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7 décembre 2019

La Mer à l'envers

Histoire qui ne peut être séparée du style. La lecture avance avec les deux, entre intrigue et ravissement. Ce n'est pas, comme on le lit souvent, un livre sur "les" migrants, mais sur l'irruption du fait migratoire dans la vie d'une femme ; pourrait-elle être un homme, d'ailleurs ? Probablement pas. Le migrant, un adolescent peut-être, crée une urgence, une injonction à l'action dans une vie qui hésitait, qui s'interrogeait dans le contexte banal du doute à quarante ans. Elle va se sauver, elle, en le sauvant lui. Elle se retrouve, ou plutôt se recrée, en s'ouvrant à lui, à l'autre. Le migrant force le trait du rapport à l'autre, à l'humanité, à soi. Le migrant fragile, la femme fragile, se construisent mutuellement au fil des pages. On n'est pas surpris de leur retrouvaille à la fin du roman, deux êtres dont l'histoire a effacé ce qui sépare. Un texte humaniste. Une écriture au plus près des personnages par son rythme, son souffle et sa capacité à impliquer le lecteur.

Quatrième de couverture
Rien ne destinait Rose, parisienne qui prépare son déménagement pour le pays Basque, à rencontrer Younès qui a fui le Niger pour tenter de gagner l’Angleterre. Tout part d’une croisière un peu absurde en Méditerranée. Rose et ses deux enfants, Emma et Gabriel, profitent du voyage qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Libye, le bateau d’agrément croise la route d’une embarcation de fortune qui appelle à l’aide. Une centaine de migrants qui manquent de se noyer et que le bateau de croisière recueille en attendant les garde-côtes italiens. Cette nuit-là, poussée par la curiosité et l’émotion, Rose descend sur le pont inférieur où sont installés ces exilés. Un jeune homme retient son attention, Younès. Il lui réclame un téléphone et Rose se surprend à obtempérer. Elle lui offre celui de son fils Gabriel. Les garde-côtes italiens emportent les migrants sur le continent. Gabriel, désespéré, cherche alors son téléphone partout, et verra en tentant de le géolocaliser qu’il s’éloigne du bateau. Younès l’a emporté avec lui, dans son périple au-delà des frontières. Rose et les enfants rentrent à Paris.

Le fil désormais invisible des téléphones réunit Rose, Younès, ses enfants, son mari, avec les coupures qui vont avec, et quelques fantômes qui chuchotent sur la ligne… Rose, psychologue et thérapeute, a aussi des pouvoirs mystérieux. Ce n’est qu’une fois installée dans la ville de Clèves, au pays basque, qu’elle aura le courage ou la folie d’aller chercher Younès, jusqu’à Calais où il l’attend, très affaibli. Toute la petite famille apprend alors à vivre avec lui. Younès finira par réaliser son rêve : rejoindre l’Angleterre. Mais qui parviendra à faire de sa vie chaotique une aventure voulue et accomplie ?
Critiques 
Le Monde (c'est de cela qu'il s'agit)

4 novembre 2018

Être ici est une splendeur

Lire une biographie de peintre, c'est lire comme un aveugle

Quatrième de couverture
Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. 
Critiques
Télérama (la vérité du regard de la femme sur la femme qui peint la femme) ; Le Monde (chemin de l'écriture).