18 mai 2007

Le lecteur

Des notes pour poursuivre la réflexion, que penser de la lecture... du besoin de lecture...
"Ce qui n’écrivent pas, qui pourtant auront passé leur existence dans les livres, qui connurent pour toute passion, pour profession aussi, cette sorte de stupeur que la lecture provoque, que le néant, les chimères rétribuent, qui intime au silence, sont peut-être seuls parmi nous dont la mention doive faire défaut. Que l’oublie les préserve !" (p.19)
"Néanmoins vos objection tombent si vous considérez plus simplement qu’un livre n’est autre qu’un lecteur ; que qui le lit le lit ; écrire un livre c’est écrire un lecteur ; que le premier auteur ne l’était qu’à la condition d’avoir lu ; qu’il avait tout lu et lu autant que nous et n’était pas plus rassasié ni innocent que nous ; qu'ainsi s’échangent sans cesse, sans arrêter, les 'lecteurs' en 'livres'." (p.48)
"Les premiers cris d’enfants lisent déjà en les criant des traces plus anciennes et terribles que les plus anciennes écritures attestées." (p.82)
"Puis le langage prenant le pas sur tous les êtres et les choses et les rêves que le monde contient, soulevant dans cet échange ruineux un sentiment plus apeurant que la peur, l’absence se substitua aux rencontres. L’absence que porte le langage envahit jusqu’aux emplois très matériels qu’il firent des phrases quotidiennes. Présent, il ne se supportèrent plus." (p.90)

"Entendez-vous ce rire ?
C’est plus que ne sait dire le dire. Le rire rompt le silence comme il rompt le langage." (p.96)

"Le livre tient en haleine, il noue la gorge, il fait battre excessivement le cœur, il pâlit ou enfièvre la face, il arrache les vains sanglots, il creuse les traits immobiles du visage, il tort le centre du ventre, il gonfle le sexe, et donnant cours à toutes émotions et à tous simulacres il fait que le corps se lézarde, cours à ruine. Il fait qu’il s’étiole et frémit. Tremble. Qu’il disparaît." (p.104)

"Ah lecteur. Comprendrez-vous que vous décidant pour de bon à arracher ces pages jusqu’à la dernière de ces pages, et coupant court à cette rhétorique de miroir ou nul reflet franchement ne s’inscrit ni de moi ni de vous pour user de métaphores encore–bref, une fois dépouillés de ces pages et soudain face-à-face–, nous nous tairions?
Nous nous tairions l'un et l’autre debout, sans rivaux, immobiles dans le froid et le sombre et l'étroit espace de la chambre ?
Nous nous tairions, sous l’emprise d’une joie comme intolérable et dépourvue d’images ou de désirs ; nous nous tairions, lecteur sans livres, en rupture de lecture, hors de nous, au sein d’une taciturnité forcément innommable." (p.132)
Quatrième de couverture
Un récit dont les protagonistes sont le narrateur et un personnage disparu, auxquels il faudra sans doute ajouter le lecteur de ce livre dont le sujet est le pouvoir destructeur de la lecture. Car lorsque le narrateur s'interroge sur la disparition mystérieuse de ce personnage, nous devons comprendre qu'il s'agit de la sienne propre, et aussi de la nôtre. En effet, en lisant un livre, nous nous abandonnons tous à une sorte de jeu mortel où la personnalité s'abandonne et se perd.
Tel est le point de départ original de cette haute méditation sur la lecture, et ses effets ambigus. Mais cette réflexion est menée à travers une œuvre qui finit par constituer elle-même une aventure poétique et romanesque, le roman du lecteur dévoreur et dévoré. 
Critiques
La Croix (le récit d'un lecteur, interview)