7 avril 2019

Le tour de l'oie

Une autobiographie qui n'a rien de l’hagiographie ni de procès, pas de complaisance ni d'autoflagellation. Le fils est là pour y veiller. Fils de fiction, réalité virtuelle mais pas tant que cela par ce que « Les mots, mon fils, n’inventent pas la réalité, qui existe de toute façon. Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et ainsi la révèle. Les mots sont les instruments des révélations. » À ne pas vouloir donner de leçons, Erri de Luca en donne une magistrale à tout parent, et au fond à chaque lecteur en l'autorisant à penser sans modèle parce que la vie c'est difficile, qu'il n'y a pas de bonne vie, qu'il ne faut pas s'expliquer mais ce prendre pour ce que l'on est et offrir cette réalité comme preuve d'utilité et de fécondité de la sincérité. Ceux ou celles qui ont un enfant seront émus par les derniers mots, et trouveront le moyen de les reformuler pour dire comment se passe le relai lorsque l'enfant n'est pas une fiction, lorsqu'on le quitte mais que l'on veut rester sans s'imposer c'est à dire accepter ce qu'il sera alors que sa vie nous échappe, alors que la vie s'échappe.
« Que se passe-t-il, mon fils ? Tu sors ?
Je t’accompagne à la porte et où vas-tu cette nuit ?
Je ne sors pas, je rentre. Je retourne dans ton espace, dont je suis sorti parce que tu m’as fait de la place.
Je rentre dans ton corps.
Regarde ma main, elle s’approche de la tienne. Je te touche et, tu vois ? Ma main disparaît dans la tienne.
Voilà mon bras et le reste de moi-même qui se résorbe en toi. J’y suis presque, il n’y a plus que les yeux.
Ferme les yeux, s’il te plaît.
»
Quatrième de couverture
« Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles.
Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir.
Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même.
Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain. »

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.
Critiques
Atlantico (très juste)