Contrairement à ses romans, cet essai en forme de suite de réflexions sur la littérature est difficile à lire. Les phrases sont inutilement complexes, alors que les idées déroulent un fil cohérent et pertinent. Ce style sert peut-être le projet : de la difficulté de passer de la pensée à l'écriture, l'impossibilité de l'écriture littéraire qui même abouti est un échec pour son auteur. Il y a toujours à reprendre, à ajouter ou enlever, à regretter. Le mot juste n'existe pas parce que la pensée précise est insaisissable lorsqu'elle ne se confond pas avec le signe -- essayez donc d'écrire une démonstration mathématique, pour voir que cela n'a rien à voir. Un essai donc ou des pages d'un journal intime qui pourtant n'existe pas, nous dit-il, sur l'écriture mais aussi la lecture. Toutes les écritures, le roman et le journal, l'intrigue et les cahiers. Peu académique ce texte rassérène celui ou celle qui écrit, publié ou non, géant ou nain de la littérature, du dimanche ou à plein temps. Un essai nécessaire.
"Peut-être est-il nécessaire que chacun tourmenté par son démon dans jeter un jour l’image sur le papier." [...] "Capturer cette sorte de vide qui travaillait en dessous de mon sol et l’ébranlait sans cesse." (p.13)Quatrième de couverture
(banalité, mais il est utile de s'en souvenir) "Il y a une grande différence entre s’expliquer à soi-même certaines choses et les exposés aux autres." (p.14)
"C’est qu’à force de retourner le texte comme un gant, il est vrai qu’il risque à tout moment de n’être plus que ses propres coutures, discourant interminablement sur son phénomène, à ce point d’étourdissement ou il serait bien incapable d’embrasser une autre matière." (pp.58–59)
Citation de Borges : « Cette imminence d’une révélation qui ne se produit pas, est peut-être le fait esthétique. » (p.87)
"Combien de projets ont ainsi été étouffés dans l’œuf au seul récit précipité, forcément décevant, de cette idée aux allures gigantesque, venue éclater au contact du premier mot pour la dire ?" (p.91)
Icebergs est une série de promenades dans les allées d'une pensée qui tourne et vire, une pensée à vrai dire obsédée par les formes qu'elle peut prendre. Cette nature inquiète qui l'abrite se demande surtout comment les autres, tous les autres, ont fait avant elle. Alors elle enquête, elle arpente les rayons des bibliothèques, elle se promène sur internet, elle se renseigne sur la vie des écrivains, elle s'assied sur un banc – autant de manières pour elle de résoudre l'énigme de son expression rêvée, ici présentée en courts essais « arctiques », parties visibles et flottantes de la pensée.Critiques
Le Monde (admiration) ; La Croix (entendu)
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