26 avril 2018

Le syndrome Garcin

Ce récit est un livre de souvenir, trop personnel me semble-t-il pour permettre un écho intime chez le lecteur. Pour autant, on retire quelque chose sur une certaine société, sur la médecine début de siècle -- quelques beaux témoignages, sur les grands hommes qui sont assurément des hommes de passion.
Quoi qu'il en soit, une belle écriture, un récit fluide, des mots nouveaux. L'apophtegme me manque pour conclure.

Quatrième de couverture
«Je suis un radiologue fantaisiste, un échographe controuvé, un voyageur sans bagage qui toque à la porte des hôpitaux d’autrefois et des bureaux poussiéreux, au fond desquels mes aïeux sourcilleux s’étonnent que je veuille mieux les connaître et me parlent dans un français de laborantin, un sabir organique, un babélisme médicamenteux que je ne saisis pas toujours. Mais si je ne témoigne pas de cette tribu clinique, dont seuls d’obscurs traités et des manuels déshumanisés gardent la trace, qui d’autre le fera?»

L’enfance de Jérôme Garcin a été marquée par deux grands-pères éminents, le neurologue Raymond Garcin et le pédopsychiatre Clément Launay, qui avaient en commun d’être des humanistes, toujours à l’écoute du patient. Ils étaient issus de longues dynasties médicales. Après eux, cette chaîne s’est interrompue. Pourquoi? C’est à cette question que tente de répondre ce livre, croisant l’histoire intime d’une famille et les mutations récentes d’une discipline. 
Critiques
 L'express (c'est assez juste), JDD (Pivot, un livre de souvenir)

9 avril 2018

14 juillet

Un récit que l'on lit comme on écoute les actualités à la radio. La journée du 14 juillet vécue de l'intérieur, aux cotés des parisiens, de chacun du petit peuple de Paris à la fois effrayé et émerveillé par ce qui advient ; qu'il fait advenir. On devine en amont le travail d'archive, la patience de lire les notes infimes, le petits riens qui, assemblé, feront l'histoire.  "Il faut écrire ce qu'on ignore." (p.83), mais l'écrire juste. Combler les manques et les absences avec rigueur et sincérité, sans élan littéraire ni pathos vendeur. C'est alors faire œuvre et honneur à ceux qui prirent la Bastille et lancèrent la belle et terrible histoire à l'ombre de laquelle nous vivons encore.

Quatrième de couverture 
 La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.


De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas ; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire.
Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens.
L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage.
À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde.”
Critiques
Les lettres française (interview)