Note écrite en 2020... je n'ai pas oublié le décalage entre le titre et ce que j'ai lu. C'est moins un traité que... au fait, un traité c'est quoi ? "Ouvrage didactique qui expose de façon systématique un sujet ou une matière." écrit le dictionnaire du CNTRL. Eh bien, celui-ci n'en est pas un. C'est plutôt l'exposé guidé par la systématique d'un homme de mauvaise humeur, amer et vindicatif. Enfin, Jean Clair poursuivi par une tristesse et une déception qui a des racines très personnelles ; je pense à défaut de génie de François Nourrissier. Jean Clair, lui aussi fait peut-être l'expérience du seuil qu'il ne parvient pas à dépasser. Il se venge. Une petite moisson quand même.
Quatrième de couverture
"Spiraculum, c’était aussi l’inspiration divine, c’était l’air soufflé par les dieux. On disait même chez Latin, d’un tableau très ressemblant, qu’il « respire », comme s’il était vivant, Spirat tabella. Respirer l’amour, c’était inspirer l’amour à tout ce qui approche." (p.36)Et une petite perle que je reprends avec mes mots : l’existence au fond, c’est ce qui s’étend de la fin de l’enfance jusqu’au début de la vieillesse (se mots p.163)
"Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu’elle nous comble. Mais quelle vide en nous remplit-elle qui était là déjà, et que nous n’avions pas mesuré ? Que pense-t-on peut-on dire du parfum d’une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n’a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d’autant plus fortement peut-être que, contrairement à l’insecte, nous trouvons en lui un univers totalement libéré de la nécessité. Pourquoi cette entente, cet accord silencieux ? Le corps possède-t-il des récepteurs réglés sur des odeurs, sensible à certains tons, accordés à des sons, comme il l'est à des drogues, ou à des stupéfiants ? De quelle harmonie est-il le temple qui, si nous étions un peu plus sûrs de nous et plus attentif aux sensations qui nous traversent, au lieu de si souvent nous en défier, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux." (pp.103-104)
"Et ce n’était que tout récemment, quelques secondes au regard de cette longue évolution, que l'art s’était dégradé jusqu’à n’être plus que ce qu’on entendait désormais par ce mot, une gesticulations erratique de désœuvrés, détachée à la fois de la religion qu’il avait servie, et des rituels destinés à nous protéger des morts qui avait provoqué sa naissance." (p.187)
Quatrième de couverture
«Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu'elle nous comble. Mais quel vide en nous remplit-elle ? Que peut-on dire du parfum d'une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n'a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d'autant plus fortement peut-être que, contrairement à l'insecte, nous trouvons en lui un univers libéré de la nécessité. De quelle harmonie le corps est-il le temple qui, si nous étions un peu plus sûrs de nous et plus attentifs aux sensations qui nous traversent, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux ?»Critiques
Ce livre, écrit dans la tradition de l'érudition libertine, recherche les traces d'un certain savoir fondé sur les sens. En une suite de digressions apparemment capricieuses, créant tout un réseau d'échos entre chaque thème, il chemine, de la statue de marbre de Condillac aux cires de la Specola de Florence, du clavecin de Diderot à un sex-shop de la rue Saint-Denis, d'une gravure de Rembrandt à une peinture de Vermeer. C'est bien de rencontres qu'il s'agit, dessinées comme «en passant» d'un trait lumineux. C'est aussi un roman d'apprentissage, où l'auteur retrouve une identité et un nom.
Revue des deux mondes (interview)
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