26 février 2018

Pactum salis

Rencontre de deux hommes, rapprochement des extrêmes du diamètre social pour créer des étincelles dans un réalisme à l'italienne. Jean et Michel, crasse et mocassin, conflits et réconciliation, relation improbable suspendue à un équilibre instable que tout compromet mais toujours se rattrape entre complicité camarade et brutalité de rivaux. Une écriture précise, où le trait d'esprit jamais ne sombre dans le jeu de mots, certaines phrases méritent d'être lues à voix hautes (je ne les ai pas notées), humour, tensions tragiques, un peu thriller parfois, art de la chute. Un bon moment de lecture, le plaisir d'une écriture travaillée avec talent, mais guère plus.

Quatrième de couverture
Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour « réussir ». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit.
Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.
Critiques
Libération (plutôt bien)

11 février 2018

Psychothérapie de Dieu

Écrire que la religion est un phénomène mental est un peu court, l'Homme (la femme y compris) est un phénomène mental sans quoi il n'y aurait que l'être humain.
"L'empathie, socle neurologique et affectif de la morale, n'a pas besoin de spiritualité pour se mettre en place." (p.40)
"L'effet de la croyance en Dieu est bénéfique pour le corps et pour le psychisme, comme le prouve le rétablissement chez les anxieux des sécrétions neurobiologiques et du fonctionnement cérébral, dès qu'ils sont apaisés." (p.41)
"Ce n'est que vers l'age de 4 ans que l'enfant devient capable de faire la différence entre ce qui vient de lui et ce qui vient des autres." (p.51)
"Dès sa naissance, le nourrisson perçoit la brillance des yeux et leurs saccades. A partir du deuxième mois, il reconnaît le visage de sa mère, puis celui de son père. Quand la parole apparaît au cours de la troisième année, la sonorité verbale représente un objet qui progressivement s'éloigne. Vers la septième année, c'est un récit qui provoque des émotions : on pleure parce qu'on nous raconte que maman a eu une enfance malheureuse, on éprouve l'angoisse du vide quand on pense qu'il n'y a rien après la mort, comme un immense gouffre. La parole possède un tel pouvoir d'éloigner les représentations qu'elle élargit le monde mental. D'abord elle désigne les objets du contexte, puis ceux qui ne sont aps là mais dont on sait qu'ils existent ailleurs, puis elle désigne un monde invisible rempli de représentations. Au-delà de l'expérience sensorielle, elle fait exister un monde qui, même lorsqu'il est coupé du réel, provoque d'intenses émotions." (pp.71-72)
"Jusqu'à l'âge de 4 ans l'enfant réponse à ce qu'il perçoit sans se préoccuper de ce que perçoivent les autres. [l'âge de l'opposition] Vers l'âge de 5 ans, quand l'empathie s'est développée, l’enfant devient capable de se décentrer de ses propres croyances pour envisager que d'autres aient d'autres croyances. A 8 ans, le processus est abouti. : il devient capable d'imaginer ce que l'autre imagine. A 12 ans, il explique cette divergence par la différence des personnalités." (p.72)
"Pour accepter l'altérité il faut se penser soi-même comme à nul autre pareil, il faut se sentir fort et personnalisé pour supporter une différence." (p.77)
"La croyance en Dieu participe à la régulation des émotions. Une résonance magnétique fonctionnelle (RMNf) rend visible que l'aire cingulaire antérieure (ACC) qui produit des signaux de détresse en cas de douleur physique ou de conflits relationnels atténue son fonctionnement d'alerte quand le blessé se met en relation avec Dieu par le moyen des rituels de sa religion. Une représentation protectrice  qui apaise et donne sens finit par atténuer la perception de la souffrance." (p.165)
"La spiritualité n'est pas tombée du ciel, elle a émergé de la rencontre entre un cerveau capable de se représenter un monde totalement absent et un contexte culturel qui donnait forme à cette dimension de l'esprit." (p.166)
"La sexualité, la nourriture et la musique composent un ensemble fonctionnel qui structure l'<<être ensemble>>." (p.219)
"La mémoire n'est pas le retour du passé, c'est la représentation du passé." (p.238)

Voir aussi les pages : 135, 146, 164, 172 (démocratie), 182 (sens des statistiques), 183 (spiritualié)
Quatrième de couverture
« Aujourd’hui, sur la planète, 7 milliards d’êtres humains entrent plusieurs fois par jour en relation avec un Dieu qui les aide. Ils sont mus par le désir d’offrir à Dieu et aux autres humains leur temps, leurs biens, leur travail et parfois leur corps pour éprouver le bonheur de donner du bonheur. Méditer, trouver son chemin de vie personnel, éprouver la joie de se sentir vivant parmi ceux qu’on aime – la spiritualité élargit la fraternité à tous les croyants du monde. La psychothérapie de Dieu nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être. Il y a certainement une explication psychologique à cette grâce. Ce livre est le résultat de cette quête. » B. C.

Un merveilleux texte, lumineux, tendre et original sur le rôle majeur que joue l’attachement dans le sentiment religieux.

Un immense sujet, un très grand livre.

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont tous été d’immenses succès, notamment Les Vilains Petits Canards, Parler d’amour au bord du gouffre, mais aussi Sauve-toi, la vie t’appelle
Critiques
La Croix (propos de comptoir...) ; Médiapart (pas sérieux ce bouquin)


6 février 2018

Défense de Prosper Brouillon

Humour caustique et intransigeant, ce bouquin étrille la littérature de la manière la plus redoutable qui soit en recyclant des citations que la sortie de leur contexte ridiculise : "le vestiges de sa queue s'agitaient en tous sens" (quelque part dans le chapitre 7, les pages ne sont pas numérotées), ou encore : "on n'entendait pas siffler le passage du temps" (quelque part dans le chapitre 4). Les critiques en rient encore... La Croix par exemple qui se gausse de la formule : « Un deuil brutal aboie en elle. », on imagine devant telle baliverne ce qu'endure la critique, écrit le critique. En quelques clics on trouve la citation complète :"Petite mort, un deuil brutal aboie en elle à plat ventre sur la paillasse...", et cœtera, ça ne s'arrange pas, bien que ce soit ("le meilleur") de Jean Teulé. Cette recherche m'a égaré du coté de Verlaine : "Alors ce deuil brutal aboie / Et glapit au bord de la mer." (Sagesse 24, L'âme antique était rude et vaine). Verlaine... on pense que Chevillard a voulu se venger de lectures qu'il n'a pas appréciées, ou d'auteurs qu'il n'apprécie pas. Reste un texte roboratif et comique, à la hauteur du grotesque dont l'auteur joue si bien. Dans l'esprit des papiers découpés, ce texte qui ne manque ni d'imagination, ni de poésie, qui tiendrait debout tout seul même si les pièces rapportées n'étaient pas des citations, est plus fort encore que celui de Démolir Nizard où il était déjà question de critique.

En prime un beau livre, bien fabriqué, avec les illustrations pleines pages de Jean-François Martin, en parfait accord avec le récit.

Narquois : je retiens cette citation : "Quand je n'écris pas, c'est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles" (deuxième page du chapitre 5 -- citation tirée de "La grande vie" de Christian Bodin).

Quatrième de couverture
« Ce livre s’adresse aux désespérés, aux nostalgiques convaincus que nous nous essoufflons, que les plus belles pages de notre littérature ont été tournées depuis longtemps et jaunissent derrière nous et qu’il ne reste plus rien à écrire. »

Ce livre se présente à première vue comme une exploration de l’œuvre merveilleuse d’un écrivain répondant au nom de Prosper Brouillon, dans le but d’en faire l’éloge. Mais ce n’est qu’un leurre : il s’agit en réalité d’un féroce réquisitoire contre une certaine littérature institutionnalisée, pantouflarde et satisfaite d’elle-même. Qu’en est-il quand on y regarde de plus près ? Voilà à quoi répond Éric Chevillard dans ce livre aussi jouissif et frais que caustique et assassin. Prosper Brouillon est le nom donné à l’ensemble des écrivains chez qui ont été collectées les phrases, exemplaires, à partir desquelles Chevillard s’est amusé à reconstruire un faux roman délirant. Fruit de la collaboration au journal Le Monde entre Éric Chevillard et Jean-François Martin, qui en illustre le Feuilleton tous les quinze jours, ce livre comprend également une vingtaine d’images qui viennent ajouter un supplément de sens et d’humour à l’ensemble, pour un résultat des plus savoureux.
Critiques
Le Monde (c'est bien dit, moi aussi) ; Le temps (bien dit encore) ; La croix (qui se gausse)

25 janvier 2018

Le choix des mots

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Quatrième de couverture
Du plaisir d’écrire à la joie de vivre, et inversement. Du plaisir des mots au plaisir tout court, et vice-versa.
Le choix des mots est affaire sérieuse. Il signale toujours une certaine forme d’adoption – ou de refus – des choses, d’intelligence ou de mésintelligence de la réalité.
Critiques

Eloge de l'amour

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Quatrième de couverture
" La conviction est aujourd'hui largement répandue que chacun ne suit que son intérêt.
Alors l'amour est une contre-épreuve. L'amour est cette confiance faite au hasard. "
Critiques

La connaissance de l'écrivain

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Quatrième de couverture
Les postmodernes ont érigé la littérature en une sorte de genre suprême, dont la philosophie et la science ne seraient que des espèces. Chacune des trois disciplines aurait aussi peu de rapport avec la vérité que les autres ; chacune se préoccuperait uniquement d’inventer de bonnes histoires, que nous honorons parfois du titre de « vérités » uniquement pour signifier qu’elles nous aident à résoudre les problèmes que nous avons avec le monde et avec les autres hommes.
Une des conséquences les plus remarquables de cette conception a été de détourner l’attention de la question cruciale : pourquoi avons-nous besoin de la littérature, en plus de la science et de la philosophie, pour nous aider à résoudre certains de nos problèmes ? Et qu’est-ce qui fait exactement la spécificité de la littérature, considérée comme une voie d’accès, qui ne pourrait être remplacée par aucune autre, à la connaissance et à la vérité ?
Quelle sorte de savoir trouve-t-on dans un roman, que ni la vie quotidienne ni une étude scientifique ne nous communiquent ? En quel sens peut-on parler de vérité en littérature ? Quels rapports y a-t-il entre la forme d’une œuvre et la connaissance qu’elle nous procure ? Convaincu que la littérature, autant que les sciences, mérite une philosophie exacte, il croise ici les réflexions de philosophes contemporains, comme Putnam et Nussbaum, avec celles de Zola, Henry James et Proust.
Critiques

Les voyageurs du temps

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Quatrième de couverture
 «Je viens du Centre de tir. Quelques bavures pour commencer (fatigue, souffle court), et puis précision. Je ne sais plus quel poète américain a écrit ces deux vers : "Paradis calme/Au-dessus du carnage". C'est mon état d'esprit à l'entraînement. En haut, si j'arrive à penser le moins possible, ciel bleu, calme lumineux. En bas, explosion et larmes.
Je me concentre sur le mot "mot". Je le vois là-bas, dans la ligne de mire. Il respire un peu, il grandit, c'est lui que je vise, que je veux toucher et trouer. MOT. Avec une lettre de plus, c'est MORT. En anglais, ça ferait WORD et WORLD. Je tire sur la mort, je tire sur le monde. Petite plaisanterie, mais qui fait du bien. Ma voisine de stand, Viva, me félicite d'avoir mis dans le mille. Je ne sais rien de ses activités, ni elle des miennes. On se sourit, ça suffit.»
Critiques