24 mars 2019

L'explosion de la tortue

Pensée et langage, bien plus qu'une histoire, une écriture. Un truc surréaliste qui laisse baba, la perfection technique, l'intelligence des mots et de leur vie propre qui joue avec le narrateur et l'envoie explorer des chemins improbables, tortueux parfois. Et pourtant ce ne peut être que très travaillé, très construit, c'est donc autre chose. Le texte c'est aussi la mise en page, le co-texte, Chevillard en joue encore.

Quatrième de couverture
Les tortues de Floride élevées en aquarium ne sont pas tout à fait des cailloux. Elles ont donc besoin d’eau et de nourriture pour vivre. C’est ce que découvre le narrateur de cette histoire, de retour chez lui après un mois d’absence. Il croyait la sienne plus endurante, mais la carapace décalcifiée de la petite Phoebe se fend sous son pouce. Par ailleurs, alors qu’il s’employait à réhabiliter en la signant de son nom l’œuvre de Louis-Constantin Novat, écrivain ignoré du XIXe siècle, cette généreuse initiative se trouve soudain menacée. Or la forêt des mystères n’abrite pas que des crimes : les deux mésaventures pourraient bien être liées.
Critiques
Télérama (le narrateur dans son délire) ; Le échos (un modèle de style et d'humour absurde)

10 mars 2019

Sérotonine

J'aurais pu ne lire que les cent dernières pages, voire même le dernier paragraphe. Quoique le genèse permette de comprendre l'apocalypse, enfin... le dernier paragraphe, sujet de Bac. Mais pas de regrets, tout cela est fichtrement bien écrit.

Quatrième de couverture
 «Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq.
Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.
Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.
Critiques
Télérama (une admiration sans épaisseur) ; Causeur (ce n'est pas seulement un roman décadent) ; Le Parisien (un roman d'amour)

26 février 2019

Réunion 2029

Il n'y a pas si longtemps, j'ignorais la signification de "dystopie". Eh bien, en voici un exemple. Un livre assez mal écrit (l'éditeur n'a pas lu), dont la mise en page est lourde (probablement de l'auteur). Un texte qui passe à coté de son sujet par ses excès de narration et de noirceur. Pourtant... je l'ai lu jusqu'au bout (mais en sautant quelques lignes vers la fin). Il n'est pas clair qu'il y ait des leçons à tirer, sinon qu'une fois les fauves lâchés il est difficile de les contenir, même si ce ne sont que des personnages de fiction. J'avais décidé d'acheter ce livre avant d'aller à La Réunion, je ne l'ai trouvé qu'après l'avoir bien cherché... au-début des émeutes, une phrase assez juste fait penser aux gilets jaunes. Je n'ai pas noté la page, dommage, c'était bien tourné.

Quatrième de couverture
La Réunion, une île inconditionnelle plantée au milieu de l'océan Indien. Imaginez que, pour une raison X ou Y – et elles ne manquent pas en ce moment (conflit mondial généralisé, effondrement boursier d'une ampleur sans précédent, pandémie fulgurante et incontrôlable...) – ce bout de France austral se retrouve soudainement coupé du monde et livré à lui-même. La situation n'a rien d'improbable, elle a déjà eu lieu durant la seconde guerre mondiale et la situation sanitaire et sociale était catastrophique, la famine s'était installée. Qu'en serait-il demain alors que nous serons un million et que nous avons perdu les traditions liées à la terre ? C'est cette question ainsi que bien d'autres que pose ce livre d'anticipation sociale. Un livre parfois trash et polémique pour un public averti. 
Critiques
Clicanoo.re (plutôt un résumé); 

15 décembre 2018

Aller simple

p.49 - Le récit de quelqu'un (extrait)

L'ancien a gaspillé sa dernière salive pour dire :
maintenant c'est à lui de se souvenir qu'il existe.


p.63 - Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas. 


L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens »


Toujours de Luca est un homme de (bonne) foi.
 Situation étrange, je ne connais pas l'italien, mais j'ai envie de corriger la traduction. Il suffit pour le comprendre de se souvenir que la poésie se lit à voix haute. La traduction ne parait pas avoir le souci de cette vocalité, il semble que cela serait possible sans trahir le sens du texte.

Quatrième de couverture
Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l’épopée tragique d’émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu’à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n’a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : «Le départ n’est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.»
À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires – celui des pas reclus ou encore celui de l’amour sidéré – composent cette ville qu’est le livre de poèmes selon l’auteur. L’espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l’enfermement, l’incarcération d’anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son œuvre : le langage, la guerre, l’Italie, l’amour, et le rire.
Critiques
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24 novembre 2018

Les grandes blondes

Lu il y a quelques années, j'ai oublié l'histoire et les détails, mais je n'ai pas oublié le plaisir de cette lecture. Pour rafraichir la mémoire, cette synthèse sur Wikipedia.

Quatrième de couverture
Vous travaillez pour la télévision. Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde. On l’a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années. Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission. Certes. Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre.
Critiques
L'Express (donne envie de relire)

Là où les chiens aboient par la queue

Une récit au plus près de la biographie, une écriture qui suit un fil complexe (difficile de le lire "au lit"), une famille d'un autre monde que l'on découvre et suit dans son voyage dans l'espace de Morne-Galant en Guadeloupe à Paris en passant par Pointe-à-Pitre, et dans le temps que jalonnent les  générations. Un personnage centrale : Antoine prénom pour égarer les esprits de celle dont le nom de baptême est Apollone. J'ai eu le sentiment de nouer une relation affectueuse avec Antoine, personnalité ouverte, rebelle, magique et d'un pragmatisme à toute épreuve -- par exemple lorsqu'elle établit son commerce improbable dans le quartier du Sacré Cœur.

Quatrième de couverture
Dans la famille Ezechiel, c’est Antoine qui mène le jeu. Avec son «nom de savane», choisi pour embrouiller les mauvais esprits, ses croyances baroques et son sens de l’indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit-Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d’or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l’histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40: l’enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’inéluctable exil vers la métropole…
Intensément romanesque, porté par une langue vive où affleure une pointe de créole, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes.
Critiques
L'usine nouvelle (très juste, fond et style) ;


10 novembre 2018

Le cas du hasard

La discussion entre le biologiste et l'écrivain-poète, est celle du déterminisme induit par la science. L'ADN d'abord qui serait un programme de l'individu, la science en général dont les modèles prétendent à des valeurs prédictives. Nous ne devons pas laisser croire que tout progrès scientifique se réduit à des machines et des engrenages.

Quatrième de couverture
Le cas du Hasard est né de l’envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d’un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d’approfondir la discussion animée d’un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l’ouvrage s’ouvre sur une tentative de définir l’ADN – que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l’écrivain y voit plutôt une prophétie –, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l’étendue des connaissances scientifiques de l’un et de la pertinence du regard de l’autre, est la poésie de l’ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l’univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l’écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.
Critiques
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