Lecture fascinante, là, dans un recoin de la pièce, le regard glissé par dessus son épaule. Une œuvre classique, Chopin je crois, se fait une raison du crépitement du clavier scandé par les retours charriots. La bouteille n'est pas loin, la pénombre gagne, une femme. Une bouteille et une femme, une cigarette aussi dont la fumée nous cache au regard de Buk. On l'entend penser et lancer ses mots au plus près de ce qu'il en dit. Un métier, parce que l'art est un métier, fait une énergie rageuse, celle de Jésus bousculant les pharisiens et les marchands du temple. Ces lettres déshabillent l'écriture pour livrer la substance d'une vie -- c'est-à-dire d'une âme. Peut être est-ce là l'obscénité de ces lettres, cette transparence comme on dit aujourd'hui, et non leur vulgarité fulgurante et indifférente. Indifférente à ce que nous en pensons. Au fil des lettres on souhaiterait se nourrir de l'énergie de cette sincérité. Ce n'est plus une volonté d'être, Buk est.
Bribes :
« Je ne suis pas un vrai révolutionnaire. Je ne fais que coucher des mots sur le papier. Mais à mes yeux l’idée de remplacer un gouvernement par un autre ne changera pas grand-chose. Il faut d’abord s’attaquer à l’individu. Il faut remplacer l’individu qui prédomine actuellement par un autre genre, ou sinon le rafistoler un peu, dans tous les cas. Et pour ça, je ne sais pas ce qu’il faut. Plus de mots, probablement. Des mots, des mots, des mots, des mots. L’élaboration d’un courant. » (p. 213)
« Et “jouer aux dés avec Dieu” sera la dernière
chose à faire quand l’air sera zébré d’éclairs violets et que les
montagnes ouvriront leurs bouches pour rugir tandis que les fusées
atterriront en enfer. » (p. 41)
Quatrième de couverture
Une anthologie de textes inédits sur l’écriture, le quotidien d’une
véritable légende américaine, icône de la contre-culture. Ces lettres
aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains pour la
première fois publiées, dessinent un portrait intime du grand poète tour
à tour poignant, glacial, iconoclaste et souvent hilarant. On y
découvre le rapport inquiet au travail, l’érudition littéraire, mais
aussi le mordant, l’intransigeance de celui qui a donné voix aux
opprimés et dépravés de la société, dans des phrases mémorables
ponctuées de moments de grâce.
Critiques
Le Devoir (attention, mal traduit) ; Le Monde (au plus juste)