Mal écrit, mal foutu, prétentieux. Je préfère Bilal quand il dessine (ou peint). Quoique... Bug n'est pas terrible non plus... j'aimais bien Christin-et-Bilal.
Quatrième de couverture
Quelle est cette main inconnue et surpuissante qui attrape Enki Bilal au
beau milieu de la nuit et le projette sur un lit de camp ? Quel est ce lieu mystérieux et hanté dans lequel il a atterri ? Qui
sont ces créatures, minotaure, cheval ou humains déformés, que
l’artiste rencontre en essayant de trouver son chemin dans ce labyrinthe
sombre et inquiétant ?
Critiques
Le Monde (un résumé qui se garde d'en penser quelque chose)
MARC Comment peux-tu dire, devant moi, que ces couleurs te touchent?… YVAN Parce que c’est la vérité. MARC La vérité? Ces couleurs te touchent? YVAN Oui. Ces couleurs me touchent. MARC Ces couleurs te touchent, Yvan?! SERGE Ces couleurs le touchent! Il a le droit! MARC Non, il n’a pas le droit. SERGE Comment, il n’a pas le droit?
Premier roman, déjà excellent. Tiens, au hasard : "Vieillir ne finit pas" ou encore "mourir suppose des compétences. Je m'y mets trop tard" (p.37) ; de quoi alimenter des sujets de bac. J'écris ces notes après le 20 juin, jour funeste de la naissance d'un chagrin sans limite, pourtant... pourtant, je n'en veux pas à ce livre lu avec légèreté les jours d'avant.
"Sur le front du mort, une mouche aiguise son couteau et sa fourchette, je ne veux pas voir ça" (p.81)
Quatrième de couverture
Monsieur Théo était né pour mourir comme d'autres naissent pour danser
ou pêcher la baleine. L'heure a sonné, enfin, après quatre-vingts ans,
où il va pouvoir donner sa mesure. Chassé de son domicile, il trouve
refuge chez Suzie Plock, veuve de son vieil ami Martial Plock, un
imbécile. Là, il reçoit parfois la visite de Lise, petite complice
délicate de son agonie, qui confond céleri et salsifis comme tout le
monde.
Il m'a fallu attendre la page 177 pour entrer dans l'ouvrage. C'est à ce point que le roman cède et livre un essai dans une forme de récit qui dit que ce Boualem Sensal veut dire et qu'auparavant il masque par une obscure fiction. Jusque là je devine, je suppute, le renifle le sujet qui me semble finalement assez clair mais cette littérature m'ennuie, inutilement sophistiquée. Le problème qui traverse ou sous-tend le texte est extrêmement préoccupant, comment s'en occuper en évitant la guerre, la souffrance, la soumission à un vainqueur -- l'un ou l'autre des deux, la messe n'est pas dire.
Quatrième de couverture
«Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement
désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est
pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs?»
Ute
Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à
Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille
Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre
et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée
par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle «les
Serviteurs», car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la
loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train
qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas.
Et si cette
histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe
les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties
fatiguées?
Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise
de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés,
favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants.
Le populisme, j'aurais ainsi limité le titre, cet essai paraissant proposer une caractérisation du populisme en soit -- le populisme comme concept -- le siècle ne servirait que de révélateur de ces caractéristiques : sacraliser le référendum, rejet des corps intermédiaires, nationalisme et protectionnisme. Je termine cette lecture avec le sentiment de comprendre le populisme autrement que comme un injure ou une caricature. Ce que propose Rosanvallon me permet de comprendre le concept, son danger mais aussi, parce qu'il le propose, les voies d'une solution qui consiste moins à faire face à chercher le changement de ce qui en est la source : l'opposition entre une oligarchie ou une élite, un tout petit nombre, et ceux qui subissent, le plus grand nombre. Les mécanismes qui amènent chacun à se mesurer au pouvoir, en tant qu'individu, soit pour le dénoncer soit pour sortir d'une frustration (manque de reconnaissance, aliénation, ou le pouvoir a glisser vers un ordinaire (le président normal ou people) doivent être compris et désamorcé par la modification de la relation entre gouvernant et gouvernés. Rosanvallon propose un portrait d'un gouvernant qui changerait cette relation : lisibilité, responsabilité, réactivité (à l'écoute, n'est-ce pas ?) La question de la lisibilité est la plus difficile, je pense parce qu'elle est dialectique elle signifie un coévolution de la compréhension mutuelle, et ça c'est une autre histoire et pour Rosanvallon d'autres livres probablement.
A retenir, ces clés : opposition corrompu/vertueux, affirmation de la singularité de l'individu et individualisme, la sacralisation du référendum, le rejet des corps intermédiaires, la défense de la souveraineté nationale et le protectionisme.
"Le troisième indicateur de
mondialisation, outre le développement du commerce international et le
flux de capitaux, et celui des migrations." (p.121)
"C’est le partage d’une même indignation qui devait ainsi constituer pour [Jorge Eliécer Gaitán] le peuple, ce qui permettrait d’en donner une définition extensible
est floue à la fois." (p.138)
"Leur virulente dénonciation de l’oligarchie ne se liait par ailleurs
aucunement à la critique d’un mode de production. D’où la tentation de
ne voir dans les régimes populistes que des réformismes équivoques, in fine
contre-révolutionnaires, alliés de fait du grand capital. Ou de ne les comprendre que comme un phénomène de transition, lié à l’archaïsme
pré-industrielle de l’Amérique latine de ces années." (p.143)
"C’est différents types de démocraties limites permettent ainsi de distinguer
trois figures du retournement des démocratie : l’oligarchie élective, le
totalitarisme et la démocratures." (p.165)
"Les conflits d’intérêts sont ainsi encastrés pour ce qui est décrit
comme le combat véritablement décisif, celui de la vérité et du
mensonge, qui établit une ligne de partage de l’opinion. Les faits et les arguments tendent de la sorte a s'effacer derrière ce qui
est de l’ordre d’une croyance organisatrice des jugements, rendant
difficile tout échange rationnel. C’est sur ce mode que s'opère progressivement une radicalisation de la polarisation des affrontements à
l’âge des populismes." (p.239)
"Ils donnent aussi pleinement sens au fait que le pouvoir n’est pas une
chose mais une relation, et que ce sont donc les caractéristiques de cette
relation qui définissent la différence entre une situation de domination
et une simple distinction fonctionnel, au sein de laquelle peut se
développer une forme d’appropriation citoyenne du pouvoir." (p.251)
Quatrième de couverture
Le phénomène du populisme n’a pas encore été véritablement pensé.
C’est en effet surtout à caractériser sociologiquement les électeurs
populistes que se sont attachés la plupart des livres sur le sujet ; ou à
discuter ce dont il est le symptôme (le désenchantement démocratique,
les inégalités galopantes, la constitution d’un monde des invisibles,
etc.) ; ou encore à sonner le tocsin sur la menace qu’il représenterait.
Cet
ouvrage propose de le comprendre en lui-même, comme une idéologie
cohérente qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie,
de la société et de l’économie. S’il exprime une colère et un
ressentiment, sa force tient au fait qu’il se présente comme la solution
aux désordres du présent. Il est pour cela l’idéologie ascendante du
xxie siècle, à l’heure où les mots hérités de la gauche semblent
dorénavant résonner dans le vide.
L’auteur en présente une théorie
documentée, en retrace l’histoire dans celle de la modernité
démocratique et en développe une critique approfondie et argumentée. Il
permet ainsi d’en finir avec les stigmatisations impuissantes et dessine
les grandes lignes de ce que pourrait être une alternative
mobilisatrice à ce populisme.
Peut-être un essai, assez simple dans son organisation par emboîtements successifs, très divers dans sa forme du poème à la citation, en passant par la liste, les réflexions et les divagations. Très hétéroclite finalement mais plein de charme. Chaque thème est un point de départ pour l'exploration de chemin qui chacun appelle une écriture particulière. Une constante : l'humour et des jeux de mots ou de lettres jusque dans l'espace même de la page.
Je note : "nycthémérale" (p.59) rythme cyclique des nuits et des jours
Reprendre la description et l'interprétation du Saint Jérôme dans son cabinet de travail d'Antonello de Messine (pp.171-173). La lecture m'a rendu curieux du lieu, la découverte m'a fait douter de la description. Perec tient aux descriptions les plus factuelles, précises, dont la limite est la liste de mots pour les choses, cette fois il me semble qu'il a aperçu le tableau mais ne s'y est pas attardé. La mémoire trahi, ce n'est donc plus une espèce d'espace mais une espèce de souvenir. Je reprendrai.
Extrait :
"Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. Je ne
sais plus ce qu’il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu’il y a un
mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c’est
qu’un mur. Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs,
et que s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement. Le
mur n’est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le
sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu’un
support pour le tableau. Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le
regarde plus, je ne sais plus le regarder. J’ai mis le tableau sur le
mur pour oublier qu’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie
aussi le tableau. Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. Il faut
pouvoir oublier qu’il y a des murs et que l’on n’a rien trouvé de mieux
pour ça que les tableaux. Les tableaux effacent les murs. Les murs
tuent les tableaux. Ou alors il faudrait changer continuellement, soit
de mur, soit de tableau, mettre sans cesse d’autres tableaux sur les
murs, ou tout le temps changer le tableau de mur." (p.77)
Quatrième de couverture
« L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène,
ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe,
où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des
fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague
impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça
cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent
nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à
mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le
problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer
(trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre
environnement…), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le
lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais
opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie.
C’est à partir de ces constatations élémentaires que s’est développé ce livre, journal d’un usager de l’espace. »
Cette réflexion au plus près de l'émotion apporte plus que tous les récits aussi précis soient-ils. Au-delà de l'imprécision, je ressens le tragique qui est évoqué avec puissance en assemblant les traces et les bribes. Quelque chose comme une peinture impressionniste qui dit la lumière qu'aucune peinture réaliste ne parvient à partager. Une fois ouvertes ces bouteilles à la mer qui enferment des photographies passées, incertaines, floues, d'êtres qui n'ont plus de nom mais une présence, des mots écrits dans l'urgence, des traces de vie, ces bouteilles à la mer livrent leur contenu qui nous submerge. Ce livre change le regard sur le peuple du ghetto de Varsovie qui subit sa destruction dans la souffrance d'une conscience à vif d'une Histoire qui les dépasse. Toutes voies sont explorées pour échapper, une seule le permettra, paradoxalement, celle de constituer le corpus d'une mémoire sans commentaire, sans documentaire, qui parlera plus haut que tout récit. En ancien français, épars est aussi la lumière, l'éclair qui jaillit de l'histoire.
"Nous avons des nœuds autour du cou. La pression se calme-t-elle un instant, nous poussons un cri. Gardons-nous d'en sous-estimer l’importance. Maintes fois dans l’histoire ont retenti des cris de cette espèce ; longtemps ils ont retenti en vain, et ce n’est que bien plus tard qu’ils ont produit un écho. Documents et cris de douleur, objectivité et passion ne font pas bon ménage. […] Le désir d’écrire est aussi fort que la répugnance envers les mots. Nous haïssons les mots parce qu’ils ont trop souvent servi à masquer la vacuité ou la mesquinerie. Nous les méprisons car ils palissent en comparaison de l’émotion qui nous tourmente. Et pourtant, le mot était jadis synonyme de dignité humaine et c’était le bien le plus précieux de l’homme." (p.56)
"Puisque ce dont nous souffrons se situe, chaque fois, au-delà de l’imagination et de la description, Alors suscitons une multitude d’images et, pour cela, écrivons, décrivons beaucoup" (p.57)
"Une photographie, comme le photogramme d’un film, porte contact et distance à la fois. Les mots « cacher », « tirage », « épreuve » où « planche contact » suffisent à indiquer que la visualité photographique procède, du moins dans le cadre des techniques argentiques, selon quelque chose comme une ressemblance par contact." (p.115)
Quatrième de couverture
C’est le simple « récit-photo » d’un voyage dans les papiers du ghetto
de Varsovie. La tentative pour porter, sur un corpus d’images inédites
réunies clandestinement par Emanuel Ringelblum et ses camarades du
groupe Oyneg Shabes entre 1939 et 1943, un premier regard.
Images
inséparables d’une archive qui compte quelque trente-cinq mille pages
de récits, de statistiques, de témoignages, de poèmes, de chansons
populaires, de devoirs d’enfants dans les écoles clandestines ou de
lettres jetées depuis les wagons à bestiaux en route vers Treblinka…
Archive du désastre, mais aussi de la survie et d’une forme très
particulière de l’espérance, dans un enclos où chacun était dos au mur et d’où très peu échappèrent à la mort.
Images
de peu. Images éparses — comme tout ce qui constitue cette archive.
Mais images à regarder chacune comme témoignage de la vie et de la mort
quotidiennes dans le ghetto. Images sur lesquelles, jusque-là, on ne
s’était pas penché. Elles reposent cependant la question du genre de
savoir, ou même du style que peut assumer, devant la nature
éparse de tous ces documents, une écriture de l’histoire ouverte à
l’inconsolante fragilité des images