Acheté gare de Lyon, je crois. Un pamphlet dit-on, le mot est juste, je le cherchais. Le réactionnaire, l'élitiste, le vindicatif, le rageur enragé, je le pardonne. Le mépris, je ne le pardonne pas. Car il est méprisant, cet homme. Il regarde de haut la populace qui, en short et en marcel, va au Louvre. Pourtant sur cette lave atrabilaire flotte parfois des idées ou des remarques pertinentes et intéressantes, c'est peut-être pour cela que je le lis. Pour le défi de prélever dans le flot la phrase que je garderai précieusement pour y penser encore. Cette fois, cette remarque : on ne voit pas se signer devant un Christ en croix une belle âme qui ne manquerait pas de le faire dans la moindre petite chapelle ou devant le premier calvaire venu (je l'écris mieux que lui, mais avec plus de mots).
"Les musées ne ressemblent plus à rien. La silhouette du nouveau musée d’art contemporain de Metz rappelle à la fois les Buffalo grill qu’on voit le long des autoroutes, un chapeau chinois et la maison des Schtroumpfs. Dans l’élévation d’un musée nouveau musée, on retrouvera souvent, in nuce, dans son mélange de modernité fade et d’emprunts hasardeux, le kitsch qu’on verra envahir l’architecture des mégalopoles, de Las Vegas à Dubaï." (p.18)
"À l’inverse des mots, toujours soupçonnés d’imposer un ordre et de réclamer un sens, l’œuvre d’art, plutôt qu’un savoir à acquérir, posséderait le privilège, le pouvoir, la magie de se livrer sans peine, dans une profusion de significations possibles et contradictoires qui répond au goût contemporain d’abolir les distinction, les hiérarchie et les frontières." (p.54-55)
"Le crâne rasé, les bras tatoué de l’épaule au poignet, un anneau passé aux oreilles, vêtu d’un short court laissant dépasser la couture du slip est d’un marcel découvrant une poitrine poilue et sentant la sueur, c’est homme, la bedaine en avant, attend, avec un millier d’autres, de pénétrer dans les galeries du Louvre. Il semble descendu des planches d’un atlas criminologique du XIXe siècle. Par quel détour a-t-il fini, comme si le siècle écoulé n’avait servi à rien, par ce glisser parmi les néophyte ?" (p.56-57)
"[...] un certain Jeff Koons, dadaïste attardé, qui se plaisait à façonner de petits cochons roses en porcelaine." (p.65)
"En revanche, l’espèce d’adoration perpétuelle à laquelle se livrent les visiteurs du musée devant les images innombrables mais supposées tirer leur valeur d’être des images uniques et réalisées par une main sans pareil (on prend « main » ici comme métaphore de tout organe du corps susceptible de « produire » un objet)–cette vénération poussés jusqu’à la convoitise de ses propres déchets –signe le retour à une idolâtrie, qui n’est plus qu’un culte mortifère des reliques." (p.119)
"Si l’œuvre, une fois reproduite, se voit privée de son aura, l’œuvre déplacée au musée perd son sens. Les musées fonctionnent comme des machines à transformer en faux les œuvres vraies qui y sont admises. Les musées sont des entrepôts de faux où l’on voit sur les cimaises, décolorées et sans destination autre qu’une vague satisfaction esthétique, des œuvres qui avaient jadis la capacité de signifier quelque chose et, en outre, qui nous proposaient le bonheur de servir." (p.121)
"En Occident, le musée désacralise par le seul fait qu’il est amusé. Malraux s’en émerveiller. Point." (p.130)Quatrième de couverture
Promenade d’un amateur solitaire à travers l’art d’aujourd’hui, ses manifestations, ses expressions. Constat d’un paysage saccagé, festif et funèbre, vénal et mortifiant.Critique
Le Figaro (mise en perspective, pour et contre)
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