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29 décembre 2020

Au nom de la mère

 Je vous salue Myriam

Quatrième de couverture

«La grâce, c'est la force surhumaine d'affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. C'est un talent de prophète. C'est un don et toi tu l'as reçu. Tu es pleine de grâce.»

Erri De Luca s'empare de l'histoire la plus connue de l'humanité, et l'articule autour de la figure de Marie. Ou plutôt de Miriàm, une simple jeune femme juive, fiancée à Iosef quand elle tombe enceinte, et qui sait ce que cette grossesse avant le mariage signifie aux yeux de la Loi. Sous la plume du romancier italien, l'histoire de la Nativité trouve un ancrage nouveau dans le contexte hébraïque, et se fait éloge d'un corps et d'une âme, ceux d'une mère... 

Critiques

Sans voix


12 novembre 2020

Impossible

Un livre rapide que j'aborde en pensant à un autre, à La parole contraire, mais il ne s'agit pas de cela. Ce livre est tout autre, il faut du temps pour le comprendre, c'est-à-dire se détacher de l'idée d'une autobiographie. Alors on touche peut-être à l'essentiel : l'intelligence, celle du juge et celle de l'accusé. Une joute, la question de la vérité est seconde lorsque chacun se prend au duel. Si on sait que le juge avance masqué, il nous le dit, on ne saura jamais ce qu'il en est de l'accusé. Il y a un plan de symétrie, mais de multiples singularité qui forge le portrait de l'accusé. Un portrait paradoxalement aristocratique, celui d'Erri de Luca finalement. Portrait en contre-plongé ou en trompe l’œil, mais on ne peut s'y tromper. C'est lui, c'est tout lui;

Quatrième de couverture

On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l’immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d’une rencontre avec un cerf au franchissement d’une forêt déracinée par le vent.
Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l’alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l’affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.
Dans un roman d’une grande tension, Erri De Luca reconstitue l’échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme «de la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire d’Italie». Mais l’interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l’engagement, la justice, l’amitié et la trahison. 

Critiques 

Le Monde (exactement) ; Les échos (portrait, le livre importe peu)

7 avril 2019

Le tour de l'oie

Une autobiographie qui n'a rien de l’hagiographie ni de procès, pas de complaisance ni d'autoflagellation. Le fils est là pour y veiller. Fils de fiction, réalité virtuelle mais pas tant que cela par ce que « Les mots, mon fils, n’inventent pas la réalité, qui existe de toute façon. Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et ainsi la révèle. Les mots sont les instruments des révélations. » À ne pas vouloir donner de leçons, Erri de Luca en donne une magistrale à tout parent, et au fond à chaque lecteur en l'autorisant à penser sans modèle parce que la vie c'est difficile, qu'il n'y a pas de bonne vie, qu'il ne faut pas s'expliquer mais ce prendre pour ce que l'on est et offrir cette réalité comme preuve d'utilité et de fécondité de la sincérité. Ceux ou celles qui ont un enfant seront émus par les derniers mots, et trouveront le moyen de les reformuler pour dire comment se passe le relai lorsque l'enfant n'est pas une fiction, lorsqu'on le quitte mais que l'on veut rester sans s'imposer c'est à dire accepter ce qu'il sera alors que sa vie nous échappe, alors que la vie s'échappe.
« Que se passe-t-il, mon fils ? Tu sors ?
Je t’accompagne à la porte et où vas-tu cette nuit ?
Je ne sors pas, je rentre. Je retourne dans ton espace, dont je suis sorti parce que tu m’as fait de la place.
Je rentre dans ton corps.
Regarde ma main, elle s’approche de la tienne. Je te touche et, tu vois ? Ma main disparaît dans la tienne.
Voilà mon bras et le reste de moi-même qui se résorbe en toi. J’y suis presque, il n’y a plus que les yeux.
Ferme les yeux, s’il te plaît.
»
Quatrième de couverture
« Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles.
Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir.
Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même.
Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain. »

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.
Critiques
Atlantico (très juste)

15 décembre 2018

Aller simple

p.49 - Le récit de quelqu'un (extrait)

L'ancien a gaspillé sa dernière salive pour dire :
maintenant c'est à lui de se souvenir qu'il existe.


p.63 - Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas. 


L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens »


Toujours de Luca est un homme de (bonne) foi.
 Situation étrange, je ne connais pas l'italien, mais j'ai envie de corriger la traduction. Il suffit pour le comprendre de se souvenir que la poésie se lit à voix haute. La traduction ne parait pas avoir le souci de cette vocalité, il semble que cela serait possible sans trahir le sens du texte.

Quatrième de couverture
Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l’épopée tragique d’émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu’à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n’a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : «Le départ n’est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.»
À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires – celui des pas reclus ou encore celui de l’amour sidéré – composent cette ville qu’est le livre de poèmes selon l’auteur. L’espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l’enfermement, l’incarcération d’anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son œuvre : le langage, la guerre, l’Italie, l’amour, et le rire.
Critiques
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10 novembre 2018

Le cas du hasard

La discussion entre le biologiste et l'écrivain-poète, est celle du déterminisme induit par la science. L'ADN d'abord qui serait un programme de l'individu, la science en général dont les modèles prétendent à des valeurs prédictives. Nous ne devons pas laisser croire que tout progrès scientifique se réduit à des machines et des engrenages.

Quatrième de couverture
Le cas du Hasard est né de l’envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d’un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d’approfondir la discussion animée d’un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l’ouvrage s’ouvre sur une tentative de définir l’ADN – que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l’écrivain y voit plutôt une prophétie –, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l’étendue des connaissances scientifiques de l’un et de la pertinence du regard de l’autre, est la poésie de l’ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l’univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l’écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.
Critiques
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14 mai 2017

La nature exposée


Erri de Luca

Un fil m'échappe : la femme (organisatrice de voyages - p.57) -- le retour au village pour un dernier passage qu'elle trahirait (?). La mort du jumeau, effacé par une vague m'échappe aussi. Le roman tient sans l'un ni l'autre, alors à quoi bon ? Ajouter le l'intime ? Ou existe-t-il une clé ? "Je me retrouve dans le gouffre des significations" (p.157 -- lire Mathieu).

Le roman à première lecture assez simple : un passeur, une embrouille avec les compères boulanger et forgeron (p.15). Il prend l'argent du passage, parce que "se faire accompagner a un tarif, chez nous..." (p.13), Redonner cet argent ne change rien à l'affaire, simplement "de l'autre coté de la frontière, je me suis allégé d'un poids". La trahison du principe, l'exil à Naples après la montagne, l’œuvre à restaurer (la nature exposée), initiation de la circoncision ("identification physique entre sujet et auteur" p.75). La sculpture est à échelle humaine (1m80 en allongement forcé - p.81). Le créateur de l’œuvre qui doit être restaurée est mort peu après sa réalisation, en montagne ; en écho peut-être de la mort du jumeau du narrateur. Le narrateur fera se verra confié ce travail pour sa sincérité plus que la compétence avérée (elle serait supposée) : "Mes paumes sont sèches et rêches, c'est un signe suffisant."  La sculpture fait advenir l'artiste, le sculpteur d'abord technicien, humilité et ambition : le sculpteur cherche le vrai dans son propre corps (p.75). Fin du travail dans un élan mystique (évocation d'une histoire hébraïque, le roi et le tailleur - "Tu exécutais ce travail avec orgueil et tu as été repoussé - p.165).

Adam / Aleph Dalet Mem
voir le psaume 44

Lecture assez simple, mais je me perds, je perçois une profondeur mais elle m'échappe. Il faut revenir aux sculptures de Lois Anvidalfarei et peut être aux poèmes de Roberta Dagant.
“Ils les appellent des réfugiés. Pour moi, ce sont des voyageurs d’infortune qui en ont eu trop à la fois” (interview dans Les Inrock). 
"Pour ma part, j'exclus l'intervention divine de mon expérience, pas celle des autres. Avec le tutoiement des prières, des colères, des compassions, je ne peux m'adresser qu'à l'espèce humaine." (p.9)
"L'avantage ne de pas être père, c'est de ne pas avoir un fils qui veuille m'enfermer là-dedans." (p.19)
"Après le parole du crucifié, la poutre devient une rampe de lancement." (p.41)
La miséricorde face à cette figure [...] une impulsion qui fait franchir la distance de spectateur (pp.42-43) En revanche pas de miséricorde pour les passages, "eux demandaient, moi je répondais", une fraternité a suffi (p.43) [...] c'est l'effet que doit produire l'art." (p.44)
" 'Plus qu'un artiste, tu es un créateur'. Quelqu'un qui force les limites en s'écorchant les mains pour ouvrir un nouveau passage. Je comprends que tu dois être humble, mais sans dépasser l’humilité. En fait, tu démissionnes, tu renonces, tu te dérobes au devoir de te faire connaître." (p.47)
"Ils sont effrayés et courageux, insistants et impossibles à arrêter" (p.58).
"Je suis vieux, un compromis entre le corps et son ombre." (p.65)
"L'ébauche d'érection est le détail le plus émouvant de toutes images chrétiennes, le jaillissement de la vie qui s’oppose." (p.70)
"Le crucifix ne doit pas être admiré de loin, il faut le toucher; Il s'agit d'une œuvre qui se révèle seulement sous la caresse." (p.82)
Vertige depuis les balcons des religions, la divinité est en bas (au fond de l'être) pas dans le ciel (p.112)
"Tout en frappant, j'ai l'impression d'enlever de la matière d'une enveloppe en pierre au tour de ma chair. Je sculpte pour retirer un emballage. Sous la croûte de marbre, il y a ma forme. Ces pensées m'aident à ne pas rater mon coup." (p.123)
Quatrième de couverture
«"Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il s’agit de retirer le drapé."
J’examine la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu’en la retirant on abîmera forcément la nature.
"Quelle nature?"
La nature, le sexe, c’est ainsi qu’on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi.»

Dans un petit village au pied de la montagne, un homme, grand connaisseur des routes qui permettent de franchir la frontière, ajoute une activité de passeur pour les clandestins à son métier de sculpteur. C’est ainsi qu’il attire l'attention des médias. Il décide alors de quitter le village. Désormais installé au bord de la mer, il se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, un Christ vêtu d’un pagne.
Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, La nature exposée est un roman dense et puissant, dans lequel Erri De Luca souligne plus que jamais le besoin universel de solidarité et de compassion. 
Critiques
Libération, Les Inrockuptibles,
Biographie
La Vie (interview 1 & 2)

29 juin 2011

Le poids du papillon


Reprendre les notes (pp. 20, 31, 41,61). Je n'ai rien oublié du gout de cette lecture, une légèreté amère, une lourde revendication matinée d'aristocratie poétique.

Quatrième de couverture 

Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. D’une taille et d’une puissance exceptionnelles, l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est arrivée, sa suprématie est désormais menacée par les plus jeunes. En face de lui, un braconnier revenu vivre en haute montagne, ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. À soixante ans passés, sa dernière ambition de chasseur sera d’abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé malgré son extrême agilité d’alpiniste, ce chamois à l’allure majestueuse. Et puis, face à ces deux forces, il y a la délicatesse tragique d’une paire d’ailes, cette «plume ajoutée au poids des ans».

Le poids du papillon, récit insolite d’un duel entre l’homme et l’animal, nous offre une épure poétique d’une très grande beauté. Erri De Luca condense ici sa vision de l’homme et de la nature, nous parle de la montagne, de la solitude et du désir pour affirmer plus que jamais son talent de conteur, hors du temps et indifférent à toutes les modes littéraires. 

Critiques

L'express (un petit conte, est-ce vraiment tout ?) ; Mediapart (Souvent un papillon blanc...)