21 juin 2019

Pas dupe

Un roman policier... ou peut-être autre chose. Le texte ne paie pas de mine, la lecture file sans effort. Il s'est passé quelque chose, il se passe des choses. Les indices s'accumulent sans donner de direction ferme. Puis, alors que l'on s'approche de la fin, on imagine l'impassable. Peut-être l'avait-on imaginé mais sans véritable conviction. Ainsi donc, c'est lui... excellent roman qui vaut une série noire -- une obscure clarté se substitue efficacement à la noirceur du roman policier.

Quatrième de couverture
On retrouve le corps de Tippi, la femme de monsieur Meyer parmi les débris de sa voiture au fond d'un ravin. L'inspecteur Costa enquête sur ce drame : accident ou piste criminelle ? Monsieur Meyer se plie aux interrogatoires de l'inspecteur, ce qui n'est pas de tout repos, d'autant qu'il n'est pas dupe.
Critiques
Le Monde (un faux air de Columbo) ; La Croix (il faudra que j'en lise d'autres)

7 avril 2019

Le tour de l'oie

Une autobiographie qui n'a rien de l’hagiographie ni de procès, pas de complaisance ni d'autoflagellation. Le fils est là pour y veiller. Fils de fiction, réalité virtuelle mais pas tant que cela par ce que « Les mots, mon fils, n’inventent pas la réalité, qui existe de toute façon. Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et ainsi la révèle. Les mots sont les instruments des révélations. » À ne pas vouloir donner de leçons, Erri de Luca en donne une magistrale à tout parent, et au fond à chaque lecteur en l'autorisant à penser sans modèle parce que la vie c'est difficile, qu'il n'y a pas de bonne vie, qu'il ne faut pas s'expliquer mais ce prendre pour ce que l'on est et offrir cette réalité comme preuve d'utilité et de fécondité de la sincérité. Ceux ou celles qui ont un enfant seront émus par les derniers mots, et trouveront le moyen de les reformuler pour dire comment se passe le relai lorsque l'enfant n'est pas une fiction, lorsqu'on le quitte mais que l'on veut rester sans s'imposer c'est à dire accepter ce qu'il sera alors que sa vie nous échappe, alors que la vie s'échappe.
« Que se passe-t-il, mon fils ? Tu sors ?
Je t’accompagne à la porte et où vas-tu cette nuit ?
Je ne sors pas, je rentre. Je retourne dans ton espace, dont je suis sorti parce que tu m’as fait de la place.
Je rentre dans ton corps.
Regarde ma main, elle s’approche de la tienne. Je te touche et, tu vois ? Ma main disparaît dans la tienne.
Voilà mon bras et le reste de moi-même qui se résorbe en toi. J’y suis presque, il n’y a plus que les yeux.
Ferme les yeux, s’il te plaît.
»
Quatrième de couverture
« Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles.
Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir.
Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même.
Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain. »

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.
Critiques
Atlantico (très juste)

25 mars 2019

La guerre des pauvres

Une retour sur le passé à l'ère des gilets jaunes. Fortuit, probablement pas, le dépôt légal est daté de janvier 2019. L'écriture est au plus près du récit, les phrases portent la révolte ancienne, éternelle et vaine peut-être parce que toujours recommencée. Un texte fort, rapide mais qui ne se lit pas comme une dévoration.
"Thomas Müntzer lisait la bible", alors traduite en allemand. Il y a là une différence essentielle avec les Gilets jaunes, il n'y a plus de texte, il n'y a plus de pensée qui transcende l'action, ou de penseur qui la transcende pour créer l'espoir d'un horizon. La satisfaction des revendications sous-jacentes à  l'action ne suffit pas à épuiser les raisons qui les font s'imposer.

Quatrième de couverture
1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.
Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs.
Critiques
Télérama (résumé) ; France culture (des mots de Vuillard qui se laisse embarqué) ; Le Figaro (livre pour comprendre les gilets jaunes)

24 mars 2019

L'explosion de la tortue

Pensée et langage, bien plus qu'une histoire, une écriture. Un truc surréaliste qui laisse baba, la perfection technique, l'intelligence des mots et de leur vie propre qui joue avec le narrateur et l'envoie explorer des chemins improbables, tortueux parfois. Et pourtant ce ne peut être que très travaillé, très construit, c'est donc autre chose. Le texte c'est aussi la mise en page, le co-texte, Chevillard en joue encore.

Quatrième de couverture
Les tortues de Floride élevées en aquarium ne sont pas tout à fait des cailloux. Elles ont donc besoin d’eau et de nourriture pour vivre. C’est ce que découvre le narrateur de cette histoire, de retour chez lui après un mois d’absence. Il croyait la sienne plus endurante, mais la carapace décalcifiée de la petite Phoebe se fend sous son pouce. Par ailleurs, alors qu’il s’employait à réhabiliter en la signant de son nom l’œuvre de Louis-Constantin Novat, écrivain ignoré du XIXe siècle, cette généreuse initiative se trouve soudain menacée. Or la forêt des mystères n’abrite pas que des crimes : les deux mésaventures pourraient bien être liées.
Critiques
Télérama (le narrateur dans son délire) ; Le échos (un modèle de style et d'humour absurde)

10 mars 2019

Sérotonine

J'aurais pu ne lire que les cent dernières pages, voire même le dernier paragraphe. Quoique le genèse permette de comprendre l'apocalypse, enfin... le dernier paragraphe, sujet de Bac. Mais pas de regrets, tout cela est fichtrement bien écrit.

Quatrième de couverture
 «Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq.
Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.
Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.
Critiques
Télérama (une admiration sans épaisseur) ; Causeur (ce n'est pas seulement un roman décadent) ; Le Parisien (un roman d'amour)

26 février 2019

Réunion 2029

Il n'y a pas si longtemps, j'ignorais la signification de "dystopie". Eh bien, en voici un exemple. Un livre assez mal écrit (l'éditeur n'a pas lu), dont la mise en page est lourde (probablement de l'auteur). Un texte qui passe à coté de son sujet par ses excès de narration et de noirceur. Pourtant... je l'ai lu jusqu'au bout (mais en sautant quelques lignes vers la fin). Il n'est pas clair qu'il y ait des leçons à tirer, sinon qu'une fois les fauves lâchés il est difficile de les contenir, même si ce ne sont que des personnages de fiction. J'avais décidé d'acheter ce livre avant d'aller à La Réunion, je ne l'ai trouvé qu'après l'avoir bien cherché... au-début des émeutes, une phrase assez juste fait penser aux gilets jaunes. Je n'ai pas noté la page, dommage, c'était bien tourné.

Quatrième de couverture
La Réunion, une île inconditionnelle plantée au milieu de l'océan Indien. Imaginez que, pour une raison X ou Y – et elles ne manquent pas en ce moment (conflit mondial généralisé, effondrement boursier d'une ampleur sans précédent, pandémie fulgurante et incontrôlable...) – ce bout de France austral se retrouve soudainement coupé du monde et livré à lui-même. La situation n'a rien d'improbable, elle a déjà eu lieu durant la seconde guerre mondiale et la situation sanitaire et sociale était catastrophique, la famine s'était installée. Qu'en serait-il demain alors que nous serons un million et que nous avons perdu les traditions liées à la terre ? C'est cette question ainsi que bien d'autres que pose ce livre d'anticipation sociale. Un livre parfois trash et polémique pour un public averti. 
Critiques
Clicanoo.re (plutôt un résumé); 

15 décembre 2018

Aller simple

p.49 - Le récit de quelqu'un (extrait)

L'ancien a gaspillé sa dernière salive pour dire :
maintenant c'est à lui de se souvenir qu'il existe.


p.63 - Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas. 


L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens »


Toujours de Luca est un homme de (bonne) foi.
 Situation étrange, je ne connais pas l'italien, mais j'ai envie de corriger la traduction. Il suffit pour le comprendre de se souvenir que la poésie se lit à voix haute. La traduction ne parait pas avoir le souci de cette vocalité, il semble que cela serait possible sans trahir le sens du texte.

Quatrième de couverture
Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l’épopée tragique d’émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu’à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n’a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : «Le départ n’est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.»
À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires – celui des pas reclus ou encore celui de l’amour sidéré – composent cette ville qu’est le livre de poèmes selon l’auteur. L’espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l’enfermement, l’incarcération d’anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son œuvre : le langage, la guerre, l’Italie, l’amour, et le rire.
Critiques
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