Une lecture difficile qui exige de l'attention et une culture (que je n'ai pas), mais dont je ne sais me détacher. Faute de comprendre, j'apprends et je note...
"C’est ainsi que, comme le désir, le rêve, le fantasme, le fantôme, l’art est à jamais figuratif. Tout le reste n’est que décoratif. Ornement, garniture, ameublement, habillage, séduction, joliesse, confort." (p.40)
"Il est vrai que des suites d’images ont précédé pendant des millénaires les langues dans les crânes des hommes de jadis." (p.50)
"Il est vrai que les rêves et la conscience se sont opposés progressivement comme l’avers et le revers d’une pièce métallique chez les hommes plus récents" (p.51)
"Dès sa naissance la peinture est un culte du perdu." (p.67)
"Comme tous les systèmes de signes, les arts sont plus assujettis à l’opposition linguistique qu’à l’évolution biologique, les formes artistiques n’évoluent pas. Elles se transforment en se défiant. Et plus encore - en s’opposant - elles opposent leur opposition, haïssant le visage qui se reflète dans celui qui le précède. C’est sans fin. Mais ce « sans fin » est désorienté et non pas historique. Il est aoristique. L’art ne chemine nulle part et vert rien. Il se déchire sans fin." (p.67)
"Parce qu’on peut résumer le contenu du mot vérité comme un désir qui s’est convenu à l’intérieur d’une phratrie ou d’un gang, que sa production est un sacrifice, sa naissance un meurtre, son dessin pouvoir. Le signe de son ère une crucifixion. Ou encore une décapitation." (p.83)
Sans cesse, en croyant à la vérité, nous laissons passer et grandir la cruauté d’un Dieu. (p.109)
"On conserve dans la langue ce prénom de Renard et désormais « goupil » s’effaça comme une brume." (p.115)
pp. 122-3 … Deux pages à relire …Quatrième de couverture
pp. 142–3 ... Idem
pp. 160–1 ... Idem
"Il écrivit que la lumière qui rayonnait dans le monde était l’ombre que faisait Dieu." (p.164)
p. 182 ... Idem, mais une seule...
"Ni collectif ni individuel ni biographique ni religieux ni culturel ni historique est le projet de l’art." (p.186)
"Voici mon théorème. Je pense que c’est le désir sexuel qui retient leur à l’intérieur de la figuration." (p.195)
"Quand la présence fascinante c’est exercée sur toute la surface de la toile, la toile est fascinée ; elle est transie, engourdie, achevée ; celui qui la voit n’en sort plus. Son silence est à couper au couteau." (p.215)
"Les formes qui précèdent réservent à chaque forme neuve accueil épouvantée." (p.219)
"Désirez une forme qui passe à l’état informe, ne pas être effarouché par la mort, quitter le groupe, accepter une vision neuve sont liés." (p.222)
"J’ai en vue, dans la genèse de l’image involontaire qui habite la perception, qui meut le voir, à mi-chemin du fantasme et du rêve, que je cherche à méditer, une espèce de point antéoriginaire." (p.228)
"Qu’est-ce que je cherche, tome après tome, dans Dernier Royaume ? Une autre façon de penser à la limite du rêve. Une façon de s’attacher au plus près de la lettre, à la fragmentation de la langue écrite, et d’avancer en décomposant les images des rêves, en désordonnant les formes verbales, en exhumant les textes sources. Quelle étrange falsification a lieu dans le rêve ? Dans le dessin qui naît sous les doigts ? Dans le langage qui gémit ? Dans la pensée qui hallucine ? Dans la musique même ? Quel est ce mystérieux fantôme ou appelant ?Critiques
Ce dixième tome de Dernier royaume n’a qu’un sujet : le faux qui fait le fond de l’âme. Le fond de l'âme hallucine. Le langage dédouble ses fantômes. Tous les arts élèvent des mondes faux. Même la dépression est un rêve.
L’art dès son origine témoigne activement d’un passé présent : d’un rêve actif qui passe les générations et remanie ce qu'il fait revenir. L’art de la préhistoire est une référence fondamentale pour toutes les populations humaines actuelles. C’est le véritable patrimoine. Ce sont peut-être même les seules traces d’un fond universel qui s’est dispersé avec la curiosité territoriale propre à l’espèce et l'éparpillement des langues qui sont impuissantes à offrir d'aussi saisissantes archives originaires au fond des mots dont elles usent."
Télérama (le faux dans l'art) ; La Croix (l'art et le faux, le coq et l'âne) ; Le Monde (la langue, leçon d'ignorance)
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