22 février 2020

Le poids de la neige quand elle tombe

Une lecture légère comme la neige, présence silencieuse et impérieuse ; mélancolie d'une femme--ce pourrait être un homme--dont le fils en colère s'est éloigné, dont la mère mutique est disparue. Les souvenirs ressurgissent. Elle écrit au fils en cherchant la mère, aucune interrogation ne trouve de réponse. Le roman (vraiment ?) est une longue lettre triste. Si l'on a un secret, bien souvent c'est celui d'une question ouverte ; cette ouverture crée un vide que recouvre le tissu des liens avec les parents, les enfants, les amis. Un jour, ils disparaissent ou s'éloignent. Alors surgit la solitude au-dessus de ce vide que rien, aucun souvenir, ne peut combler. Tout au plus peut-on le recouvrir d'un  autre tissu, un tissu très fragile, l'espérance.

Quatrième de couverture
Ce périple je ne l'ai raconté à personne. Ni l'histoire de ma mère d'ailleurs. Pas même à ton père. C'est la première fois.
Critiques 
Le littéraire (une femme de cœur)

19 février 2020

L'oeil de la nuit

Au cinéma ce serait un biopic, mélange romanesque et biographique. Le livre de Pierre Péju peut passer pour le roman biographique d'Horace W. Frink, psychanalyste américain qui participera à l'introduction de la psychanalyse aux Etats-Unis. L'entrée dans l'ouvrage est lente et un peu pesante, rien qui laisse imaginer une intérêt quelconque. L'ordinaire extraordinaire d'une vie particulière. Mais ne le sont-elles pas toutes ? Le texte commence à attacher son lecteur quand Freud entre en scène et le jeune psychanalyste laisser apparaitre se faiblesse, son irrépressible autodestruction à la hauteur de son enthousiasme généreux. Un égoïsme foncier en est l'instrument, il manifeste toute son ampleur dans la façon dont Frink se comporte à l'égard de Doris et, plus tard à l'égard d'Angelica. Par là il est un cas parfait pour Freud dont Péju dessine un portrait--finalement--sévère. Freud ambitieux et manipulateur. Vrai ? Je ne sais pas, mais au fond c'est intéressant, la statut descend de son piédestal, on peut commencer à discuter. La fin du roman est un naufrage pour Frink, Doris et Angelica. Pour Freud, la vie--l'aventure--continue !

Quatrième de couverture
Tout au long de sa vie, Horace W. Frink fut un Américain intranquille.
Enfant abandonné, étudiant tourmenté, il se fait psychanalyste, à New York, et pionnier de cette troublante méthode, au moment du voyage de Sigmund Freud dans le Nouveau Monde, en 1909, en compagnie de Jung et Ferenczi.
Thérapeute perplexe, mari et père immature, Frink devient bientôt l’amant d’une de ses patientes, la milliardaire et fantasque Angelica Bijur, qui lui fait découvrir la vie des «heureux du monde», au début des années folles. S’ensuivent tourments, déchirures et voyages à travers l’Amérique et l’Europe. Frink traversera deux fois l’Atlantique pour aller à Vienne, s’allonger sur le divan de Freud. De drames amoureux en aventures intellectuelles, «incapable de fermer l’œil de la nuit», il ne trouvera jamais la clef de l’énigme qu’il est pour lui-même.
Car l’œil de la nuit n’est pas l’inconscient mais la vision nocturne, l’effroyable lucidité des insomniaques, la conscience des fêlures. Ce roman est très librement inspiré de ce qu’on peut aujourd’hui savoir de Horace Frink, né en 1883 et mort en 1936 dans un oubli complet.  
Critiques
Libération (complet, parfait)

La réponse à Lord Chandos

La lecture de Pascal Quignard est toujours une épreuve, celle du texte, et une délectation, celle des idées. Il faut y revenir, relire, méditer. Pour comprendre "pleinement", il faudra que je lise le texte de Lord Chandos. Je vais... pour l'instant je me contente de collectionner quelques passages :
"Seule la langue écrite avec soin à le pouvoir de se déplacer plus loin que la mort qui, elle, pour l’instant, cloue sur place sur ce corps dans la sidération et le langage devenu un signifiant." (p.37)
"L’écrit se tient alors face a l’enfance comme l’adieu, au moment de la mort, se tient devant la vie." (p.38)
"Ceux qui écrivent on tout le temps pour eux, on tout le temps pour reprendre leurs phrases, ont tout le temps pour ouvrir leurs lexiques, leurs atlas, leurs chronologies, leurs dictionnaires, on tout le temps pour recourir à leur ancien manuel de grammaire tout dépareillé, qui date de la fin de leur enfance, on tout le temps pour revisiter, pour redonner vie, pour reétymologiser, remanier, corriger, surprendre." (p.40)
"La subjectivité n’est qu’une mélancolie, une aire nue qui n’apparaît si terriblement quand le flot de la sève et du sang se retire, et non dans le langage déserté. Alors travailler toutes ces impuissance à dire et efforcez, presses, cultivez toutes les détresses qui en découlent. La langue dont vous disposez a la capacité de votre émotion puisqu’elle en est le lit." (pp.42 et 43)
"La langue, elle, elle est l’avec de notre âme." (p.43)
"De là le travail sans fin puisqu’elle a été acquise au cours d’un travail qui a duré six ou sept ans, et qu’elle n’est jamais tout à fait possédée par celui qui a suffoqué en elle à l’issue du silence et de l’ombre et de l’eau et de la solitude et de la détresse natale. De cette détresse jamais vous ne serez exempt. Jamais aucun homme qui a appris à parler ne sera intact de cette emprise où il s’est subordonné de toute son âme." (p.45)
"Le plus grave, le moins ennuyeux, le plus profond, le plus insatiable de tous les jeux humains est l’étude." (p.47)
Quatrième de couverture
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s’agit de la clé qui déverrouillerait l’origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Critiques 
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