4 novembre 2018

L'affaire Arnolfini

Un passionnant délire, peut-être, une enquête audacieuse, qui sait, la découverte d'un tableau sûrement.

Quatrième de couverture
Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous...
Critiques
Daniel Pennac (préface)
Autant qu’aux regards posés sur les tableaux, je suis sensible aux regards saisis par les peintres dans leurs tableaux. Le plus souvent, quand je me souviens d’une toile, ce sont les regards qui me reviennent d’abord. L’impression d’effroi, par exemple, que m’a laissée Le Jugement de Cambyse  ne tient pas au supplice proprement dit (l’écorchement de Sisamnès n’est après tout qu’une leçon d’anatomie parmi d’autres) mais à l’expression du condamné au moment de son arrestation : il ne regarde plus rien !
Voilà ce dont je ne peux me défaire : le regard vidé du condamné. Et ceux des dix-sept hommes qui, présents autour de lui, ne le regardent pas. Comme s’il n’existait déjà plus. Même le soudard qui le saisit par le bras ne regarde pas ce condamné à mort. C’est cette absence générale de regard, cet unanime abandon de l’accusé à sa sidération, qui m’a rendu inoubliable le diptyque de Gérard David, vu par un matin d’automne dans le musée de Bruges.Et c’est ce qui me frappe aussi, chez les époux Arnolfini : ils ne se regardent pas.
Comme Jean-Philippe Postel, je connais les Arnolfini. Moins intimement que lui, mais tout de même. Je les ai rencontrés un après-midi de juin à la National Gallery. Depuis, ils ne m’ont plus quitté. Quand je pense à eux, c’est cette absence de regard qui s’impose immédiatement. Dans mon souvenir, toute la toile s’organise autour de ces regards qui ne se croisent pas. Dès lors, que voient-elles, ces deux solitudes ? À quoi songent-elles ? Et nous, debout seuls devant les époux Arnolfini, que voyons-nous ? Je ne me serais sans doute pas posé ces questions si je ne m’étais moi-même senti observé pendant que je regardais les Arnolfini. Leur voisin de mur – si je puis dire – est L’Homme au turban rouge, selon toute probabilité Jan Van Eyck en personne. Le visage fermé, la bouche sans lèvres, les yeux sévères et scrutateurs, il pose sur chaque visiteur posté devant les époux Arnolfini un regard qui semble demander : Alors, que voyez-vous ? Visiblement, il ne nourrit aucune illusion quant à la pertinence des réponses. Or, depuis 1434, les réponses sont innombrables. On ne compte plus les conférences, les plaquettes, les monologues, les discours mondains et les chuchotements concernant les époux Arnolfini. Aucun ne semble satisfaire l’homme au turban rouge. Il est le seul à savoir ce qui se joue dans cette chambre, entre cet homme et cette femme. Éternisé par lui-même dans son propre cadre, Van Eyck s’amuse – très intérieurement – des interprétations dont pâtissent ses  deux personnages. Cette femme enceinte, ce mari distant, ces mains qui se touchent à peine, ce miroir (en aura-t-on assez parlé de ce qui se voit dans ce miroir !) il a tout entendu, sauf...Sauf ce qu’on va lire ici. Et que j’ai moi-même lu dans un train à grande vitesse, comme on lit un polar, galvanisé par le suspens, avec la même curiosité haletante, vraiment ! Ces pages, que je tournais à toute allure, me démontraient clairement que je n’avais pas vu ce que j’avais vu, que je n’avais rien vu de ce qu’il y avait à voir ! 
La passion que j’ai prise à la lecture de Jean-Philippe Postel tient moins à la description du tableau de Van Eyck (je croyais le connaître bien) qu’au décorticage implacable de toutes ces illusions d’optique que j’appelais mon “souvenir” de ce tableau. En achevant ma lecture je me suis promis de retourner au plus tôt à la National Gallery, pour y retrouver les époux Arnolfini, certes, mais surtout pour chercher sur le visage de l’homme au turban rouge le signe qu’il a, enfin, entendu ce qu’il voulait entendre sur ce tableau où il avait enclos tant de secrets.

Je suis Jeanne hébuterne

Après cela on déteste Modigliani et on se perd en conjecture sur ce que l'amour permet d'endurer.

Quatrième de couverture
Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste «  maudit  », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice - où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie. 
Critiques
euh... rien trouvé...

Être ici est une splendeur

Lire une biographie de peintre, c'est lire comme un aveugle

Quatrième de couverture
Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. 
Critiques
Télérama (la vérité du regard de la femme sur la femme qui peint la femme) ; Le Monde (chemin de l'écriture).

Critique du jugement

Lecture importante, nombreuses notes à reprendre

Quatrième de couverture
 Kant publie Kritik der Urteilskraft en pleine Terreur. Le « pouvoir d’évaluation » – la Beurteilung – plonge ses racines dans la « crainte du regard de l’autre ». Je ne juge plus rien. J’ai jugé pendant vingt-cinq ans (de 1969 à 1994). Puis je me suis désengagé de tous les gages que je recevais des institutions qui m’avaient jusque-là engagé. Alors je n’ai plus eu d’autres ressources que la vente de mes livres. Aussitôt j’ai perdu toute hiérarchie (de nature artisanale) à l’intérieur de ce que j’écrivais et j’ai égaré toute anticipation (plus thématique que technique) dans les lectures que je faisais. Tout à coup, je commençai une étrange vie qui avait totalement renoncé au jugement. On ne trouvera pas ici une critique de la presse, de la télévision, des jurys, des comités de lecture, des cours, des tribunaux, des enfers. On trouvera une critique du jugement.
Critiques
Le Monde (en peu de mots, exactement ce dont il est question, mais en jugeant un peu) ;

9 août 2018

Un si beau diplôme

C'est un récit dont elle aurait pu faire un roman. C'est un récit plus que de la littérature, il en vient un sentiment d'approximation du texte, de maladresse qui rapproche ; une forme assumée de familiarité. Encore une fois on ne trouvera pas les mots pour répondre, lui dire à quel point le colonialisme fait horreur jusque dans sa suffisance vis à vis de ceux qui migrent vers le pays du colon. C'est aussi l'histoire d'un volonté et d'une dignité qui ne se résout pas, protégée par la candeur et la force de l'indignation.

Quatrième de couverture
Comment sauver son enfant d’une mort certaine ? Faut-il, comme le croit le père de l’auteur, faire confiance à l’école afin qu’elle obtienne un «beau diplôme»? Ainsi elle ne serait plus ni hutu ni tutsi : elle atteindrait le statut inviolable des «évolués».
C’est justement pour obtenir ce certificat que l’auteur sera obligée de prendre le chemin de l’exil. Elle passera de pays en pays, au Burundi, à Djibouti puis en France. Tantôt les chances que lui promettait ce précieux papier apparaissent comme une certitude, tantôt elles se volatilisent tel un mirage. Comme le lui avait dit son père, ce «beau diplôme» sera le talisman, toujours source d’énergie, qui lui permettra de surmonter désespérance, désillusions et déconvenues.
L’auteur revient ici à la veine autobiographique, avec ce style fluide, plein d’humour et de fantaisie qui rend passionnant le récit de ses souvenirs, si douloureux soient-ils parfois. 
Critiques
Télérama (maladroit et attachant) ; Jeune Afrique (biographie et témoignage)

La Punition

Un texte simple, dont la simplicité même et le dépouillement de l'écriture disent la vérité. Je ne peux m’empêcher de penser au témoignage de Primo Levi, bien sûr toute proportion gardée mais le fond est là, dangereux, tragique, aux confins de l'enfer dans lequel Primo Levi fut emporté.

Quatrième de couverture
La punition raconte le calvaire, celui de dix-neuf mois de détention, sous le règne de Hassan II, de quatre-vingt-quatorze étudiants punis pour avoir manifesté pacifiquement dans les rues des grandes villes du Maroc en mars 1965. Sous couvert de service militaire, ces jeunes gens se retrouvèrent quelques mois plus tard enfermés dans des casernes et prisonniers de gradés dévoués au général Oufkir qui leur firent subir vexations, humiliations, mauvais traitements, manœuvres militaires dangereuses sous les prétextes les plus absurdes. Jusqu’à ce que la préparation d’un coup d’État (celui de Skhirat le 10 juillet 1971) ne précipite leur libération sans explication.
Le narrateur de La punition est l’un d’eux. Il raconte au plus près ce que furent ces longs mois qui marquèrent à jamais ses vingt ans, nourrirent sa conscience et le firent secrètement naître écrivain. 
Critiques
L'Express (bien sûr) ; Huffington post - Magreb (interview) ;


29 juin 2018

Poésie et photographie

 Lu en 2018, revoir les notes ou... relire

Quatrième de couverture

 C’est directement et parfois profondément que l’activité du photographe influe sur ce que la poésie cherche à être. Et, en retour, les poètes se doivent de comprendre en quoi cette activité consiste et même ne pas hésiter à exprimer des réserves, des inquiétudes ou d’ailleurs aussi leur approbation en présence des formes diverses et peut-être contradictoires que l’acte et les visées du photographe ont prises depuis le daguerréotype, puis Nadar préservant pour nous le regard de Nerval, de Marceline Desbordes-Valmore, de Baudelaire.
Ce petit essai s’attache à un des effets troublants de la première photographie, son introduction d’une pensée du non-être, si ce n’est pas du néant, dans l’univers des images. Mais aussi à un récit qui, de façon figurale, me semble avoir perçu cet effet et visité avec épouvante ses risques, l’extraordinaire La Nuit de Maupassant, une des œuvres hallucinées de ses dernières saisons conscientes.

Critiques

Trop tard...