23 septembre 2020

D'un cheval l'autre

Il écrit comme il monte, il raconte comme il met en spectacle, ce livre est un délice de lecture, le chemin est pavé de textes courts, denses, nerveux, élégants. Énergie maitrisée, partagée avec le spectateur qui franchit les lignes pour être au plus près de l'émotion équine, équestre.

205-206 sur le Caravage.

"Nous voici maintenant, d’un même élan tonitruant, déboulant place de l’horloge. Éclairs sur le pavé. Debout sur son galop, crête au vent et lèvres noirs, j’éructe en "skovatch", un poulet égorgé en étendard. Le maître des chevaux, le maître des rats et leurs complices s’inventent un dialecte et assènent leur provocation amoureuse à un public médusé." (p.19)

Le skovatch, la langue des voyageurs, de ces circassiens des temps non encore advenus et pourtant chargés du poids du passé. [lire]

"Plus bas, près d’un étang, le gravelot est le râle d'eau rivalise de vocalises et de trilles. Un petit duc bat la mesure de son cri strident est grave, et le coucou de jouer le contre-point. Tout là-haut, la buse féroce et le busar des roseaux basculent en volutes sous le regard du milan noir qui trace d’interminables circonvolutions en silence. Je les reçois plus que je ne les entends, je suis en eux partout à la fois, singulière sensation de plénitude diaphane." (p.93)

"Y a-t-il une porte pour retrouver le chemin qui mène à l’animal, pour revenir d’où l’on vient et comprendre sans le secours des mots ?" (p.120)

"Peut-être avais-tu trouvé la paix dans cette soumission à l'attache. L’acceptation de la contrainte peut procurer un sentiment de liberté, enlève-la et la peur t’envahit." (p.120)

"Péremptoire, ils occultent le sentiment profond. Un discours aussi fin soit-il, n’aura jamais la délicatesse d’une caresse, ni la profondeur d’un regard." (p.126)  
"N’est-ce pas la sincérité de l’intention qui fait la grâce d’un corps en mouvement ?" (p.295)

Quatrième de couverture

« C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m’évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir, comme sorti d’un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. »  

Critiques

Le Monde (oui, enfin... je n'aurais pas parlé d'animaux) ; 


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