23 mai 2018

Vallée des merveilles

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Quatrième de couverture
Il a des habitudes, quelques tics dont il garde le contrôle et, jusqu'à ce jour, il avait pour seule compagne la solitude. Milan vit dans une petite ville portuaire du Finistère. C'est en marchant le long du quai qu'il voit surgir une inconnue qui disparaît aussitôt après avoir déposé un baiser sur ses lèvres. Qui est cette femme ? Que cherche-t-elle ? Entre les bancs de nuages sombres à l'horizon se déversent des flots de lumière.
Milan lutte, il fulmine mais, à la longue, comment ignorer l'appel ? Un livre de Max Jacob ouvert au hasard l'encourage à partir pour Paris, à la recherche de l'inconnue. Il découvre qu'elle s'appelle Lynx, qu'il lui manque un doigt, qu'elle travaille à l'Hôtel-Dieu et qu'elle est aussi riche qu'il est pauvre. L'amour, né au bord de l'Atlantique, va les submerger et les guérir.
Mais, encore une fois, Lynx s'en va. Et il faudra à Milan toute la force de son amour pour la rejoindre dans la cité des morts et tenter de l'en ramener. Il y retrouve Max Jacob qui, dans la pénombre où il est englouti, lui sert une dernière fois de guide.
Ancré dans la réalité sensible, Vallée des merveilles ouvre la voie vers un univers auquel seuls l'imagination et l'amour donnent accès.

Née en Allemagne en 1964, vivant à Paris, Anne Weber écrit toujours deux versions - française et allemande - de ses livres. Au Seuil, elle a notamment publié Ida invente la poudre et Cerbère. En Allemagne, son dernier roman, sélectionné pour le prix de la Foire du Livre de Leipzig, a connu un grand succès. Également traductrice, elle a traduit en français le romancier Wilhelm Genazino et, en allemand, Pierre Michon et Georges Perros.
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Eau-de-feu

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Quatrième de couverture
 «À ses débuts, un couple se vit comme stable et durable. Les partenaires ne guettent aucun changement, sauf, bien sûr, les tempêtes et ravages de la passion, inopinée et brutale. Ce n'est pas de passion qu'il est question ici, mais de l'ennui – le plus subtil des périls. Je me disais heureux, comme Reine se disait heureuse : pourquoi taquiner ces sentiments-là? Depuis quatre ans, la bataille où se débat Reine m'a laissé loisir de me poser des questions. Je pense avoir compris combien j'avais laissé Reine s'appauvrir.»
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Léternité de l'instant

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Quatrième de couverture
Lola est la petite-fille préférée de Maximiliano Megía, et c'est uniquement pour elle qu'il accepte de rompre le silence dans lequel il s'est réfugié depuis que sa femme a quitté Cuba, le laissant seul avec ses cinq enfants. Son histoire débute en Chine : né de l'union très heureuse d'un célèbre chanteur d'opéra traditionnel, Li Ying, et de Mei, une jeune calligraphe, Maximiliano – Mo Ying de son vrai nom – est doté d'une intelligence et d'une sensibilité rares. Mais lorsque sa famille reste sans nouvelles de son père, parti à l'étranger comme des milliers de Chinois au début du XXe siècle pour échapper à la misère, Mo Ying s'exile à son tour, pour essayer de le retrouver. Après bien des péripéties et devenu Maximiliano Megía au Mexique, il débarque à Cuba…
L'éternité de l'instant constitue une nouvelle preuve éclatante du talent romanesque de Zoé Valdés. Dans une foisonnante mosaïque d'histoires et d'aventures, son pouvoir d'évocation est mis au service d'une émouvante quête d'identité et de sens.
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La carte et le territoire

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Quatrième de couverture
 «Rendre compte du monde, simplement rendre compte du monde» : voilà ce que répond l'artiste Jed Martin lorsqu'on l'interroge sur le sens de son œuvre. Ce projet, qui lui apportera la fortune et une renommée internationale, l'amènera à croiser des personnages très divers : Olga, une jolie Russe, mais aussi le commissaire de police Jasselin, le présentateur de télévision Jean-Pierre Pernaut, et même l'écrivain Michel Houellebecq, dont Jed réalisera le portrait...
Roman réaliste qui tend vers l'anticipation, roman d'artiste qui flirte avec l'autofiction et s'achève en roman policier, La Carte et le Territoire brouille les pistes et estompe la frontière entre fiction et réalité. Dans cette œuvre à la construction virtuose, récompensée par le prix Goncourt en 2010, Michel Houellebecq mène une profonde réflexion sur notre monde contemporain et le rapport que nous pouvons encore avoir - ou non - avec la vérité.
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Le songe de Monomotapa

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Quatrième de couverture
L'amitié : comment elle naît, puis se tisse, se renforce et parfois se dissout d'elle-même ou s'achève par une rupture?
Les amitiés : il en est qui traversent le temps, d'autres qui sont éphémères et pourtant intenses.
En une vingtaine de courts chapitres, alliant réflexion et histoires personnelles, ce livre, qui tient à la fois du roman et de l'essai, tente de cerner le rôle de l'amitié. Nous sert-elle à nous protéger des tourments de l'amour?
Si l'on en croit La Fontaine, «un ami véritable est une douce chose». Mais existe-t-il ailleurs qu'au pays imaginaire du Monomotapa? 
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Ostinato

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Présentation (Universalis)
Après un silence éditorial de près de dix ans, à peine interrompu par la publication en revue (N.R.F., L'Ire des vents) ou chez de petits éditeurs (Fata Morgana, Le Temps qu'il fait) de fragments sous le titre d'Ostinato, Louis-René des Forêts s'est résolu à réunir certains de ces éléments sous forme de livre (Ostinato, Mercure de France, 1997), dans une version qu'il s'obstinait à déclarer provisoire : « Mettre le point final à l'inachevable n'est pas affaire de volonté, mais fonction dévolue à la mort. » Né en 1918, il sait alors que le moment ultime est proche, mais il ne renonce pas à se laisser emporter par le surgissement de « voix bonnes mauvaises conseillères », par la continuité du rythme et le mouvement capricieux du hasard, moteurs essentiels de son travail littéraire.

Sa tentative pour décrire son univers – « l'univers n'a de présence réelle, écrit-il, que pour qui s'en fait humblement l'écho » – et pour brosser par touches denses et retenues son autoportrait est placée sous le signe de la figure musicale baroque de l'ostinato, répétition d'une même formule rythmique qui soutient à la basse la progression de l'œuvre. L'auteur poursuit son avancée dans le monde des mots « aussi obstinément qu'en vain », en quête d'un rythme correspondant à sa respiration naturelle, avec parfois une rupture, une « dissonance qui traduise ou souligne les mouvements contradictoires de l'être, la discontinuité de son parcours » (« Des Forêts, La forme trompeuse d'un livre », propos recueillis par Patrick Kéchichian, Le Monde, 14 févr. 1997). Le texte acquiert ainsi le même pouvoir d'efficacité immédiate que la musique, cet art que Louis-René des Forêts a pratiqué dans sa jeunesse et dont il garde la nostalgie, comme du seul « lieu ou la pensée respire » et qui fait parfois régner une « ineffable beauté » (L.-R. des Forêts, Voies et détours de la fiction, Fata Morgana, 1985).

Ce livre est comme une succession de chants – au sens où Dante, cité en exergue, entendait ce mot – en [...]
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Les éclairs

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Quatrième de couverture
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.
Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s’achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.
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22 mai 2018

Aperçues

Lu en 2018 --
Surprise de découvrir un journal, pas tout à fait, plutôt une sorte de blog de papier, suite de réflexion sur le regard, l'art, les autres et l'artiste, l'écriture, l'écriture sur l'art. Un livre "dans" lequel je reviendrai. De cette première lecture je retiens des citations, matière à penser.

A relire sans tarder : « au point de vue de la servante » (p.113 sqq) et « où passe les frontières » (p.128 sqq). Repenser cette réflexion que je ne comprends plus mais a dû me paraitre évidente à l'époque : l’objectivité ne pas besoin de penser le sujet, l'art ne le peut sauf à plaire, il va au cœur d’un singulier universel être l’autre (peut être en relation avec la page 264). Et deux néologismes qui me sont venus à l'esprit : regardoir, regardement, ce dernier existe en fait (relire p.75 sqq)
"Sans doute Merleau-Ponty réduit-il encore les choses en faisant de toute peinture, comme par définition, ce qu’on pourrait nommer phénoménographe. Mais l’ultime verbe qu’il emploie me reste infiniment précieux : il y a bien une relation d’appel entre le style – poétique, ou pictural, ou même musicale – et les formes d’être singulières qui traversent nos vies. L'appel ne fait pas les signes. Il se contente de faire signe. La relation survient, ne s’établit pas. La distance, elle, est toujours là pour nous inciter à la modestie devant l’apparaître des phénomènes." (p.34)

"Il faudrait que la pensée du philosophe sache répondre aux œuvres de l'art, comme un geste répond à l’autre, comme un regard répond à l’autre, comme une caresse répond à l’autre, et par cette réponse se modifie, se déconstruit, s’ouvre tout à coup : s'élève avec la pensée-pas du danseur, s'envole avec la pensée-souffle du chanteur, s'involue avec la pensée-geste du dessinateur – pensées qui, bien sûr, ne s’arrêteront jamais à un seul organe puisqu’elles s'incarne et se formule esthétiquement à travers le rythme de notre chair entière, vivante et pensante." (p.56)

"L’image appelle le sensible, mais le sensible implique le corps, le corps s’agite de gestes, les gestes véhiculent des émotions, les émotions ne vont pas sans inconscient, et l’inconscient lui-même suppose un nœud de temps psychique, de sorte que c’est toute la modélisation du temps et de l’histoire elle-même, y compris politique, qu’une seule image peut remettre en jeu ou en question." (p.66)

"Il s’agit d’une parenthèse : l’émotion « est impliquée dans » l’image, les deux étant faites pour que l’une soit le médium de l’autre, et pour que, dès qu’elles apparaissent, elle soit inséparable." (p.67)

"De même, rien n’aura été plus rouge à mes yeux que le sang du bœuf égorgé en gros plan dans La Grève de Eisenstein, parce que j’ai su, à ce moment, que l’image ne me mentait pas sur la mort de l’animal." (p.88)

"Écrire, comme regarder, ne relève pas d’un savoir-faire, même si cela demande beaucoup de travail. Si tu as un faire qui met à chaque instant le savoir en question, c’est un savoir qui met à chaque instant le faire en question. Il faut, certes, continuez de décrire. Mais il faut que cette description devienne écriture et non pas un simple état des lieux." (p.112)

"C’est exactement ce genre d’œuvre qui donne l’envie d’écrire la plus pure, la plus simple : marquer par des mots ce que l’on consent, que l’on reçoit, que l’on est touché, que grâce à ces images on regarde différemment." (p.136 - à propos d'un film)
"En revanche, un abyme – mots qui ne se trouve pas dans les dictionnaire courants, sans doute parce qu’il n’est qu’une reprise de l’orthographe ancienne du mot précédent [abîme] – désigne en particulier, dans le vocabulaire de l’héraldique, le point central de l’écu ; ce qui aura fourni à André Gide l’idée de parler d’une mise en abyme pour désigner un procédé artistique ou littéraire de répétition au miroir allant toujours vers le « centre » ou vers le « fond » de l’image [...]" (p.166 -- suit la vache qui rit)

"L’une des raisons qui poussent les poètes à employer des mots archaïque, c’est qu’ils sont nouveaux du simple fait de leur vieillissement." (p.184)

"Première façon : atchoum ! Tu éternue en crachant vers moi une myriade de postillons. À cela je réponds poliment, comme on me la, depuis toujours, appris, et quelque soit ma crainte d’attraper ton rhume : à tes souhaits ! Si tu avais toussé, par exemple, je n’aurais rien dit. Pourquoi ?" (p.217)

"Regardez, bien sûr, fut d’abord de ne pas reconnaître et ne pas connaître ce que je voyez : il aura fallu, chaque fois, réinventé un langage, construire ses gémissements – écrire, donc – pour faire du regard une occasion de connaissances. Écrire serait donner une forme à cet abord –  ni saisie exhaustive, ni savoir absolu – des choses." (p.257)

"Il faudrait savoir mettre en œuvre la teneur autobiographique de toute pensée, de toute connaissance, mais sans que le Moi devienne centre fasciné par soi-même." (p.260)

Citation de Malraux, musée imaginaire de la sculpture mondiale : « j’ai tenté d'y réunir les sculptures qui me touchent directement, afin de préciser ce qui les unissait. [...] »  (p.264)

"Devant ce tableau je me dis, une fois de plus, que ce serait tout perdre que de penser à séparer « le fond » et « la figure »." (p.305)
Quatrième de couverture
Choses vues, non, pas même vues jusqu’au bout. Choses simplement entrevues, aperçues. Êtres qui passent, souvent au féminin pluriel, comme la Béatrice de Dante, Laura de Pétrarque, la « nymphe » d’Aby Warburg, la Gradiva de Jensen et de Freud ou la « passante » anonyme des rues parisiennes selon Charles Baudelaire. Créatures ou simples formes qui surgissent ou qui tombent. Instants de surprise, ou d’admiration, ou de désir, ou de volupté, ou d’inquiétude, ou de rire. Impressions enfantines, deuils. Colères aussi. Réflexions esquissées. Instants critiques. Ou descriptions, tout simplement.
Phraser le passage des aperçues ? Comme un recueil de circonstances, de visions en bribes, d’émotions inattendues, de pensées qui s’inventent devant des choses ou des êtres apparaissants, apparus et, très vite, disparaissants, disparus. Une phénoménologie, une poétique, une érotique du regard s’esquissent. Tout cela devenu, sans crier gare, un journal sans continuité, un ensemble de récits sans personnages bien définis, un autoportrait sans visage unique.
Remonter ce journal en désordre. Découvrir, alors, qu’il était fait d’occasions (où les temps passent vite), de blessures (où les temps frappent fort), de survivances (où les temps reviennent toujours) et de désirs (où les temps adviennent pour un futur entraperçu).
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Le Monde (pour comprendre)

9 mai 2018

Notre histoire intellectuelle et politique 1968-2018

J'ai pensé, magie du "nous", que je retrouverai dans ce livre un peu de ce que j'ai traversé au cours de ces mêmes années (Rosanvallon est né en janvier 1948). C'est le cas, mais de très loin. Ce qui, dans ce livre, est dédié à la mémoire partagée m'a plongé dans une sorte de mélancolie. Je serai donc passé à coté de mon temps, un peu comme les droites de l'enveloppe qui effleure ce qu'elle engendrent parce qu'après tout j'ai participé, mais sans comprendre ni savoir. J'ai rêvé au fil de la lecture, admirateur du fantôme d'un possible, de ce qu'aurait pu être une éducation intellectuelle. Pour le reste, j'ai retrouvé le Rosanvallon qui offre l'espérance d'une autre gauche (libéralisme contre autogestion), d'une autre démocratie (comme problème à résoudre).
Quelques citations :
"Cette approche radicale des tâches de la poésie suggère bien qu'elle est le laboratoire de la langue et des émotions et que sa lecture est une des modalités les plus fortes de l’expérience humaine, en augmentant la présence au monde et en offrant simultanément aux femmes et aux hommes une capacité accrue de résistance à l’œuvre des ténèbres." (p.10)

"L’universitaire est le spécialiste d’un domaine spécifique et d’une discipline particulière. L’idéologue, quant à lui, est un rédacteur de catéchismes, un fabricant de mots d’ordre, un fournisseur d’arguments chocs pour la polémique. Cette idéologue a, dans tous les cas, un rapport élastique à la notion de vérité. L’intellectuel, lui, doit se distinguer de ces deux figures. On peut le définir comme celui qui cherche à donner un langage à ce que vivent et ressentent les gens et qui, en même temps, essaie de rendre intelligible le monde pour donner à ceux-ci la capacité de le décrypter et d'y agir de façon autonome." (p.52)

"C’est en effet presque fonctionnellement que l’on demande à un « bon universitaire » de se spécialiser, c’est-à-dire en fait de progresser dans une seule direction, en ne se renouvelant que sous la forme d’une répétition améliorée, selon des séquences et des rythmes plus ou moins marqués–certaines existences se résumant même à une seule séquence. C’est sur ce mode insidieux que le système universitaire peut insensiblement contribuer à un affadissement de la vie intellectuelle. Car le travail n’est plus alors guidé par des questions ; il se réduit à la gestion d’un domaine." (p.148)

"C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me persuader que les idées ne peuvent être fortes, c’est-à-dire productrices d'effets, que si elles existent de façon autonome, valant pour elles-mêmes, avec leur puissance intrinsèque ; si elles deviennent des forces matérielles qui s’imposent dans les têtes, en un mot." (p.177)

"Le néolibéralisme est simultanément déploré en général et intériorisé dans nombre de ses rouages effectifs. C’est dans le silence des arbitrages et des consentements quotidiens que se dit ainsi la vérité d’une société. Un projet d’émancipation doit donc pour cela aller de pair avec un exercice de lucidité et de cohérence." (p.380)
Quatrième de couverture
Comment les enthousiasmes de Mai 68 ont-ils cédé le pas au désarroi des années 1980 et 1990 puis au fatalisme qui, depuis les années 2000, barre notre horizon politique et intellectuel ? Pourquoi la gauche s’est-elle enlisée dans un réalisme d’impuissance ou dans des radicalités de posture, au point de laisser le souverainisme républicain et le national-populisme conquérir les esprits ?
Pierre Rosanvallon se confronte ici à ces questions d’une double manière. En tant qu’historien des idées et philosophe politique, il s’attache à réinscrire les cinquante dernières années dans l’histoire longue du projet moderne d’émancipation, avec ses réalisations, ses promesses non tenues et ses régressions. Mais c’est également en tant qu’acteur et témoin qu’il aborde la lecture rétrospective de la séquence dont Mai 68 a symbolisé l’amorce. Son itinéraire personnel, les entreprises intellectuelles et politiques qui l’ont jalonné et les personnalités qui l’ont accompagné renvoient plus largement à l’histoire de la deuxième gauche, avec laquelle sa trajectoire s’est pratiquement confondue, et, au-delà, à celle de la gauche en général, dont l’agonie actuelle vient de loin.
À travers le retour sincère et lucide sur son cheminement, avec ses idées forces et ses doutes, ses perplexités et ses aveuglements, c’est une histoire politique et intellectuelle du présent que Pierre Rosanvallon retrace, dans des termes qui conduisent à esquisser de nouvelles perspectives à l’idéal d’émancipation.
Critiques
Le Monde (l'interview) ; L'Obs (critique, vraiment)