7 août 2021

Ecrits intimes

 Sous-titre : quatre esquisses biographiques

 Le réel, c'est toujours autre chose. Clément Rosset aussi. Ces écrits posthumes me prennent à contre-esprit. Des récits plaisants pour leur humour et, si on veut en faire l'effort, pour la réflexion qu'ils peuvent susciter. Mais de Rosset point, à moins de trouver la clé... ou bien, le plaisir intime de l'écriture. Plaisir de la littérature. Le conte au lieu du texte philosophique, un plaisir intime qu'il importait de ne pas révéler avant. Avant la disparition.

Quatrième de couverture

Clément Rosset a voulu publier à titre posthume ce recueil de récits « intimes » où sa personnalité ne transparaît pourtant pas, mais plutôt quelques-unes de ses manies ou celles de ses proches, et surtout son humour.

Critiques

Le Square (c'est mon libraire) ; Le Monde (je lirai les entretiens)

La vengeance m'appartient

Un roman, plus accessible que les précédents. Des personnages et une histoire à hauteur de sentiments qu'ils soient d'horreur ou de tristesse ou de solitude. Il importe peu qu'il  y ait des clés -- des critiques s'en occupent -- ou un sujet -- d'autre le cherche et le manque. C'est une histoire dont chacun tirera quelque chose, même les bordelais. C'est une histoire impossible et proche, on peut en parler. Parlons-en...

Quatrième de couverture

 Me Susane, quarante-deux ans, avocate récemment installée à Bordeaux, reçoit la visite de Gilles Principaux. Elle croit reconnaître en cet homme celui qu’elle a rencontré quand elle avait dix ans, et lui quatorze — mais elle a tout oublié de ce qui s’est réellement passé ce jour-là dans la chambre du jeune garçon. Seule demeure l’évidence éblouissante d’une passion.
Or Gilles Principaux vient voir Me Susane pour qu’elle prenne la défense de sa femme Marlyne, qui a commis un crime atroce… Qui est, en vérité, Gilles Principaux ?

Critiques 

France Inter (beaucoup d'hésitations)

L'homme aux trois lettres

Plusieurs passages à retenir, à suivre

Quatrième de couverture

« Le tome VIII, Vie secrète, se consacrait à la question  "Qu'est-ce que l'amour ?" Le tome IX, Mourir de penser, était consacré à la question "Qu'est-ce que penser ?" Le tome X, L'Enfant d'Ingolstadt, posait la question "Qu'est-ce que la peinture ?"
Le tome XI de Dernier royaume, L'homme aux trois lettres, c'est mon "Qu'est-ce que la littérature ?"
 
C’est ainsi que Pascal Quignard présente ce nouveau tome de Dernier Royaume. Il se pose la question de l’art auquel il a consacré toute sa vie.
Dans la forme « océanique » qui caractérise ces volumes, il explique le bonheur qu’il a retiré de cette passion qui ne s’est jamais démentie.
«  Jaime les livres. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire. J’éprouve de l’excitation à en retrouver le poids léger et le volume à l’intérieur de la paume. J’aime vieillir dans le silence, dans la longue phrase qui passe sous les yeux ».
Cette déclaration ouvre le nouveau merveilleux opus de Pascal Quignard, sans doute le plus autobiographique.

Critiques

 Ouest-France (Mais si, j'aime Quignard) ; 

Marina A

Synthèse ?

"Nos ciels gris ressemblaient à de la neige sale. C’était comme si le jour, découragé à l’avance de se lever, y avait renoncé. Et le soleil avec lui. Dehors, l’air sentait la bougie soufflée." (p.106)

Le ciel de l'auteur était gris, pour se repérer pourquoi pas suivre l'odeur d'une bougie soufflée. Au bout de la quête, une lumière ou un doigt brulé. Je n'ai eu d'yeux que pour Marina, pas vu Paul Gachet. Transparent, il fallait juste passer quelques pages pour s'en tenir à l'essentiel : A.  Ci-contre, le portrait de P. G. par van Gogh. Le regard perdu.

Quatrième de couverture

 À l’approche de Noël 2018, le docteur Paul Gachet emmène sa femme et sa fille à la découverte de Florence. Alors qu’il brûle de leur faire découvrir les Botticelli, les charmes de la vieille ville et du fleuve Arno, leur séjour est perturbé par l’apparition d’une performeuse serbe, Marina Abramovic, à travers les rues de la cité jusqu’aux salles du Palazzo Strozzi. Qui est cette femme soudain omniprésente qui bouleverse tous les repères de Paul Gachet et des siens, malmenant son propre corps pour parler à une humanité sourde et défaillante ?
Chirurgien-orthopédiste, Paul Gachet répugne aux mutilations de l’artiste. Mais il est malgré lui envoûté par son univers qui, s’éloignant peu à peu d’une violence gratuite en apparence, exprime une recherche d’harmonie avec l’autre, en particulier avec son compagnon Ulay qu’elle enlace à l’étouffer avant de nouer sa chevelure à la sienne ou d’exposer son cœur à la flèche de son arc.
Deux ans après cette apparition florentine, Paul Gachet tombe par hasard sur une photo ancienne de Marina A et d’Ulay intitulée L’impossible rapprochement. Prise en 1983 à Bangkok, elle montre deux êtres qui voudraient se toucher mais en sont mystérieusement empêchés et doivent rester à distance l’un de l’autre. Alors qu’éclate la pandémie planétaire, Paul Gachet comprend que les manifestations de cet art étaient une forme d’alerte dont il saisit enfin toute l’importance. Une incitation à protéger l’autre, à refonder nos sociétés sur ces deux petits mots : « après vous ».

Critiques 

France inter (très juste, il y a deux sujets, l'autre échappe)

19 mars 2021

Le démarcheur

L'histoire ne vaut pas grand chose, mais le récit vaut le détour. Entre l'incipit et le mot de la fin, le chemin est semé d'embuches mais venir à bout de chacune est une petite victoire littéraire ; la littérature est d'abord une histoire de mots. L'auteur pratique le dribble et le contre-pied au détour de chaque ligne, le suivre est une gageure. Que voulez-vous dire par là ? Où voulez vous en venir ? Je termine le livre épuisé mais heureux. Sa lecture est une aventure que la quatrième de couverture n'annonce pas.

Quatrième de couverture

Monsieur Bénigne, successeur de son père à la tête d'une importante entreprise de pompes funèbres, ne tarit pas d'éloges sur Monge, leur vieux collaborateur. Grâce à lui, l'affaire est en pleine expansion. Tous les cimetières gagnent du terrain. Démarcheur infatigable, Monge piège le client jusque dans la rue et ne le lâche que lorsqu'il n'y a vraiment plus rien à faire pour lui.

Critiques 

Les critiques sont sans voix ou internet sans mémoire.

12 mars 2021

La Disparition du paysage

Un texte court d'une insondable épaisseur. Le texte absorbe le lecteur, comme un brouillard épais le ferai. La plainte, un vague horizon, le mur monte, la nuit. La nuit sur une vie abîmée. Autre chose est-il possible ? Ce texte me chagrine, la tristesse comme seule issue. A moins, comme la quatrième de couverture, de s'en tenir aux faits.

Quatrième de couverture

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant, après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement la vue de ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement.

 Critiques

 Hors de portée, seule reste l'image dérobée par le brouillard. La tentative d'en donner une s'échouera sur le rivage de la covid.


Le goût du vrai

Tout est dit très clairement, une mise au point plus qu'une dénonciation de la folie mortifère qui a saisi la foule et les médias au cours des derniers moi. Parfait. Klein, qui est aussi dandy, accroche des mots à sa boutonnière : ipsédixitisme (ipse dixit -- le maître l'a dit) et crépidarianisme (sutor ne supra crepidam -- le cordonnier doit s’arrêter bord de sa chaussure). Il faut absolument que je les places, la saison est favorable, gageons que j'y parviendrai.

Quatrième de couverture

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. Lorsque, d'un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l'autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai - celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre ? Quand prendrons-nous enfin sereinement acte de nos connaissances, ne serait-ce que pour mieux vivre dans cette nature dont rien d'absolu ne nous sépare ?

Critiques 

Le Devoir (la science n'est pas démocratique, elle est républicaine)