14 mai 2017

La nature exposée


Erri de Luca

Un fil m'échappe : la femme (organisatrice de voyages - p.57) -- le retour au village pour un dernier passage qu'elle trahirait (?). La mort du jumeau, effacé par une vague m'échappe aussi. Le roman tient sans l'un ni l'autre, alors à quoi bon ? Ajouter le l'intime ? Ou existe-t-il une clé ? "Je me retrouve dans le gouffre des significations" (p.157 -- lire Mathieu).

Le roman à première lecture assez simple : un passeur, une embrouille avec les compères boulanger et forgeron (p.15). Il prend l'argent du passage, parce que "se faire accompagner a un tarif, chez nous..." (p.13), Redonner cet argent ne change rien à l'affaire, simplement "de l'autre coté de la frontière, je me suis allégé d'un poids". La trahison du principe, l'exil à Naples après la montagne, l’œuvre à restaurer (la nature exposée), initiation de la circoncision ("identification physique entre sujet et auteur" p.75). La sculpture est à échelle humaine (1m80 en allongement forcé - p.81). Le créateur de l’œuvre qui doit être restaurée est mort peu après sa réalisation, en montagne ; en écho peut-être de la mort du jumeau du narrateur. Le narrateur fera se verra confié ce travail pour sa sincérité plus que la compétence avérée (elle serait supposée) : "Mes paumes sont sèches et rêches, c'est un signe suffisant."  La sculpture fait advenir l'artiste, le sculpteur d'abord technicien, humilité et ambition : le sculpteur cherche le vrai dans son propre corps (p.75). Fin du travail dans un élan mystique (évocation d'une histoire hébraïque, le roi et le tailleur - "Tu exécutais ce travail avec orgueil et tu as été repoussé - p.165).

Adam / Aleph Dalet Mem
voir le psaume 44

Lecture assez simple, mais je me perds, je perçois une profondeur mais elle m'échappe. Il faut revenir aux sculptures de Lois Anvidalfarei et peut être aux poèmes de Roberta Dagant.
“Ils les appellent des réfugiés. Pour moi, ce sont des voyageurs d’infortune qui en ont eu trop à la fois” (interview dans Les Inrock). 
"Pour ma part, j'exclus l'intervention divine de mon expérience, pas celle des autres. Avec le tutoiement des prières, des colères, des compassions, je ne peux m'adresser qu'à l'espèce humaine." (p.9)
"L'avantage ne de pas être père, c'est de ne pas avoir un fils qui veuille m'enfermer là-dedans." (p.19)
"Après le parole du crucifié, la poutre devient une rampe de lancement." (p.41)
La miséricorde face à cette figure [...] une impulsion qui fait franchir la distance de spectateur (pp.42-43) En revanche pas de miséricorde pour les passages, "eux demandaient, moi je répondais", une fraternité a suffi (p.43) [...] c'est l'effet que doit produire l'art." (p.44)
" 'Plus qu'un artiste, tu es un créateur'. Quelqu'un qui force les limites en s'écorchant les mains pour ouvrir un nouveau passage. Je comprends que tu dois être humble, mais sans dépasser l’humilité. En fait, tu démissionnes, tu renonces, tu te dérobes au devoir de te faire connaître." (p.47)
"Ils sont effrayés et courageux, insistants et impossibles à arrêter" (p.58).
"Je suis vieux, un compromis entre le corps et son ombre." (p.65)
"L'ébauche d'érection est le détail le plus émouvant de toutes images chrétiennes, le jaillissement de la vie qui s’oppose." (p.70)
"Le crucifix ne doit pas être admiré de loin, il faut le toucher; Il s'agit d'une œuvre qui se révèle seulement sous la caresse." (p.82)
Vertige depuis les balcons des religions, la divinité est en bas (au fond de l'être) pas dans le ciel (p.112)
"Tout en frappant, j'ai l'impression d'enlever de la matière d'une enveloppe en pierre au tour de ma chair. Je sculpte pour retirer un emballage. Sous la croûte de marbre, il y a ma forme. Ces pensées m'aident à ne pas rater mon coup." (p.123)
Quatrième de couverture
«"Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il s’agit de retirer le drapé."
J’examine la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu’en la retirant on abîmera forcément la nature.
"Quelle nature?"
La nature, le sexe, c’est ainsi qu’on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi.»

Dans un petit village au pied de la montagne, un homme, grand connaisseur des routes qui permettent de franchir la frontière, ajoute une activité de passeur pour les clandestins à son métier de sculpteur. C’est ainsi qu’il attire l'attention des médias. Il décide alors de quitter le village. Désormais installé au bord de la mer, il se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, un Christ vêtu d’un pagne.
Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, La nature exposée est un roman dense et puissant, dans lequel Erri De Luca souligne plus que jamais le besoin universel de solidarité et de compassion. 
Critiques
Libération, Les Inrockuptibles,
Biographie
La Vie (interview 1 & 2)

4 décembre 2016

Judas

Amos Oz

Un texte, tresse de deux fils. D'une part l'histoire d'amour d'un homme, d'une femme et d'un homme -- Shmuel, Atalia, Wald. Elle entre les deux, entre les deux hommes et deux temporalités ; leurs présents, leurs parcours. Les tensions sont passions.

"Le récit commence en 1959, dix ans après la création de l’État d’Israël, aussitôt suivie par une guerre, un siège et une interminable pénurie. J’y étais. Je m’en souviens très bien. Jérusalem et la jeune femme sont blessées, déchirées, en colère. Jérusalem a été le théâtre de deux événements symboliques majeurs : le sacrifice d’Isaac (à quoi fait écho dans le livre la mort au combat de Micha, fils de Wald) et la crucifixion de Jésus. Atalia et Jérusalem m’évoquent la note unique d’un violoncelle par une nuit de tempête." (interview dans L'Humanité)

D'autre part, Judas et sa place dans l'histoire de Jésus et celle des relations entre judaïsme et christianisme. Judas, nécessaire à l'accomplissement de la parole et en même temps stigmatisé comme traître.
"Sans Judas, pas de crucifixion, partant, pas de résurrection et pas de christianisme. Jésus aurait pu continuer d’exercer son ministère en Galilée, faire quelques miracles et mourir d’un infarctus à 83 ans. La Galilée alors grouillait de faux mages. Comme aujourd’hui !" (ibid.)
De ce livre, je retiens le roman qui explore les cœurs et leurs confrontations, et la réflexion sur Juda.  Et aussi :
"La tragédie de l'humanité n'est pas que les persécutés, et les opprimés aspirent à s'affranchir et à redresser la tête. Non. Le pire est que les opprimés rêvent de devenir les bourreaux de ceux qui les oppriment. L'opprimé aspire à opprimer. L'esclave à devenir le maître. Comme dans le livre d'Esther." (p.261)

Quatrième de couverture
Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.
C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme. Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald...
Judas est un magnifique roman d’amour dans la Jérusalem divisée de 1959, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion admirable sur les figures du traître, et assurément un ouvrage essentiel pour comprendre l'histoire d’Israël. Un chef-d’œuvre justement acclamé dans le monde entier.
Critiques
Télérama, La cause littéraire

7 mai 2016

Le chat de Schrödinger

J'ai beaucoup oublié (note écrite en 2020), sauf l'intelligence d'une exploitation filée du miracle quantique. L'inconcevable et indicible superposition quantique dont le chat de Schrödinger n'est qu'une de ces  pirouettes didactiques qui ravit les enfants. J'avais pris quelques notes, inspirations au fil de la lecture très inspirées par le texte. En particulier, ce que l'on retrouve dans le critique "parisienne" : la fin était faite de phrases si bien fichues que je pardonne à l’ouvrage sont trop long début. Au fond, il est possible de pasticher l'auteur pour évoquer en peu de mot le sentiment au terme de la lecture : un livre de trouvailles, un livre parfait s'il n’avait pas été écrit. Et un peu de philosophie de comptoir, mais quand même :
- Nous sommes à chacun instant ni plus ni moins que l’un et l’autre. Mais au moment de la rencontre nous sommes celui-là, celle-là, exactement et seulement avec la force de la nécessité.
- La  vie n’est pas assez long pour explorer tout ce qu’elle rend possible.
- Ce que l’on écrit n’est toujours que l’un des récits possible et quand il est, il est nécessaire
Il a manqué à ma lecture une clé essentielle, elle est donc à reprendre. Philippe Forest doit faire  face à la perte de sa fille âgée de quatre ans. Il en faut des livres pour mettre à distance le chagrin, des mots pour le noyer. J'ai acheté le livre sur la foi du titre, le malentendu est absolu.
"Ainsi, du « principe de superposition » propre à la fonction d’onde, on pouvait tirer aussi une assez évidente interprétation psychologique. Dans la boîte d’os du crâne flottaient en suspension les états les plus opposés à la conscience, cohabitant temps que l’on avait la prudence de ne pas les examiner de trop près, et permettant, sans y croire tout à fait, d’accorder foi à une chose et à la chose contraire." (p.168)

"L’histoire n’est « parfaite » que tant qu’elle n’a pas encore pris forme, quelle flotte dans le néant où sont toutes les autres avec elle. La mettre en mots est bien entendu la seule manière de la faire exister. Mais en même temps, cela revient aussi à la saccager. Comme s’il fallait ainsi la sacrifier  afin qu’elle soit." (p.184)

"Et je vois de mes yeux que la terre est plate, je sens dans ma chair que la planète ne pivote pas perpétuellement sur elle-même, qu’elle ne tourne pas comme une toupie à toute vitesse lancée  dans le vide sidéral. Tout me dit qu’il en va ainsi. Et pourtant c’est faux." (p.286)
Quatrième de couverture
«Attraper un chat noir dans l'obscurité de la nuit est, dit-on, la chose la plus difficile qui soit. Surtout s'il n'y en a pas.
Je veux dire : surtout s'il n'y a pas de chat dans la nuit où l'on cherche.
Ainsi parle un vieux proverbe chinois à la paternité incertaine. Du Confucius. Paraît-il. J'aurais plutôt pensé à un moine japonais. Ou bien à un humoriste anglais. Ce qui revient à peu près au même.
Je crois comprendre ce que cette phrase signifie. Elle dit que la sagesse consiste à ne pas se mettre en quête de chimères. Que rien n'est plus vain que de partir à la chasse aux fantômes. Qu'il est absurde de prétendre capturer de ses mains un chat quand nul ne saurait discerner, même vaguement, sa forme absente dans l'épaisseur de la nuit.
Mais Confucius, si c'est de lui qu'il s'agit, ou bien le penseur improbable auquel on a prêté son nom, n'affirme pas que la chose soit impossible. Il dit juste que trouver un chat noir dans la nuit est le comble du difficile.
Et que le comble de ce comble est atteint si le chat n'est pas là.
J'ouvre les yeux dans le noir de la nuit. Des lignes, des taches, des ombres, le scintillement d'une forme qui fuit. Quelque chose qui remue dans un coin et envoie ses ondes ricocher au loin vers le vide qui vibre.» 
Critiques
Philosophie magasine (mélancolie quantique) ; La critique parisienne (critique justement)

6 mai 2016

Lire dans la gueule du loup

Lu en 2016, une lecture difficile d'une auteure que j'ai découverte en suivant les travaux de Transition, puis un séminaire à la Sorbonne auquel j'ai assisté à l'époque. Un essai, en fait, ne devrait pas être lu mais étudié, le crayon à la main. J'ai donc oublié l'essentiel sauf le parfum, celui de la lecture, justement.
"La littérarité, c’est-à-dire la façon dont un texte s’offre purement à la jouissance esthétique sans considération ni de vérité ni de morale, ne renvoie qu’à lui-même et au phénomène de sa propre production verbale : c’est ce qu’on appelle donc l’autotélicité de la littérature, complément de sa littérarité. " (p.29)

Idée : Ne pas chercher exactement la vérité objective des faits mais leur vérité subjective partageable

"La réalité qu’il ne faut pas confondre avec le réel, n’existe pas en dehors du domaine public : seul le domaine public procurerait des repères symboliques fiables, et il constituerait donc le seul espace capable de mettre la réalité en partage." (p.70)

"Les textes nourrissent toujours les fantasmes. Mais certains fantasmes critiques visent à tuer tous les autres." (p.135)

"Comme critique, comme enseignante, j’ai donc la même responsabilité que le metteur en scène." (p.182)

"L’animal humain et sans programme génétique : il ne peut être que constitué par de l’autre (et l’enfance on est la trace définitive). C’est pourquoi il est parlant, mimant, jouant, représentant, apte à entrer dans le transfert–ou à s'écraser, et en écraser d’autres, dans le trauma. Bref, c’est pour cela qu’il a une histoire." (p.220)
Quatrième de couverture
Au constat, aujourd’hui commun, d’une crise de la littérature dans les sociétés démocratiques – alors que celle-ci constituait le cœur de leur culture jusqu’à une époque récente –, nul ne peut plus répliquer par l’aporie de sa définition (pour autant que la littérature ait vraiment existé dans l’histoire), voire par la discipline dont elle est l’objet (histoire littéraire ; sociologie des institutions littéraires ; théorie critique ; rhétorique ; poétique ; stylistique…).
Parler d’elle, c’est défendre une zone mise en danger : celle de sa transmission. Car la littérature ne serait rien sans l’apprentissage premier des histoires que les parents lisent aux enfants, avant que ceux-ci ne deviennent capables de lire seuls, à leur tour.
Nous invitant à changer de point de vue, Hélène Merlin-Kajman s’interroge sur la transmission, partant, sur l’avenir : elle définit l’usage de la littérature qu’il est urgent de promouvoir, sinon d’inventer dans des sociétés fondées sur le respect de l’individu, la valorisation de son autonomie et de sa liberté – de conscience, de sentiment.
Pour quelles valeurs cognitives, esthétiques, voire thérapeutiques, exigées par le citoyen, doit-on restaurer le partage transitionnel – afin que les textes littéraires, aujourd’hui observés par les sciences humaines ou tenus à distance par l’univers des images comme s’ils n’existaient qu’en dehors, tissent à nouveau des liens pour nous
Critiques
Télérama (espace transitionnel)


3 mai 2016

Les derniers jours

Note écrite en 2020... je n'en ai pas un souvenir précis, juste quelques passages notés à l'époque que je recopie ici. Jean Clair a une humeur tristement constante nourrie d'un mépris pour la populace et le mauvais goût -- probablement celui qui n'est pas le sien. Il reste intéressant à lire... sur le moment. Peut être en reprendre des chapitres.
Ces derniers jours ne le sont pas tout à fait,  Jean Clair est toujours là. Triste et amer, sûrement.
"La nuit, quand je suis allongé sur mon lit, le corps débarrasser de son poids, immobile et comme en lévitation sur le drap, les mots naissent un par un sans avoir été cherchés, se précisent, se prononcent, se précipitent dans ma tête. Mais à peine tanté-je de les noter sur un papier, dans l’obscurité, le simple fait de redresser le buste puis de mouvoir la main a suffi à recréer un champ de gravité. Le corps est redevenu pesant et cloue au sol ces vocables légers, précis, parfaits, qui voletaient dans mon esprit, et qui ne bougent plus, et que j’aurai oubliés au matin." (p.22)
"Si l’on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance, aurait écrit le vieux Linné en 1755." (p.65)

"Le terme de « Croûte », dans son sens artistique, apparaît vers 1750,  C’est Bachaumont, je crois, l’auteur d’un Essai sur la peinture, la sculpture et l’architecture en 1751, qui, le premier, l’emploie." (p.111)

"Étonnante image de l’instant qui précède, que représente le Crucifié : vol en chute libre d’un corps nu, qui pend au milieu de la grande nef, suspendu dans le vide au-dessus des fidèles, les deux bras tendus à l’horizontale, le corps dressé sur la pointe des pieds et la tête inclinée pour mesurer la profondeur du temps, figure zénithale d’une palingénésie toujours recommencée." (p187)

"[les] Musées dit "d’art", croulant sous les richesses et sous les populaces, et bien en peine de trouver un sens aux objets dénaturés qu’ils conservent." (p.225)

"Comment ne pas considérer, en retour, que la beauté est la mesure de la vérité et, par conséquent, de la fois ? La laideur, la faute de ton, la vulgarité d’une expression, l’à-peu-près de la formule dans le sermon serai autant de doutes jetés sur elle. On peut même redire–ce que disait Proust–que si les cathédrales sont les plus beaux monuments de l'art d’Occident, c’est grâce à la persistance des mêmes rites et à la rigueur du même dogme : eux seuls vivent encore leur vie intégrale, qui sont restés en rapport avec le but pour lequel ils furent construits." (p.245)

Quatrième de couverture
«J’appartiens à un peuple disparu. À ma naissance, il constituait près de 60 % de la population française. Aujourd’hui, il n’en fait pas même 2 %.
Il faudra bien un jour reconnaître que l’événement majeur du XXe siècle n’aura pas été l’arrivée du prolétariat, mais la disparition de la paysannerie.
Ce sont eux, les paysans, qui mériteraient le beau nom de "peuple originaire" que la sociologie applique à d’improbables tribus. En même temps que les premiers moines, ce sont eux qui ont défriché, essarté, créé un paysage, et qu’ils lui ont donné le nom de "couture", c’est-à-dire de "culture", ce mot que les Grecs n’avaient pas même inventé : une façon d'habiter le monde autrement qu’en sauvage.
Cette classe, dont j'avais tant envié la fortune et l'aisance, et dans laquelle je serai, fût-ce à reculons, entré, cette intelligentsia tant admirée mais surtout dont j'avais redouté l'arrogance, face à ces enfants de bourgeois qui me faisaient une peur de chien quand je les rencontrais, il m'apparaît aujourd'hui qu'elle aura trahi, installée qu'elle est, de par sa propre volonté et par sa propre paresse, dans un exil culturel permanent et profond.» 
Critiques
Le Figaro (réactionnaire assumé)
Sur l'étagère, un multiple (ou une copie) de Jeff Koons, quand même !


20 décembre 2015

Madame H.

J'ai un peu oublié (2022), je ne vais pas en faire toute une histoire, mais j'en garde quelque chose, la très bouffonne rencontre avec de Gaulle (pp. 103-108).

Quatrième de couverture

«Madame H. nous a quittés. Nous voilà veufs. Et s’il n’y avait pas de quoi pleurer?
H. ou l’Histoire avec une majuscule. Notre haschich officiel, depuis des lustres, en France, où la consommation a toujours été plus élevée qu’ailleurs.
Le stupéfiant Histoire, avatar halluciné de l’Histoire sainte, nous a légué autant de héros que de tyrans, de défricheurs que de fossoyeurs.
La fin récente de l’ère chrétienne et progressiste ne nous oblige-t-elle pas à reconsidérer nos rapports avec cette grande puissance d’enthousiasme et d'illusion?
Dans ce récit fantasque à la première personne, où le drolatique le dispute au sérieux, le lecteur pourra trouver à la fois le compte rendu d’une désintoxication et l’esquisse d’un mode d’emploi : comment sortir de l’Histoire sans broyer du noir? Comment changer de civilisation sans verser dans une nouvelle barbarie?
Pour substituer, autant que faire se peut, à une espérance sans gaieté – la perpétuelle attente du Jour des récompenses – quelque chose comme une gaieté sans espérance, un meilleur usage du monde.»  

Critiques

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14 novembre 2015

Je cherche l'Italie

Retour vers le passé, j'écris cette note en février 2022, j'ai largement oublié ce livre ou, sur le moment même, je n'ai pas remarqué l'essentiel, sauf... Fra Angelico et cette touchante Annonce faite à Marie au sommet d'un escalier avant d'aller vers les cellules. Un lumière oblique et douce caressait la fresque. Émouvant, à cet instant j'étais très proche de Yannick Haenel. Ce souvenir m'est précieux.

Quatrième de couverture 

« Ce livre est le récit d'une expérience. J'ai vécu quatre ans à Florence, entre 2011 et 2014. Découverte éblouie d'une ville d'art, entièrement tournée vers ses fresques, ses sculptures, ses églises. Choc simultané de la crise, qui frappe avec violence les Italiens et dévaste leur culture.
En me consacrant à l'Annonciation de Fra Angelico ou au Déluge de Paolo Uccello, je redécouvre la passion politique.
Comment trouver une voie libre, un intervalle dans un monde ruiné?
Éclairage sur les naufrages de migrants à Lampedusa, hommage à saint François d'Assise, journal de lecture de Georges Bataille, ce livre est un récit initiatique : une aventure en temps de crise. » (Yannick Haenel)

Critiques 

Les Inrockuptibles (J'ai oublié que ce livre est politique)