Proust, mais conviction intime parce que la beauté même partagée par les mots qui en témoigne reste une émotion d'un être singulier.  
"La vraie beauté est conscience de la beauté et élan vers la beauté, elle suscite l’amour et enrichit notre conception de l’amour." (p.64)
D’après Platon : "La beauté est la lumière des idées La beauté est la splendeur du vrai." (p.86)
D’après Proust : "La beauté ne doit pas être aimée pour elle-même : car elle est le fruit de la collaboration entre l’amour des choses et la pensée religieuse." (p.74)
Quatrième de couverture
« En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais à cause de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Nous sommes donc convaincus qu'au contraire nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les deux extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal, et de l'autre, la beauté ... Ce qui est en jeu, nous n'en doutons pas, n'est rien moins que l'avenir de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de la liberté humaine. »Confronté très jeune à ces deux « mystères » par la fréquentation de l'époustouflant site du mont Lu dans sa province natale d'une part, et par le terrible massacre de Nankin perpétré par l'armée japonaise de l'autre, François Cheng livre ses réflexions sur les questions existentielles les plus radicales. Ce faisant, il nous fait revisiter les moments phares de la culture d'Orient et d'Occident.
Critiques
en panne...

7 décembre 2019

La Mer à l'envers

Histoire qui ne peut être séparée du style. La lecture avance avec les deux, entre intrigue et ravissement. Ce n'est pas, comme on le lit souvent, un livre sur "les" migrants, mais sur l'irruption du fait migratoire dans la vie d'une femme ; pourrait-elle être un homme, d'ailleurs ? Probablement pas. Le migrant, un adolescent peut-être, crée une urgence, une injonction à l'action dans une vie qui hésitait, qui s'interrogeait dans le contexte banal du doute à quarante ans. Elle va se sauver, elle, en le sauvant lui. Elle se retrouve, ou plutôt se recrée, en s'ouvrant à lui, à l'autre. Le migrant force le trait du rapport à l'autre, à l'humanité, à soi. Le migrant fragile, la femme fragile, se construisent mutuellement au fil des pages. On n'est pas surpris de leur retrouvaille à la fin du roman, deux êtres dont l'histoire a effacé ce qui sépare. Un texte humaniste. Une écriture au plus près des personnages par son rythme, son souffle et sa capacité à impliquer le lecteur.

Quatrième de couverture
Rien ne destinait Rose, parisienne qui prépare son déménagement pour le pays Basque, à rencontrer Younès qui a fui le Niger pour tenter de gagner l’Angleterre. Tout part d’une croisière un peu absurde en Méditerranée. Rose et ses deux enfants, Emma et Gabriel, profitent du voyage qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Libye, le bateau d’agrément croise la route d’une embarcation de fortune qui appelle à l’aide. Une centaine de migrants qui manquent de se noyer et que le bateau de croisière recueille en attendant les garde-côtes italiens. Cette nuit-là, poussée par la curiosité et l’émotion, Rose descend sur le pont inférieur où sont installés ces exilés. Un jeune homme retient son attention, Younès. Il lui réclame un téléphone et Rose se surprend à obtempérer. Elle lui offre celui de son fils Gabriel. Les garde-côtes italiens emportent les migrants sur le continent. Gabriel, désespéré, cherche alors son téléphone partout, et verra en tentant de le géolocaliser qu’il s’éloigne du bateau. Younès l’a emporté avec lui, dans son périple au-delà des frontières. Rose et les enfants rentrent à Paris.

Le fil désormais invisible des téléphones réunit Rose, Younès, ses enfants, son mari, avec les coupures qui vont avec, et quelques fantômes qui chuchotent sur la ligne… Rose, psychologue et thérapeute, a aussi des pouvoirs mystérieux. Ce n’est qu’une fois installée dans la ville de Clèves, au pays basque, qu’elle aura le courage ou la folie d’aller chercher Younès, jusqu’à Calais où il l’attend, très affaibli. Toute la petite famille apprend alors à vivre avec lui. Younès finira par réaliser son rêve : rejoindre l’Angleterre. Mais qui parviendra à faire de sa vie chaotique une aventure voulue et accomplie ?
Critiques 
Le Monde (c'est de cela qu'il s'agit)