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6 février 2018

Défense de Prosper Brouillon

Humour caustique et intransigeant, ce bouquin étrille la littérature de la manière la plus redoutable qui soit en recyclant des citations que la sortie de leur contexte ridiculise : "le vestiges de sa queue s'agitaient en tous sens" (quelque part dans le chapitre 7, les pages ne sont pas numérotées), ou encore : "on n'entendait pas siffler le passage du temps" (quelque part dans le chapitre 4). Les critiques en rient encore... La Croix par exemple qui se gausse de la formule : « Un deuil brutal aboie en elle. », on imagine devant telle baliverne ce qu'endure la critique, écrit le critique. En quelques clics on trouve la citation complète :"Petite mort, un deuil brutal aboie en elle à plat ventre sur la paillasse...", et cœtera, ça ne s'arrange pas, bien que ce soit ("le meilleur") de Jean Teulé. Cette recherche m'a égaré du coté de Verlaine : "Alors ce deuil brutal aboie / Et glapit au bord de la mer." (Sagesse 24, L'âme antique était rude et vaine). Verlaine... on pense que Chevillard a voulu se venger de lectures qu'il n'a pas appréciées, ou d'auteurs qu'il n'apprécie pas. Reste un texte roboratif et comique, à la hauteur du grotesque dont l'auteur joue si bien. Dans l'esprit des papiers découpés, ce texte qui ne manque ni d'imagination, ni de poésie, qui tiendrait debout tout seul même si les pièces rapportées n'étaient pas des citations, est plus fort encore que celui de Démolir Nizard où il était déjà question de critique.

En prime un beau livre, bien fabriqué, avec les illustrations pleines pages de Jean-François Martin, en parfait accord avec le récit.

Narquois : je retiens cette citation : "Quand je n'écris pas, c'est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles" (deuxième page du chapitre 5 -- citation tirée de "La grande vie" de Christian Bodin).

Quatrième de couverture
« Ce livre s’adresse aux désespérés, aux nostalgiques convaincus que nous nous essoufflons, que les plus belles pages de notre littérature ont été tournées depuis longtemps et jaunissent derrière nous et qu’il ne reste plus rien à écrire. »

Ce livre se présente à première vue comme une exploration de l’œuvre merveilleuse d’un écrivain répondant au nom de Prosper Brouillon, dans le but d’en faire l’éloge. Mais ce n’est qu’un leurre : il s’agit en réalité d’un féroce réquisitoire contre une certaine littérature institutionnalisée, pantouflarde et satisfaite d’elle-même. Qu’en est-il quand on y regarde de plus près ? Voilà à quoi répond Éric Chevillard dans ce livre aussi jouissif et frais que caustique et assassin. Prosper Brouillon est le nom donné à l’ensemble des écrivains chez qui ont été collectées les phrases, exemplaires, à partir desquelles Chevillard s’est amusé à reconstruire un faux roman délirant. Fruit de la collaboration au journal Le Monde entre Éric Chevillard et Jean-François Martin, qui en illustre le Feuilleton tous les quinze jours, ce livre comprend également une vingtaine d’images qui viennent ajouter un supplément de sens et d’humour à l’ensemble, pour un résultat des plus savoureux.
Critiques
Le Monde (c'est bien dit, moi aussi) ; Le temps (bien dit encore) ; La croix (qui se gausse)