15 décembre 2018

Aller simple

p.49 - Le récit de quelqu'un (extrait)

L'ancien a gaspillé sa dernière salive pour dire :
maintenant c'est à lui de se souvenir qu'il existe.


p.63 - Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas. 


L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens »


Toujours de Luca est un homme de (bonne) foi.
 Situation étrange, je ne connais pas l'italien, mais j'ai envie de corriger la traduction. Il suffit pour le comprendre de se souvenir que la poésie se lit à voix haute. La traduction ne parait pas avoir le souci de cette vocalité, il semble que cela serait possible sans trahir le sens du texte.

Quatrième de couverture
Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l’épopée tragique d’émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu’à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n’a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : «Le départ n’est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.»
À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires – celui des pas reclus ou encore celui de l’amour sidéré – composent cette ville qu’est le livre de poèmes selon l’auteur. L’espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l’enfermement, l’incarcération d’anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son œuvre : le langage, la guerre, l’Italie, l’amour, et le rire.
Critiques
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24 novembre 2018

Les grandes blondes

Lu il y a quelques années, j'ai oublié l'histoire et les détails, mais je n'ai pas oublié le plaisir de cette lecture. Pour rafraichir la mémoire, cette synthèse sur Wikipedia.

Quatrième de couverture
Vous travaillez pour la télévision. Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde. On l’a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années. Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission. Certes. Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre.
Critiques
L'Express (donne envie de relire)

Là où les chiens aboient par la queue

Une récit au plus près de la biographie, une écriture qui suit un fil complexe (difficile de le lire "au lit"), une famille d'un autre monde que l'on découvre et suit dans son voyage dans l'espace de Morne-Galant en Guadeloupe à Paris en passant par Pointe-à-Pitre, et dans le temps que jalonnent les  générations. Un personnage centrale : Antoine prénom pour égarer les esprits de celle dont le nom de baptême est Apollone. J'ai eu le sentiment de nouer une relation affectueuse avec Antoine, personnalité ouverte, rebelle, magique et d'un pragmatisme à toute épreuve -- par exemple lorsqu'elle établit son commerce improbable dans le quartier du Sacré Cœur.

Quatrième de couverture
Dans la famille Ezechiel, c’est Antoine qui mène le jeu. Avec son «nom de savane», choisi pour embrouiller les mauvais esprits, ses croyances baroques et son sens de l’indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit-Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d’or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l’histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40: l’enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’inéluctable exil vers la métropole…
Intensément romanesque, porté par une langue vive où affleure une pointe de créole, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes.
Critiques
L'usine nouvelle (très juste, fond et style) ;


10 novembre 2018

Le cas du hasard

La discussion entre le biologiste et l'écrivain-poète, est celle du déterminisme induit par la science. L'ADN d'abord qui serait un programme de l'individu, la science en général dont les modèles prétendent à des valeurs prédictives. Nous ne devons pas laisser croire que tout progrès scientifique se réduit à des machines et des engrenages.

Quatrième de couverture
Le cas du Hasard est né de l’envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d’un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d’approfondir la discussion animée d’un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l’ouvrage s’ouvre sur une tentative de définir l’ADN – que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l’écrivain y voit plutôt une prophétie –, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l’étendue des connaissances scientifiques de l’un et de la pertinence du regard de l’autre, est la poésie de l’ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l’univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l’écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.
Critiques
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4 novembre 2018

L'affaire Arnolfini

Un passionnant délire, peut-être, une enquête audacieuse, qui sait, la découverte d'un tableau sûrement.

Quatrième de couverture
Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous...
Critiques
Daniel Pennac (préface)
Autant qu’aux regards posés sur les tableaux, je suis sensible aux regards saisis par les peintres dans leurs tableaux. Le plus souvent, quand je me souviens d’une toile, ce sont les regards qui me reviennent d’abord. L’impression d’effroi, par exemple, que m’a laissée Le Jugement de Cambyse  ne tient pas au supplice proprement dit (l’écorchement de Sisamnès n’est après tout qu’une leçon d’anatomie parmi d’autres) mais à l’expression du condamné au moment de son arrestation : il ne regarde plus rien !
Voilà ce dont je ne peux me défaire : le regard vidé du condamné. Et ceux des dix-sept hommes qui, présents autour de lui, ne le regardent pas. Comme s’il n’existait déjà plus. Même le soudard qui le saisit par le bras ne regarde pas ce condamné à mort. C’est cette absence générale de regard, cet unanime abandon de l’accusé à sa sidération, qui m’a rendu inoubliable le diptyque de Gérard David, vu par un matin d’automne dans le musée de Bruges.Et c’est ce qui me frappe aussi, chez les époux Arnolfini : ils ne se regardent pas.
Comme Jean-Philippe Postel, je connais les Arnolfini. Moins intimement que lui, mais tout de même. Je les ai rencontrés un après-midi de juin à la National Gallery. Depuis, ils ne m’ont plus quitté. Quand je pense à eux, c’est cette absence de regard qui s’impose immédiatement. Dans mon souvenir, toute la toile s’organise autour de ces regards qui ne se croisent pas. Dès lors, que voient-elles, ces deux solitudes ? À quoi songent-elles ? Et nous, debout seuls devant les époux Arnolfini, que voyons-nous ? Je ne me serais sans doute pas posé ces questions si je ne m’étais moi-même senti observé pendant que je regardais les Arnolfini. Leur voisin de mur – si je puis dire – est L’Homme au turban rouge, selon toute probabilité Jan Van Eyck en personne. Le visage fermé, la bouche sans lèvres, les yeux sévères et scrutateurs, il pose sur chaque visiteur posté devant les époux Arnolfini un regard qui semble demander : Alors, que voyez-vous ? Visiblement, il ne nourrit aucune illusion quant à la pertinence des réponses. Or, depuis 1434, les réponses sont innombrables. On ne compte plus les conférences, les plaquettes, les monologues, les discours mondains et les chuchotements concernant les époux Arnolfini. Aucun ne semble satisfaire l’homme au turban rouge. Il est le seul à savoir ce qui se joue dans cette chambre, entre cet homme et cette femme. Éternisé par lui-même dans son propre cadre, Van Eyck s’amuse – très intérieurement – des interprétations dont pâtissent ses  deux personnages. Cette femme enceinte, ce mari distant, ces mains qui se touchent à peine, ce miroir (en aura-t-on assez parlé de ce qui se voit dans ce miroir !) il a tout entendu, sauf...Sauf ce qu’on va lire ici. Et que j’ai moi-même lu dans un train à grande vitesse, comme on lit un polar, galvanisé par le suspens, avec la même curiosité haletante, vraiment ! Ces pages, que je tournais à toute allure, me démontraient clairement que je n’avais pas vu ce que j’avais vu, que je n’avais rien vu de ce qu’il y avait à voir ! 
La passion que j’ai prise à la lecture de Jean-Philippe Postel tient moins à la description du tableau de Van Eyck (je croyais le connaître bien) qu’au décorticage implacable de toutes ces illusions d’optique que j’appelais mon “souvenir” de ce tableau. En achevant ma lecture je me suis promis de retourner au plus tôt à la National Gallery, pour y retrouver les époux Arnolfini, certes, mais surtout pour chercher sur le visage de l’homme au turban rouge le signe qu’il a, enfin, entendu ce qu’il voulait entendre sur ce tableau où il avait enclos tant de secrets.

Je suis Jeanne hébuterne

Après cela on déteste Modigliani et on se perd en conjecture sur ce que l'amour permet d'endurer.

Quatrième de couverture
Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste «  maudit  », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice - où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie. 
Critiques
euh... rien trouvé...

Être ici est une splendeur

Lire une biographie de peintre, c'est lire comme un aveugle

Quatrième de couverture
Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. 
Critiques
Télérama (la vérité du regard de la femme sur la femme qui peint la femme) ; Le Monde (chemin de l'écriture).