3 mai 2016

Les derniers jours

Note écrite en 2020... je n'en ai pas un souvenir précis, juste quelques passages notés à l'époque que je recopie ici. Jean Clair a une humeur tristement constante nourrie d'un mépris pour la populace et le mauvais goût -- probablement celui qui n'est pas le sien. Il reste intéressant à lire... sur le moment. Peut être en reprendre des chapitres.
Ces derniers jours ne le sont pas tout à fait,  Jean Clair est toujours là. Triste et amer, sûrement.
"La nuit, quand je suis allongé sur mon lit, le corps débarrasser de son poids, immobile et comme en lévitation sur le drap, les mots naissent un par un sans avoir été cherchés, se précisent, se prononcent, se précipitent dans ma tête. Mais à peine tanté-je de les noter sur un papier, dans l’obscurité, le simple fait de redresser le buste puis de mouvoir la main a suffi à recréer un champ de gravité. Le corps est redevenu pesant et cloue au sol ces vocables légers, précis, parfaits, qui voletaient dans mon esprit, et qui ne bougent plus, et que j’aurai oubliés au matin." (p.22)
"Si l’on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance, aurait écrit le vieux Linné en 1755." (p.65)

"Le terme de « Croûte », dans son sens artistique, apparaît vers 1750,  C’est Bachaumont, je crois, l’auteur d’un Essai sur la peinture, la sculpture et l’architecture en 1751, qui, le premier, l’emploie." (p.111)

"Étonnante image de l’instant qui précède, que représente le Crucifié : vol en chute libre d’un corps nu, qui pend au milieu de la grande nef, suspendu dans le vide au-dessus des fidèles, les deux bras tendus à l’horizontale, le corps dressé sur la pointe des pieds et la tête inclinée pour mesurer la profondeur du temps, figure zénithale d’une palingénésie toujours recommencée." (p187)

"[les] Musées dit "d’art", croulant sous les richesses et sous les populaces, et bien en peine de trouver un sens aux objets dénaturés qu’ils conservent." (p.225)

"Comment ne pas considérer, en retour, que la beauté est la mesure de la vérité et, par conséquent, de la fois ? La laideur, la faute de ton, la vulgarité d’une expression, l’à-peu-près de la formule dans le sermon serai autant de doutes jetés sur elle. On peut même redire–ce que disait Proust–que si les cathédrales sont les plus beaux monuments de l'art d’Occident, c’est grâce à la persistance des mêmes rites et à la rigueur du même dogme : eux seuls vivent encore leur vie intégrale, qui sont restés en rapport avec le but pour lequel ils furent construits." (p.245)

Quatrième de couverture
«J’appartiens à un peuple disparu. À ma naissance, il constituait près de 60 % de la population française. Aujourd’hui, il n’en fait pas même 2 %.
Il faudra bien un jour reconnaître que l’événement majeur du XXe siècle n’aura pas été l’arrivée du prolétariat, mais la disparition de la paysannerie.
Ce sont eux, les paysans, qui mériteraient le beau nom de "peuple originaire" que la sociologie applique à d’improbables tribus. En même temps que les premiers moines, ce sont eux qui ont défriché, essarté, créé un paysage, et qu’ils lui ont donné le nom de "couture", c’est-à-dire de "culture", ce mot que les Grecs n’avaient pas même inventé : une façon d'habiter le monde autrement qu’en sauvage.
Cette classe, dont j'avais tant envié la fortune et l'aisance, et dans laquelle je serai, fût-ce à reculons, entré, cette intelligentsia tant admirée mais surtout dont j'avais redouté l'arrogance, face à ces enfants de bourgeois qui me faisaient une peur de chien quand je les rencontrais, il m'apparaît aujourd'hui qu'elle aura trahi, installée qu'elle est, de par sa propre volonté et par sa propre paresse, dans un exil culturel permanent et profond.» 
Critiques
Le Figaro (réactionnaire assumé)
Sur l'étagère, un multiple (ou une copie) de Jeff Koons, quand même !


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