17 mai 2010

Le lieu d'herbes

"Le 'lieu d'herbes' est la préservation , à l'époque du conceptuel , du regard  auquel celui-ci a mis fin dans la pratique du monde. Il est donc une part de la mémoire de cette présence qui est la cause en nous de la sensibilité poétique, du projet de la poésie" 
 
Quatrième de couverture
Dans un livre ancien, L’Arrière-Pays, Yves Bonnefoy avait évoqué un fantasme, de nature métaphysique, qu’il croit présent dans beaucoup d’imaginations : existerait aux confins de notre monde un pays qui n’en différerait pas par ses aspects simplement terrestres, « là-bas » les mêmes qu’« ici », mais par la façon dont ses habitants seraient établis dans cette réalité : bénéficiant, par essence ou par accident, d’une aptitude à comprendre, à ressentir, disons à être, supérieure à ce qui nous est accessible, dans nos régions.

   Mais ce fantasme, qu’on peut apprendre à renoncer, n’est pas le seul à occuper dans l’esprit la frange incertaine entre invisible et visible. Et ces deux nouveaux essais sont pour explorer des situations, dans l’espace mental, où à nos pensées ordinaires se mêlent des images, des impressions, qui ne semblent pas avoir place dans leur expérience du monde, aussi bien passée que présente. Où est, par exemple, dans la réalité, ce « lieu d’herbes » ? Que signifie ce « lac au loin » qui hante certaines rêveries ? Pourquoi l’auteur de ces pages a-t-il, au vu de quelques images, le sentiment qu’il fut présent, une fois, dans certains lieux d’Arménie qu’il sait bien qu’il n’a jamais visité ?

   Qu’est-ce qui trouble nos yeux, en ces occasions où ils se portent pourtant sur l’ici et le maintenant fondamental de nos vies ? Qu’est-ce qui, les troublant, peut aussi en aviver le regard ?
Critiques
Nouvelle quinzaine littéraire (aperçu) ; La croix (Yves Bonnefoy, la poésie)

4 mai 2009

Court traité des sensations

Note écrite en 2020... je n'ai pas oublié le décalage entre le titre et ce que j'ai lu. C'est moins un traité que... au fait, un traité c'est quoi ? "Ouvrage didactique qui expose de façon systématique un sujet ou une matière." écrit le dictionnaire du CNTRL. Eh bien, celui-ci n'en est pas un. C'est plutôt l'exposé guidé par la systématique d'un homme de mauvaise humeur, amer et vindicatif. Enfin, Jean Clair poursuivi par une tristesse et une déception qui a des racines très personnelles ; je pense à défaut de génie de François Nourrissier. Jean Clair, lui aussi fait peut-être l'expérience du seuil qu'il ne parvient pas à dépasser. Il se venge. Une petite moisson quand même.
"Spiraculum, c’était aussi l’inspiration divine, c’était l’air soufflé  par les dieux. On disait même chez Latin, d’un tableau très ressemblant, qu’il « respire », comme s’il était vivant, Spirat tabella. Respirer l’amour, c’était inspirer l’amour à tout ce qui approche." (p.36)

"Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu’elle nous comble. Mais quelle vide en nous remplit-elle qui était là déjà, et que nous n’avions pas mesuré ? Que pense-t-on peut-on dire du parfum d’une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n’a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d’autant plus fortement peut-être que, contrairement à l’insecte, nous trouvons en lui un univers totalement libéré de la nécessité. Pourquoi cette entente, cet accord silencieux ? Le corps possède-t-il des récepteurs réglés sur des odeurs, sensible à certains tons, accordés à des sons, comme il l'est à des drogues, ou à des stupéfiants ? De quelle harmonie est-il le temple qui, si nous étions un peu plus sûrs de nous et plus attentif aux sensations qui nous traversent, au lieu de si souvent nous en défier, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux." (pp.103-104)

"Et ce n’était que tout récemment, quelques secondes au regard de cette longue évolution, que l'art s’était dégradé jusqu’à n’être plus que ce qu’on entendait désormais par ce mot, une gesticulations erratique de désœuvrés, détachée à la fois de la religion qu’il avait servie, et des rituels destinés à nous protéger des morts qui avait provoqué sa naissance." (p.187)
Et une petite perle que je reprends avec mes mots : l’existence au fond, c’est ce qui s’étend de la fin de l’enfance jusqu’au début de la vieillesse (se mots p.163)


Quatrième de couverture
«Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu'elle nous comble. Mais quel vide en nous remplit-elle ? Que peut-on dire du parfum d'une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n'a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d'autant plus fortement peut-être que, contrairement à l'insecte, nous trouvons en lui un univers libéré de la nécessité. De quelle harmonie le corps est-il le temple qui, si nous étions un peu plus sûrs de nous et plus attentifs aux sensations qui nous traversent, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux ?»
Ce livre, écrit dans la tradition de l'érudition libertine, recherche les traces d'un certain savoir fondé sur les sens. En une suite de digressions apparemment capricieuses, créant tout un réseau d'échos entre chaque thème, il chemine, de la statue de marbre de Condillac aux cires de la Specola de Florence, du clavecin de Diderot à un sex-shop de la rue Saint-Denis, d'une gravure de Rembrandt à une peinture de Vermeer. C'est bien de rencontres qu'il s'agit, dessinées comme «en passant» d'un trait lumineux. C'est aussi un roman d'apprentissage, où l'auteur retrouve une identité et un nom.
Critiques
Revue des deux mondes (interview)

18 mai 2007

Le lecteur

Des notes pour poursuivre la réflexion, que penser de la lecture... du besoin de lecture...
"Ce qui n’écrivent pas, qui pourtant auront passé leur existence dans les livres, qui connurent pour toute passion, pour profession aussi, cette sorte de stupeur que la lecture provoque, que le néant, les chimères rétribuent, qui intime au silence, sont peut-être seuls parmi nous dont la mention doive faire défaut. Que l’oublie les préserve !" (p.19)
"Néanmoins vos objection tombent si vous considérez plus simplement qu’un livre n’est autre qu’un lecteur ; que qui le lit le lit ; écrire un livre c’est écrire un lecteur ; que le premier auteur ne l’était qu’à la condition d’avoir lu ; qu’il avait tout lu et lu autant que nous et n’était pas plus rassasié ni innocent que nous ; qu'ainsi s’échangent sans cesse, sans arrêter, les 'lecteurs' en 'livres'." (p.48)
"Les premiers cris d’enfants lisent déjà en les criant des traces plus anciennes et terribles que les plus anciennes écritures attestées." (p.82)
"Puis le langage prenant le pas sur tous les êtres et les choses et les rêves que le monde contient, soulevant dans cet échange ruineux un sentiment plus apeurant que la peur, l’absence se substitua aux rencontres. L’absence que porte le langage envahit jusqu’aux emplois très matériels qu’il firent des phrases quotidiennes. Présent, il ne se supportèrent plus." (p.90)

"Entendez-vous ce rire ?
C’est plus que ne sait dire le dire. Le rire rompt le silence comme il rompt le langage." (p.96)

"Le livre tient en haleine, il noue la gorge, il fait battre excessivement le cœur, il pâlit ou enfièvre la face, il arrache les vains sanglots, il creuse les traits immobiles du visage, il tort le centre du ventre, il gonfle le sexe, et donnant cours à toutes émotions et à tous simulacres il fait que le corps se lézarde, cours à ruine. Il fait qu’il s’étiole et frémit. Tremble. Qu’il disparaît." (p.104)

"Ah lecteur. Comprendrez-vous que vous décidant pour de bon à arracher ces pages jusqu’à la dernière de ces pages, et coupant court à cette rhétorique de miroir ou nul reflet franchement ne s’inscrit ni de moi ni de vous pour user de métaphores encore–bref, une fois dépouillés de ces pages et soudain face-à-face–, nous nous tairions?
Nous nous tairions l'un et l’autre debout, sans rivaux, immobiles dans le froid et le sombre et l'étroit espace de la chambre ?
Nous nous tairions, sous l’emprise d’une joie comme intolérable et dépourvue d’images ou de désirs ; nous nous tairions, lecteur sans livres, en rupture de lecture, hors de nous, au sein d’une taciturnité forcément innommable." (p.132)
Quatrième de couverture
Un récit dont les protagonistes sont le narrateur et un personnage disparu, auxquels il faudra sans doute ajouter le lecteur de ce livre dont le sujet est le pouvoir destructeur de la lecture. Car lorsque le narrateur s'interroge sur la disparition mystérieuse de ce personnage, nous devons comprendre qu'il s'agit de la sienne propre, et aussi de la nôtre. En effet, en lisant un livre, nous nous abandonnons tous à une sorte de jeu mortel où la personnalité s'abandonne et se perd.
Tel est le point de départ original de cette haute méditation sur la lecture, et ses effets ambigus. Mais cette réflexion est menée à travers une œuvre qui finit par constituer elle-même une aventure poétique et romanesque, le roman du lecteur dévoreur et dévoré. 
Critiques
La Croix (le récit d'un lecteur, interview)

11 juillet 2002

Le magot de Momm

Roman 3.5/5

Quatrième de couverture

Depuis la mort de son mari, Nann vit avec ses filles (Lili, seize ans, et les jumelles, dix ans) chez sa mère, Momm.
Dans cette maison, les hommes ne font que passer et, en passant, secouent : l’ouvrier qui travaille au noir, ou l’expert officiellement chargé de mettre de l’ordre dans ce que Nann appelle ses finances. Quant à Lili, elle emporte le magot de Momm pour s’enfuir avec Dan sur un petit scooter, et elle voudrait que ce soit pour toujours.

Critiques 

L'express (a aimé) ; Le temps (résumé)

25 décembre 1988

Une brève histoire du temps

Un livre que j'ai lu lors de sa sortie. Je l'ai relu lorsque Quentin s'est passionné pour ces thèmes. J'ai la plus grande difficulté à comprendre, contrairement à des collègues qui à l'époque l'avaient lu le temps d'un aller-retour Lyon-Paris. La langue est simple mais précise, pas vraiment une vulgarisation plutôt un exposé scientifique à hauteur de lecteur "cultivé". Eh bien, je dois reconnaitre la minceur de ma culture. Par exemple, je comprends le concept mathématique de surface sans bord, pas en physique. L'idée de trou noir sans bord m'échappe, comme l'essentiel de la physique quantique. Moins une chose me reste, à la seconde lecture, la structure de la constante de Planck. Probablement mon professeur en MGP n'avaient-il pas pris la peine d'autre chose que d'affirmer son existence. Cela ne m'a pas empêché d'utiliser l'équation de Schrödinger et de rêver le monde quantique.

Quatrième de couverture

Premier livre de Stephen Hawking écrit à l’intention du non-spécialiste, succès incontournable dès sa parution, Une brève histoire du temps présente dans un langage simple et accessible les développements contemporains de l’astrophysique.
Retraçant les grandes théories du cosmos, de Galilée et Newton à Einstein et Poincaré, racontant les avancées prodigieuses de la recherche sur l’espace et le temps, expliquant la nature des trous noirs, il propose de relever le plus grand défi de la science moderne : la quête d’une théorie unitaire unifiant la relativité générale et la mécanique quantique.

Critiques 

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