2005
Trop de textes dans le texte, Trop de trous dans la mémoire, alors des jalons."Les égophores dans leurs dialogues sont à la limite du face-à-face prédateur qu'ils imitent. Ils se situent à la frontière de l’opposition envieuse et de l’hostilité meurtrière qu’ils inventent en parlant, en écoutant, en obéissant. Leur monde est au bord d’une ligne d’abîme." (p. 26)
"Par exemple en URSS, au cœur du siècle dernier, le passé était complètement imprévisible. Durant cinquante ans ce qui avait eu lieu autre fois changeait du jour au lendemain." (p. 28)
"Le langage transforma les différences en les opposants terme à terme selon sa folie systématique, agressive, duelle, binaire." (p. 146)
"La méthode est le chemin après qu’on l'a parcouru." (p. 161)
"Le rire fait sortir de la caverne du corps une espèce de soleil ou de force qui éclate." (p. 164)
"La mort chez les hommes consiste à transformer les défunts en ancêtres. À modifier les cadavres en habitants d’un autre monde. À immobiliser ce qui peuvent revenir dans les rêves dans un endroit dont il ne puissent ressortir aisément ou qu’il n’aient ni besoin ni envie de quitter. À transformer le Perdu en Origine." (p. 168)
"En ce qui concerne la peinture de chevalet on date de 1449 la plus ancienne vanité. Un crâne posé près d’une brique ébréchée. La lumière est intense, presque lunaire, et semble magique. Le fond est noir. Nuit impénétrable à l’arrière du crâne. La tête de mort et bien ce que les anciens Romains appelaient image. Cette peinture est due à Rogier Van der Weyden. Le noir dit la nuit / Le crâne dit la mort / La brique ébréchée dit le temps" (p. 202)
"Pourquoi le passé sera-t-il toujours plus grand que l’avenir ? La symétrie de l’autre monde s’ajoute à la chaîne dynamique des actes et y joint encore les anneaux mythiques mais spontané du préoriginaire. Le monde (qui n’a que l’enfant pourra venir) installe l’autre monde (le généalogique, le social, le naturel, l’animal, l’originaire, le stellaire, le mythique) en amont de la naissance.
La naissance est la seule dimension archaïque du temps. La seule date par laquelle l’après coup déchirant du temps surgit, opposant au sein du langage le passé invisible (le mort) et l’avenir sans langage (l’enfant). Il n’est d’avenir que retirer naissance." (p. 234)
239
Il n’y a pas que le savoir qui se soit accru : l’ignoré à proportion.
Toute lumière entoure l’espace qu’elle éclaire de l’ombre qu'elle produit." (p. 239)
Quatrième de couverture
« Il y a vingt ans j'ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu'à l'aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C'était peut-être un signe de carence mais cela m'excitait. C'est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n'est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l'évolution humaine : c'est le petit effort d'une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. »
Critiques
Le temps (citation fulgurantes, citations troublantes) ;
