Cette réflexion au plus près de l'émotion apporte plus que tous les récits aussi précis soient-ils. Au-delà de l'imprécision, je ressens le tragique qui est évoqué avec puissance en assemblant les traces et les bribes. Quelque chose comme une peinture impressionniste qui dit la lumière qu'aucune peinture réaliste ne parvient à partager. Une fois ouvertes ces bouteilles à la mer qui enferment des photographies passées, incertaines, floues, d'êtres qui n'ont plus de nom mais une présence, des mots écrits dans l'urgence, des traces de vie, ces bouteilles à la mer livrent leur contenu qui nous submerge. Ce livre change le regard sur le peuple du ghetto de Varsovie qui subit sa destruction dans la souffrance d'une conscience à vif d'une Histoire qui les dépasse. Toutes voies sont explorées pour échapper, une seule le permettra, paradoxalement, celle de constituer le corpus d'une mémoire sans commentaire, sans documentaire, qui parlera plus haut que tout récit. En ancien français, épars est aussi la lumière, l'éclair qui jaillit de l'histoire.
Quatrième de couverture
"Nous avons des nœuds autour du cou. La pression se calme-t-elle un instant, nous poussons un cri. Gardons-nous d'en sous-estimer l’importance. Maintes fois dans l’histoire ont retenti des cris de cette espèce ; longtemps ils ont retenti en vain, et ce n’est que bien plus tard qu’ils ont produit un écho. Documents et cris de douleur, objectivité et passion ne font pas bon ménage. […] Le désir d’écrire est aussi fort que la répugnance envers les mots. Nous haïssons les mots parce qu’ils ont trop souvent servi à masquer la vacuité ou la mesquinerie. Nous les méprisons car ils palissent en comparaison de l’émotion qui nous tourmente. Et pourtant, le mot était jadis synonyme de dignité humaine et c’était le bien le plus précieux de l’homme." (p.56)
"Puisque ce dont nous souffrons se situe, chaque fois, au-delà de l’imagination et de la description, Alors suscitons une multitude d’images et, pour cela, écrivons, décrivons beaucoup" (p.57)
"Une photographie, comme le photogramme d’un film, porte contact et distance à la fois. Les mots « cacher », « tirage », « épreuve » où « planche contact » suffisent à indiquer que la visualité photographique procède, du moins dans le cadre des techniques argentiques, selon quelque chose comme une ressemblance par contact." (p.115)
Quatrième de couverture
C’est le simple « récit-photo » d’un voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie. La tentative pour porter, sur un corpus d’images inédites réunies clandestinement par Emanuel Ringelblum et ses camarades du groupe Oyneg Shabes entre 1939 et 1943, un premier regard.Critiques
Images inséparables d’une archive qui compte quelque trente-cinq mille pages de récits, de statistiques, de témoignages, de poèmes, de chansons populaires, de devoirs d’enfants dans les écoles clandestines ou de lettres jetées depuis les wagons à bestiaux en route vers Treblinka… Archive du désastre, mais aussi de la survie et d’une forme très particulière de l’espérance, dans un enclos où chacun était dos au mur et d’où très peu échappèrent à la mort.
Images de peu. Images éparses — comme tout ce qui constitue cette archive. Mais images à regarder chacune comme témoignage de la vie et de la mort quotidiennes dans le ghetto. Images sur lesquelles, jusque-là, on ne s’était pas penché. Elles reposent cependant la question du genre de savoir, ou même du style que peut assumer, devant la nature éparse de tous ces documents, une écriture de l’histoire ouverte à l’inconsolante fragilité des images
France Info (parfait)

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